149 – Everyone’s A Critic #4

Un homme et son garçon poussent un caddie le long d’une route couverte de cendres. Le monde n’est plus. Ce qui reste d’humanité s’est tourné vers la barbarie la plus primale afin de survivre. C’est pourquoi l’homme garde toujours près de lui son arme. Quoi qu’il arrive il doit conserver une balle. Il doit être prêt à sauver son fils de ce monde afin qu’il ne le dévore. Mais tant que ce jour ne vient pas, alors ils avanceront, sans faillir, sans renoncer.

Quand Cormac McCarthy à publié The Road l’année dernière, même moi, d’ordinaire sourd aux soubresauts du milieu littéraire en ais entendu parler. Diantre ! Du post-apo qui passe mainstream ? Mais qu’est-ce à dire ?! En effet The Road s’est payé le luxe de scorer le Pullitzer de 2007 (prestige inside) et la sélection d’Oprah la même année (thune inside). A ce jour The Road s’est écoulé à plus de deux millions d’exemplaires. Oui, c’est monstrueux. Forcément, quand je me suis lancé mon petit défi de retourner dans les livres, j’ai passé commande de l’édition US (8€ au lieu de 21€ en FR… sans commentaire, même si la traduction est d’excellente facture). Entre temps j’avais vu No Country For Old Men, adaptation brillante du précédent bouquin de l’auteur. C’était quand même avec appréhension que je me lançais dans la lecture de ces petites 300 pages. Après tout, le magazine Entertainment Weekly avait nommé The Road « Meilleur roman depuis vingt-cinq ans ». Sacrée pression.

La forme tout d’abord. Tout du long les deux héros n’auront pas de prénom, tout comme les rares personnages secondaires. Mais ce qui frappe en premier c’est la syntaxe. Aucune trace de virgule, les phrases sont sèches et rapides. Pas non plus de guillemets ou autres tirets. L’absence de chapitrage confirme que le post-apocalypse s’invite jusque dans l’écriture, renforçant cette idée de désolation. Le vocabulaire est extrêmement précis, tellement que je pense le relire quand j’aurais plus de skills en anglais. Niveau fluidité, l’action est lente et faite de scénettes du quotidien. Les paragraphes courts insufflent le rythme qui pourrait faire défaut à la narration. A un moment il faut arrêter de tourner autour du pot : le style est parfait, sans failles, épuré et riche à la fois. Ce qui peut diviser à du coup d’avantage trait au fond. Malgré les dialogues touchants et un quotidien terrifiant de réalisme, force est de constater que l’ambiance triste et aride ne plaira pas à tout le monde. Pour un pote c’est un bouquin écrit en pilotage automatique, creux, conçu pour faire pleurer dans les chaumières. Un braquage littéraire. Il n’est pas le seul à penser de la sorte.

En ce qui me concerne je suis resté captivé du début à la fin, trouvant le moindre prétexte pour continuer ma lecture. Le monde de The Road est rude, quasiment dépourvu d’espoir et offre un certain nombre d’actions bien hardcores. Les thématiques tournent autour de la mort, ombre omniprésente. Paradoxalement ce livre est une célébration de la vie, de l’obstination. Il est aussi question du passage de la flamme, de l’héritage que l’on transmet à ses enfants. Une fois fini, la dédicace au fils de cet auteur vieillissant (74 ans) prend tout son sens. Étrangement je ne me suis jamais senti aussi vivant que depuis la lecture de ce roman.
Je sais avec certitude que je le relirais, plus tard, quand j’aurais digéré cette première vision. Je me suis ouvert complètement à cet univers et ais l’impression d’en avoir été récompensé. Aujourd’hui je ne regrette pas de m’être remis à lire. La seule question qui me taraude à présent c’est de savoir si l’adaptation ciné en cours (avec un casting parfait) saura retranscrire toutes les émotions du roman.

Attention un changement de conversation à 180 degrés ! Vlan ! Rien à voir mais demain c’est la note 150, l’occasion de participer à un petit jeu entre bloggueurs ! Yey !

15 réflexions sur “149 – Everyone’s A Critic #4

  1. Bah voilà, c’est malin, j’ai envie de le lire maintenant!

    Est-ce qu’on sait si le film sera aussi gore que le bouquin ou pas?

  2. “La route est dure et sinueuse,
    La route est pleine d’embûches
    Elle n’est pas sûre elle est tortueuse
    Alors parfois je trébuche
    Mais vaille que vaille je vais de l’avant…”

    Plus sérieusement, l’histoire post-apo, la route de cendres, la survie et l’homme ramené à ses instincts, ça me rappelle Ravage de Barjavel.
    Vais peut être le lire si j’ai un moment :)

  3. Je plussoie Pollux, j’ai envie de le lire aussi. Ce qui est bizarre, parce que mon père m’en avait parlé et que j’avais pas du tout eu envie de le lire à ce moment…

  4. Cormac McCarth est un vrai écrivain. De ceux qui sortent leur tripe sur la table quand ils prennent la plume. Cela donne toujours des oeuvres sincères et profondes.
    Je te conseille de lire “All the pretty horses” et sa suite, ainsi que “No country for all men” ‘bien meilleur que le film (même si l’adaptation était superbe).

    C’est pour ça que je bondis en lisant les pseudos critiques du style “c’est un hold up littéraire”, un livre écrit en automatique.

