161 – How To Become An Asshole

Comment commencer un article sur la critique sans mentionner cette extraordinaire maxime : les avis c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un. Voilà, une fois cette banalité écartée, on va pouvoir causer. Les gens qui suivent auront dûment noté mon passé de journaliste/critique. La première fois c’était pour un site traitant de jeux-vidéos. Contre des jeux gratos, j’étais prêt à pondre la news en une heure chrono et cracher des critiques argumentées en quelques jours. Rien de compliqué, en bon pauvre, j’avais appris à être un gamer par procuration en lisant des reviews par dizaines. Je savais comment faire et malgré mon inexpérience et mes erreurs, j’étais pas mécontent de moi. C’était sympa le temps que ça a duré, le temps que mon boss réalise qu’on allait jamais le payer. Après une demi-année de bons et loyaux services j’étais de retour à la réalité de consommateur. Quelques mois plus tard une ancienne connaissance de forum BD me contactait. Il cherchait des critiques en BD pour un site culturel. Banco.

Quelques papiers d’essai à propos de titres que je possédais déjà et j’étais parti. J’avais demandé de chroniquer les publications de Delcourt et Soleil, le bon gros mainstream qui tache. J’allais être servi. Deux fois par mois je recevais deux maouss cartons plein à craquer de BD d’héroïc-fantasy et autres genres chers aux adolescents qui n’en veulent. Bon grès, mal grés je me suis plié à ma petite routine. J’aime décortiquer les choses, comprendre comment elles sont faites. J’autopsiais les albums selon les bon vieux axes ce qui fonctionne/ce qui ne fonctionne pas et ce qui manque/ce qui est en trop. Ma connaissance théorique et ma petite expérience avec la BD étaient appréciées du boss et des lecteurs. C’était cool. Et puis j’ai glissé, un dérapage sur le temps dans mes textes. J’ai trop pris à cœur mes attentes, mes critiques et mon savoir. J’ai fait la grosse erreur du critique. Je m’imaginais que mes argumentaires implacables servaient à rendre les auteurs meilleurs.

A l’origine du drame, un album que j’attendais beaucoup, et qui était simplement merdique à l’arrivée. Avec mon œil critique j’ai vu des tonnes d’erreurs de débutant dans les rouages du scénario, des trucs qui n’auraient jamais du passer de la part d’un pro. Et pourtant. Traumatisé, j’ai harcelé le scénariste, savoir ce qu’il pensait de ma critique, ce qu’il comptait faire pour sauver sa BD. Il n’a rien fait. Il m’a gentiment envoyé paitre. La BD était tellement mauvaise qu’elle s’était autodétruite, sans tome 2. J’avais peut être raison dans ma critique, mais pas dans mon attitude. Le critique est un conseil au lecteur, pas à l’auteur. Si le créatif veut des conseils sur un projet en cours, il les demandera. Mais une fois l’œuvre bouclée il n’y a plus rien à faire (sauf si on est Georges Lucas). Dans le même temps j’ai remarqué que je n’avais rien à dire sur la moitié des BD que je recevais. Ni bons, ni mauvais, je lisais des bouquins creux, sans intérêt sauf peut être pour les trois geeks visés. Alors j’en ai tiré la conclusion logique, j’ai arrêté d’être critique.

La vérité c’est qu’au fond j’ai transposé ma frustration d’écriture, de ne pas pouvoir faire éclore mes projets, sur les autres. C’est un mal connu chez les critiques qui font ça par défaut, par échec. Je voulais pas finir comme ça, pas être le connard moralisateur. Du coup j’ai rouvert Word, j’ai réinvesti mon temps libre dans mon travail et me suis remis à choisir mes lectures. Surtout, j’ai arrêté de donner mon avis aux potes sans qu’ils ne me le demandent. Oui mais, me dires vous, tu continues à faire des chroniques, on voit que ça sur le bloug ! Vous avez tout à fait raison. J’ai toujours le besoin de démonter la mécanique littéraire ou artistique. Je le fais indépendamment d’un lectorat, pour apprendre avant tout. Alors puisque j’ai un blog, pourquoi ne pas partager le fruit de mes recherches ? Avec toujours à l’esprit le devoir de séparer les bons points des mauvais, séparer les ressentits affectifs des qualités intrinsèques. Bref, faire mon office avec le professionnalisme qui m’avait manqué il y a quelques années. Car mine de rien, on est jamais à l’abri de redevenir un gros con.

