303 Bis – Massive Stupidity

Or donc, ce weekend est décédé le mari de la soeur de mon grand-père, alias mon grand oncle. Les obséques ayant lieu à Paris, je décide d’y assister. C’est normal, c’est la famille. Rien à foutre des cours de la journée d’hier. A deux jours de la fin de mon année, osef quoi. Motivé, je me lève tôt, prends un café, mail le secrétariat de mon école. On me dit de fournir un justificatif de décès, ce à quoi j’ai envie de répondre lol : “ah au fait grand cousin, tu peux me faire une photocopie de l’acte de décès de ton père steuplai ?”. Paye ton heure et demi de Métro/RER/Bus dans le 93, Zone 4 de banlieue jusqu’au funérarium. Je suis à la bourre, je vois personne. J’appelle la famille pour savoir où ils sont partis. “C’est demain en fait, mercredi ! T’as mal lu le mail qu’on t’a envoyé.”

Voilà voilà…

Retour laborieux (bus de banlieue) et couteux (Zone 4) à la maison, semi endormi sur mon bouquin dans le RER. Je réalise que je suis dans l’impossibilité totale et absolue de justifier mon absence une veille de partiel (synonyme de zéro). Et je me suis tappée la honte au téléphone face à quelqu’un en deuil. J’aurais bien écrit une vie de merde, mais en deux lignes ça aurait été moins consternant comme anecdote.

Reuzment pendant ce temps là en cours, à Neuilly, une sémillante jeune fille signait pour moi les feuilles de présence, me sauvant du même coup la vie. Yay ! \o/

303 – Everyone’s A Critic # 36

Y’a des fois, où genre c’est nowel, et j’ai envie de me payer un livre normal. Pas un livre de poche je veux dire. Okay, ça reste toujours deux fois plus cher qu’un équivalent US ou UK, mais bon, parfois faut se faire plaiz. Ca faisait un moment que j’étais intrigué par La Meilleure Part des Hommes. Un titre alléchant, un premier roman direct à la case Gallimard et ce bandeau « Paris, années sida » qui donne le ton. Ecrit par un normalien, le bouquin chopera le prix de Flore 2008 à l’unanimité. Comme c’est un peu mon prix littéraire préféré, pour son côté lol mais aussi pour son côté contemporain, je me suis laissé tenter. Bon, j’avoue que j’étais parti bien décidé à le détester. C’était pas dur lorsqu’au bout de quelques dizaines de pages j’ai compris que non, ça parlait absolument pas des années sida dans Paris. Sacrés marketeux…

Dominique est un intellectuel de gauche qui fonde au début de des années 80 le premier mouvement de lutte pour le droit des homosexuels. Avec l’arrivée du Sida, son association va revêtir un rôle de premier plan dans la prise de conscience de la maladie. Dom prend sous son aile William, jeune chien fou, écrivain tantôt raté et parfois génial. Tous deux vont s’aimer puis se détruire, déchirés par la maladie, les opinions politiques et la vie tout simplement. Cette histoire d’amour et de haine est racontée par Elisabeth, la narratrice et maîtresse d’un autre intellectuel médiatique, lorgnant lui plus à gauche.
Si le marketing a menti, c’est que si effectivement l’histoire se passe à St Germain à l’heure de l’émergence du Sida, il s’agit avant tout d’une histoire d’amour racontée sur deux décennies. Mais bon, « Paris, Amour Gay », c’est tout de suite moins vendeur (ou alors pas aux mêmes gens…).

C’est con, parce que malgré tous mes efforts pour décréter que ce bouquin était à chier, bah en fait c’est achement bien ! La narration est maîtrisée, les personnages se tiennent et les dialogues sonnent très justes. Au détour de certaines pages il y a même des pépites de véritables sentiments qui touchent le lecteur au cœur de pierre. Du vrai putain de bon boulot pour un premier roman ! On s’emmerde pas et ça raconte quelque chose. Bien sûr il y a quelques défauts. On se demande par exemple à quoi sert le vagin de la narratrice, que ça aurait été un homme, ou une bête caméra que ça aurait rien changé. J’ai déniché quelques petites anachronismes au passage. Sinon y’a le Garcia qui hurle à longueur d’interviews qu’il ne fait pas d’autofiction, lui. Ah, j’étais pas au courant que c’était sale. Non, Tristan Garcia donne plutôt dans le roman à clef. Comme je suis un ignare je n’ai pas reconnu les individus grimés en personnages de roman. D’autres, plus malins, accuseront le bouquin de n’être qu’une version brodée de la réalité.