    Ha ha (je rigole). Cormac MacCarthy n’a, je crois, plus rien à prouver. Et il n’a, je ne crois pas non plus, réellement besoin d’organiser un hold up pour de la thune.
    Et puis quand bien même. En quoi cela serait dévalorisant ? Si c’est si simple d’obtenir le Pullitzer en marchant à l’écriture automatique (veut rien dire ça d’ailleurs), que tous les écrivaillons en herbe se réjouissent !

    Nan, MacCarthy écrit avec ses tripes (il suffit de découvrir son style inimitable et hors des sentiers battus pour s’en convaincre) et cela ne peut pas plaire à tout le monde.

    Pour ceux qui sont touchés par son style et ses histoires, c’est le grand trip assuré. Et comme dit Ben, on n’en revient jamais tout à fait comme on est parti. C’est ça, les grandes oeuvres.

  5. Rien à voir avec ton post mais faut que je te raconte :

    Hier, figure-toi que j’ai eu une entretien chez l’Oreal Luxe pour le stage de 2009 (ouais ils sont prévoyants chez l’Oreal).
    J’étais trooooop contente jusqu’à ce que la RH me demande ce que j’avais appris d’interessant au CELSA ?

    Moi : Euuuh… une sombre histoire d’échanges de cadeaux dont j’ai oublié le nom en ethnologie ?

    Puis, la voilà qui me colle le parfum (qui pue) Armani Code sous le nez et me dit : “Bon bah voilà, faites-moi un communiqué de presse sur ce parfum.”

    Me voilà donc partie dans des élans lyriques sur le flacon, légèrement en spirale qui donne un mouvement d’ascension, la dentelle imprimée qui renvoie aux robes Armani Couture patati patata…
    Et on arrive au nom du parfum…
    J’ai pas pu m’en empêcher…

    Moi: “A sa création, ce parfum a été baptisé “Black Code”. Visiblement, les gens de l’Oreal ne s’étaient jamais vraiment penchés sur les bouquins de Toni Morrisson ou sur la traite des Noirs car ils ignoraient jusqu’à se retrouver en procès avec les associations humanitaires du monde entier que le “Black Code” était le nom de code pour le commerce triangulaire. ALors ils ont dû donner des sommes indécentes aux associations et organiser des colloques sur les droits de l’homme… Et ils ont aussi repabtisé le parfum “Code”. En même temps, “Code” ça fait plus épuré, plus chic.
    La femme qui porte ce parfum détient donc un pouvoir, le code qui permet de réduire l’homme en esclavage.”

    … (Gros blanc de la RH)…

    Elle: Ok… Etes-vous passionnée par les tendances en cosmétique ?

    Moi : Passionnée n’est pas le mot que j’utiliserais…

    Franchement !!! ça passionne qui les gloss ?? (A part Sonia de Bencouscous mon IDOLE —> taper “les chroniques de Sonia” dans google )

    Tout ça pour dire qu’avant, j’aurais adoré bosser pour une machine de guerre comme l’Oréal… mais maintenant je n’en suis plus très sûre…

  6. Pollux –> D’après le script il serait encore plus gore. Faut voir comment ça sortira au ciné.

    Polo –> ^^

    fitz –> Oui mais c’est parce qu’Ali et moi et s’aime d’un guy love secret !

    Rougenoirblanc –> Je prends note pour ma read-list.

    Vilya –> Aaah, la défiance parentale. :D

    Nerval –> Nan mais j’aurais totalement tendance à être d’accord avec toi mais après avoir causé avec Henscher j’ai été obligé d’intégrer son avis à l’article.

    Roxane –> Tu es une brute une fois de plus je suis à genoux. Sérieux des anecdotes comme ça tu peux en poster tous les jours tellement ça fait croustiller ma matinée.

    Lily –> Je ne vois pas de quoi… la la la…

  7. Mec ! Quel hasard ! Je viens de terminer ce bouquin pas plus tard qu’hier après-midi !

    Et je suis d’accord avec toi, c’est génial ! J’ai particulièrement apprécié le moment où le personnage principal et son fils découvrent un nouveau-né décapité en train de rôtir sur une broche… [sic].

    Nan, plus sérieusement, c’est très bien écrit. La lassitude et le caractère répétitif des journées de ces deux âmes errantes sont très bien retranscrits jusque dans la ponctuation, comme tu le dit…

    Et je suis également sceptique quant à la qualité d’une adaptation cinématographique…

    A plus man.

  8. Je confirme: n’ayant pas lu les autres bouquins du monsieur, je veux bien lui laisser le bénéfice du doute.

    Concernant la Route, je suis sans appel: j’ai lu beaucoup d’escrocs, mais aucun n’avait encore eu le prix Pulitzer.

    C’est l’un des bouquins les plus froidement calculés, gratuit, abscond et vain, une belle mécanique prévue pour éblouir le péquin, d’une absence de sincérité la plus totale, qu’il m’ait été donné de lire de ma vie. Bref, une vaste blague.

    N’importe quel singe peut écrire La Route.

    Aucun intérêt.

  9. Aaaah Tonton H ! Je te retrouve bien là dans tes avis tranchés ! Autant je te suis sur pas mal de piste (et surtout sur celle du petit Maxime), autant là je te trouve trop dur.
    Je maintiens mon avis, on n’aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas dire que McCarthy ne soit pas sincère.

  10. (Dommage qu’on puisse pas éditer son comment). Je peux pas laisser passer ma faute ci-dessus “on n’aime ou on n’aime pas” sinon Henscher va dire que c’est un lapsus révélateur ^^

  11. Ping : RougeNoirBlanc » La Route

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