LINK STAGE !!!

Alors ça vous dirait de loler de mes vieux écrits ? De voir ce qui aura bougé avec le temps ? Follow the white rabbit kid.

2004 – Jeux Vidéos : Crash Twinsanity (parce que je l’aime bien ce jeu). Pas un grand intérêt en soi.

2006 – BD : La plupart de mes critiques sont accessibles à ce lien.

15 réflexions sur “161 – How To Become An Asshole

  1. une belle autocritique digne de l’époque de la grande faucille et du marteau que tu nous fait la!
    Alors peu être quand tant que critique et dans l’éthique du truc t’as été un gros con tout ça n’est pas un milieux que je connais bien.Mais alors la critique s’adressant directement a l’auteur je trouve ça tout sauf “attitude de gros con” je connais un tas de gens pas capable d’allé demandé un avis sur leur taf et qui pondent des trucs bourré de défauts et alors, quitte a passer pour le dernier des enculé je me permet d’être aussi critique avec eux que je le suis avec moi.Travail fini ou en cours même si on aime jamais nous entendre dire comment faire notre taf toute critique pas trop gratuite et intéressante et celui qui l’accepte pas il a un peu une attitude de gros con justement alors peu être n’ai je point compris tout les tenant et les aboutissant de la critique pro hien il est tard je suis crevé mais voila je donne mon avis tout pourri parce que moi aussi j’aime être de ces gros con qui critique et je m’en porte très bien.Sur ce bonne nuit.ET vive les gros con!(J’espère qu’entre troll on se comprend)

  2. Pour te répondre, le critique culturel pour la presse ne s’adresse pas à l’auteur mais à l’acheteur potentiel.
    Ce n’est pas le lien pour influencer le travail d’un auteur. Bien que celui ci puisse juger intéressantes les critiques, il n’est pas le principal intéressé par le contenu de la dite critique.

    Relis le texte quand tu seras moins crevé peut être que ça te parlera mieux.
    Sur ce je vais dormir !

  3. Hum hum…

    Moi je comprends très bien ce qu’à voulu dire Ben.
    Ce qu’il explique c’est qu’un critique professionnel (on parle pas des discussions de comptoir mais des trucs publiés) ne doit pas perdre de vue à QUI il s’adresse!
    Il s’adresse aux lecteurs potentiels, PAS à l’auteur!

    Si l’auteur veut des opinions sur son bouquin/film/jeu pour l’améliorer, c’est à lui de faire les démarches et de lire/écouter/regarder ce qu’on en dit, voire de se confronter à la critique dans des débats ou des interview.
    Ce n’est pas au critique de s’imposer et de faire le moralisateur, même s’il a PROFONDEMENT raison!!

    S’il y a un truc que j’ai bien toujours détesté, c’est quand un auteur/réalisateur/chanteur se prend trop au jeu de la critique et interpelle personnellement tous les critiques en leur intimant de faire mieux s’ils en sont capable.

    C’est absolument débile!
    Un critique ne se met PAS au même niveau que l’auteur, mais au niveau du lecteur!!
    Dans ce cadre là, sa démarche est honnête et salutaire!
    Everyone’s a critic!!

    Dans l’autre sens, c’est pareil. Un critique n’a pas à interpellé directement un auteur en lui demandant de faire mieux, en lui disant que n’importe qui pourrait faire mieux (encore une fois, sauf si l’auteur recherche une telle confrontation, ce qui a mon avis est nécessaire à un moment ou à un autre lorsqu’on veut s’améliorer).