Il paraît que les ignorants sont bénis. Moi j’ai aimé ce bouquin moderne et aux émotions sincères. Du coup j’ai hâte de mettre la main sur le prochain opus du Tristan. Big Up aux jurés du Flore pour avoir rattrapé leur double connerie de l’année dernière.
Demain on évaluera mes profs pour fêter la fin du semestre ! Et ptête une note Bis lole cet aprem’ si je survis aux partiels du jour. Une bonne excuse pour vous abo au RSS. Mwah ah ah !

302 – Hasta La Vista, Baby !

Flashback. La fin de la sixième, lorsque l’on doit choisir une langue vivante No2. Les candidats au titre : Allemand, Italien, Russe et Espagnol. L’Allemand, faut pas déconner, je suis un patriote. Si j’apprends l’Italien je risque de ne plus être excité par une ritale qui me chuchote des trucs au lit. En cours de Russe faudra que je boive de la vodka, obligé, or je suis sXe. Reste l’espagnol, dont le mec nous jure sur la race de l’hymen de sa grand-mère que c’est super cool. Il avait peut être raison. Sauf qu’à ce stade des études, il reste pas mal de tâcherons. Ces types pas encore rejetés par le système et qui foutent la merde dans les cours dont ils n’ont rien à branler. Et parce qu’à l’époque j’étais jeune et con, je me suis laissé entraîner, à traiter le jeune et fringant Mr. Ruiz de manière complètement honteuse.

Car là est la constante. Dans toute ma vie je n’ai jamais eu autant de peine que pour les profs d’espagnols. J’ai rarement vu des êtres humains être autant systématiquement traités comme de la merde, sans aucun respect de la part des étudiants. Au début je participais aux lols généralisés, jusqu’à ce que je prenne conscience de l’atrocité de la situation. Les cours qui étaient une souffrance à cause des mes lacunes sont devenues abominables à cause de la cruauté estudiantine. Et ce jusqu’à cette année au Celsa où des surnoms se moquant des tics de mon prof circulent, et au dernier cours nous n’étions que quatre à nous être déplacés. Le pauvre gesticulait comme il pouvait pour meubler les quatre heures. Il n’y aura eu qu’une seule prof qui aura presque réussi à me redonner goût à la langue en première. Sa principale qualité était d’être canon, en plus de faire des heures sup’ pour tenter de me remettre à niveau. Son principal défaut, c’est que c’était une remplaçante pour quelques mois seulement.

Bien sûr, il faut lire “fière”, saleté de semaine de partiels…

Dans tout ça j’ai oublié de développer sur le fait que je suis une brêle internationale en parlage d’espagnol. Pas capable de me concentrer dans des cours chahutés et sans intérêt particulier pour la langue et la culture qui allait avec, mes notes se sont effondrées rapidement. Plus le temps passait, et plus mes lacunes s’accumulaient. Pendant que mon vocabulaire restait désert, que ma connaissance des conjugaisons demeurait honteusement mauvaise, j’avançais. Ou plutôt je m’enfonçais chaque année un peu plus. L’espagnol est devenu le cours de l’enfer, la huitième plaie d’Egypte, ma kryptonite. A la fac je devais en avoir fini mais j’ai obtenu le Celsa, et pas de bol mais la LV2 était de nouveau obligatoire. Si je vous dis tout ça, c’est parce qu’hier j’avais mon dernier partiel d’espagnol de ma vie. Aucune idée de quelle conjugaison mettre dans les trous du texte, a pas compris le texte débile et commenté à la va vite la 1000ème page de BD de Quino. Ranabranler !

Aujourd’hui je suis libéré, au grand dam de mes copines et potes qui auraient bien voulu que j’apprenne la langue. Mais c’était foutu depuis le départ, il y avait un blocage qui n’aura fait que se solidifier. Quand je pense qu’en un mois j’étais devenu presque meilleur en Japonais qu’en Espagnol. Mais c’est une histoire pour un autre jour. Demain on causera prix de flore again, avec un bon bouquin.