    L’élément central, c’est le lecteur/spectateur, pas l’auteur.
    C’est à lui que l’auteur et le critique doivent s’adresser.

    Si le critique commence à oublier à qui il s’adresse, il peut soit devenir un trou du cul égocentrique qui va s’en prendre plein la gueule, à raison, de la part des auteurs (regardez On Est Pas Couché pour vous faire une idée), soit il arrête son boulot et se retrousse les manches pour faire mieux, ou carrément autre chose.

    C’est grossièrement résumé, mais c’est ça.

  4. J’entends bien le fait que la critique culturel vise un acheteur mais au jours d’aujourd’hui je trouve la plupart des critiques notamment vidéoludique dénuées de tout ces petits détails qu’on ajouterai à une critique directement adressé a l’auteur, on ne touche plus au fond mais a la forme, une sorte de causual critique en somme.Une critique qui présente une appréciation très binaire “j’ai aimer, j’ai pas aimer” On ne décortique plus rien on ne prend pas de risque puisqu’on ne s’adresse plus uniquement a du fan avertie malgré le fait qu’on touche (généralement) a une presse spécialisé.Peu être que mon sens critique c’est acéré avec le temps ou bien est-ce une véritable baisse de professionnalisme de la part de pas mal de critique de ce milieu(surement lié a une demande plus qu’a de l’incompétence) mais il en découle qu’aujourd’hui j’ai la sensation d’aller plus loin dans les rouages d’un jeu en 1h que celui qui a écrit la dernière critique de ce dernier dans jeuxvidéo magazine (ce qui est probablement faux vue que ce sont des gens, je suppose, passionnés).

    Alors je pense qu’il existe un juste milieu entre rédiger comme si l’ on s’adressait à un total inculte ou à un pro avertie (tel que l’auteur du produit culturel critiquer).

    Il est toujours tard mais je pense néanmoins avoir compris la plupart des enjeux de ton post et même si dans l’attitude que tu décris (notamment le harcèlement de scénariste^^) il y a un petit peu de la “gros con attitude” .Mais je pense que même le lecteur de ton article et acheteur potentiel aime voir le produit qu’il convoite décortiqué avec la passion du fan qui s’adresse a l’auteur plutôt que sous la forme d’un avis de “consommateur éclairer”.

  5. Rassure moi tu le fais exprès ?

    J’ai jamais dit qu’un critique devait bacler son boulot ou vulgariser pour les lecteurs trop crétins.
    Si tu lis des mauvais magasines ou des mauvais sites c’est un autre problème qui n’a absolument rien à voir.

    Indépendamment de ce que je dis il y a des bonnes et des mauvaises critiques. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, ce n’est pas du tout le débat dont il est question ici.

  6. Mindan ->
    Mais…
    Les critiques ne se sont jamais adressées aux auteurs! Enfin, pas dans les 70 dernières années, à ce que je sache.

    Alors après ça dépend peut-être des magazines eux-même qui se seraient “casualisés”, je pense plutôt que c’est un truc comme ça.
    Cela semble plus logique que de dire que la critique en générale à changé ses derniers temps.

    Parce que bon, réduire la “critique” simplement aux jeux vidéo, alors que c’est de loin l’univers médiatique qui a connu les plus grands bouleversements ses toutes dernières années, c’est peut-être un peu réducteur, ou du moins parcellaire non?

    Il fait distinguer le fond de la forme. Ben parlait du fond, toi de la forme.
    A mon avis c’est un petit quiproquo du à l’heure tardive!

    F’rai mieux d’se coucher les mecs!!

  7. Mince il y a incompréhension (je ne suis décidément pas très doué pour la rédaction).
    Donc pour commencer je m’excuse si j’ai pu donner l’impression que TU ai dit “qu’un critique devait bâcler son boulot ou vulgariser pour les lecteurs trop crétins.”

    J’ai profité du sujet pour dériver sur le fait que je trouve qu’il y a de plus en plus de critique notamment dans le domaine vidéoludique qui vulgarise leur travaux comme pour s’adapter a un nouveau lectorat.

    Pollux-> Si je me suis permis d’apporter mon point de vue sur la critique vidéoludique(et uniquement sur celle ci) c’est parce que c’est celle que je suis de plus près depuis pas mal d’années, je ne voulais surtout pas faire de généralité et j’espérai (et espère toujours) avoir un avis plus complet sur cette question de la “casualisation” de la critique en général)

    Mon point de vue concernant “le débat dont il est question ici”:
    Je suis entièrement d’accord sur le fait que l’auteur doit toujours garder en tête le fait qu’il s’adresse au lecteur et non a l’auteur .Je me suis un peu embrouillé dans mes propos en mélangeant la question principal du post du jour et la question qu’elle a immédiatement amenée a mon
    esprit.

    Merci a Pollux la réponse calme et posé et désolé a Ben pour l’éventuel trollage involontaire pour le coup.

  8. Au moins ta critique se voulait constructive, c’est ton amour de la BD qui te poussait à vouloir tirer l’auteur vers le haut. Une grande majorité des auteurs devenus critiques parce qu’ unsuccessful sont juste rongés par la jalousie, espérant de briser une carrière leur laissera une place au soleil. So sad…
    Sinon puisque c’est la journée critique chez BenReilly ben je viens de découvrir que j’ai deux critiques à faire sur Lyon : déjà le tram est bien trop lent, et ensuite, faudrait que Lyon comprenne que le jaune et bleu c’est la couleur de l’ASM ‘tain, arrêtez d’afficher ça partout ! Voilà, c’était Lily, la bougnatitude ressortie.

  9. Merci d’avoir pu défoncer cette banalité qu’est le fait que tout le monde a un avis.

    Puisque comme Bourdieu l’a expliqué, c’est pas vrai du tout !

    Bref, je suis d’accord qu’il ne faut pas tomber dans la frustration de connard qui fait rien qu’à pas publier et critiquer les oeuvres des autres !
    Moi je veux être critique culturel (Musical et cinéma) parce que j’aime ça et que j’ai envie de décortiquer une oeuvre pour voir quoi qui va et quoi qui va pas.

    On s’comprend !

    See ya pal

  10. Le truc c’est que les critiques, faut toujours aller les chercher pour les lire… donc si on vient lire ton avis sur ton blog c’est qu’on le cherche un peu… donc continue
    (je dis ça parce que j’ai vu hier le “géant de fer” suite à ton post… et je suis vraiment pas déçue!)

  11. Hum. Moi j’admire ceux qui ont le sens critique car j’en suis incapable. Je passe trop par les sentiments… Génial, Ouais, Boaf, oui mais, etc.

    Ceci était un commentaire court visant à reposer mes yeux

  12. J’aime bien le tag, ca a un rapport avec le titre?

    (Et ca s’écrit Eric Zemmour, ou Super Zemmour pour les fanboys. Et il ne fait pas QUE critiquer :) )

  13. En parlant de critique, tiens… t’attends quoi pour m’envoyer tes écrits ??? MMmh ?
    Je sais, j’suis pas vraiment là en ce moment, je commence mon nouveau taff et c’est dur, crois moi.
    Mais c’est quand tu veux pour qu’on partage nos avis sur tes oeuvres écrites. ^^
    bisous !!

  14. Lily->
    Pour le tram, il roule pas plu svite parce que les arrêts sont trop rapprochés et que de toute façon il se prend les feux rouges comme tout le monde (enfin, un peu moins quand même!)
    Cela dit, prend le C3 direction plein Est. Lui il est sur une ancienne ligne de chemin de fer, et il dépote grave question vitesse dès sortie du “centre” (mais bon, faut déjà avoir envie d’y aller là bas!!)

    Sinon pour l’ASM, on s’en fout t’façon, les gens aiment pas le rugby et connaissent que l’OL à Lyon, ce qui en soit est assez pénible au quotidien, je t’assure!!

    Comment ça je fais pas avancer le débat?? Et alors??

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