425 – Nice Try, But Still Gay

Mon lundi soir avait pas trop mal commencé. J’étais parti au DoMac me pécho un 280 original tout chaud. Une fois à la maison j’éventrai la bête pour y ajouter de la moutarde de Dijon, du poivre et du fromage rapé. Inutile de dire que c’était le feu d’artifice dans ma bouche de gros porc. J’allais digérer au ciné à ma traditionnelle séance de 22h, cette fois un peu honteuse vu que j’étais parti pour Confessions d’une accro du shopping. Pour ma défense Isla Fisher est très bien foutue et j’avais lu/critiqué le bouquin il n’y a pas si longtemps. Une fois arrivé en nage, rollers obligé, à mon QG du MK2 Biblio je m’avançais vers les bornes automatiques pour y faire glisser ma carte illimitée. Panne du système, me répond l’engin, qui m’intime l’ordre d’aller retirer ma place à la caisse, et donc de devoir assumer mon choix cinéphilique face à un autre être humain.

Comble de mal aux fesses, c’est une jolie jeune brune qui me demande « quel film ? » tout en se saisissant de mon pass. Tentative désespérée de botte en touche.

- Une place pour la salle 9 s’il vous plait.
- Pour Confessions d’une accro du shopping ?
- …
- …
- Ouais.
- Vous vouliez pas le dire, c’est ça.

Connasse, connasse, conasse. En plus ça te fait marrer, tu crois que je le vois pas ton petit sourire narquois de guichetière ? Rattrapage aux branches.

- Nan mais c’est parce qu’il est long, je suis essoufflé et je risquais de bafouiller. Ca aurait été gênant, donc, heu, salle 9 quoi.
- Je comprends.

Ou comment me traumatiser pendant la moitié de la séance. En fait durant les deux heures de film je n’ai fait qu’à penser à ce que j’aurais pu lui envoyer à la tronche. D’où un top 5 improvisé.
5 - Je suis étudiant, en vacances et chômeur de surcroit. Oh et célibataire ! Alors je m’emmerde je fais ce que je peux, ne me jugez pas !
4 - Ma copine hyper canon, sosie de Megan Fox sans les tatouages infâmes m’attend déjà dans la salle, en jupe plissée et sans culotte pour qu’on s’occupe pendant la séance.
3 - En fait je suis critique littéraire et cinéma pour un célèbre blog underground (non, ce n’est pas antinomique). Après avoir lu le bouquin je viens étudier le travail d’adaptation.
2 - Si je vais voir le film c’est juste pour apercevoir en avant-première l’affiche teaser de Prince Of Persia à 1h08 de film quand Rebecca passe sur Time Square.
1 - Je suis gay.
En ressortant elle était là, la fourbe. Pour le bien de sa dentition parfaite j’ai préféré ne pas lui jeter mes rollers au visage et rentrer, digne, sous la pluie.

A part ça le film servait absolument à rien. Mais genre vraiment à rien du tout. Encore deux heures perdues dans une salle obscure à accomplir mon devoir d’éclectisme culturel. Etre ouvert, c’est pas une sinécure.

Demain, encore une critique de bouquin, mais d’un livre qui parle quasiment que de cul, du coup, vous me pardonnerez j’en suis certain.

424 Bis – Book Review 63

J’avais déjà entendu parler de JG Ballard, l’auteur de L’Empire du Soleil et Crash, décédé le 19 avril dernier. Romancier culte et éclectique, son œuvre intéresse bien du monde, à commencer par Christian Bale, qui aimerait réaliser une adaptation de L’Île de Béton pour le cinéma. Le pitch est simple. Un architecte perd le contrôle de sa Jaguar sur le périf’ Londonien et s’écrase en contrebas, entre les piliers de la voie rapide. Blessé à la jambe, il est incapable d’escalader les murs de son îlot abandonné. Alors qu’il cherche à survivre et s’extirper de ce mauvais pas, il perd peu à peu la raison.

Sur le papier c’est cool de refaire Robinson dans un contexte urbain. Simple et court, le bouquin tient ses promesses malgré le changement de situation qui s’opère à mi parcours. Le plus classe est de nous faire croire que le héros a encore toute sa tête alors qu’il est déjà foutu, lorsqu’on s’en rend compte, il est déjà trop tard pour le personnage. Tablant sur nos insécurités modernes, l’angoisse de la non communication, du mépris de l’autre, Concrete Island insuffle un nouveau souffle à la fiction de naufrage. Dommage qu’il n’existe pas une édition française correcte (à moins d’acheter toute la trilogie du béton d’un coup). Une erreur peut-être rectifiée à la sortie d’un éventuel film.

Avant de tirer ma révérence pour ce mercredi, je me dois de signaler l’extraordinaire qualité tant plastique (avec une unité de charte graphique entre les différents livres de l’auteur) que physique (le papier est velouté, le pied absolu). Très classe à tous les niveaux comme bouquin.

424 – Book Review 62

C’est toujours bizarre d’acheter le bouquin de quelqu’un qu’on connaît, d’aller faire la démarche de débarquer à la RNAC au lieu de recevoir un PDF par mail. Sur ce coup, heureusement que j’apprécie Dahlia, vu que la couv’ de son premier roman est une insulte lancée au visage de mon mémoire sur le marketing des couvertures de livres. Vendu en dessous du prix du marché, dans une collection labélisée « internet » et sans aucun travail graphique (ce qui est paradoxal vis-à-vis de l’orientation moderne et 2.0), Adore n’est pas ce qui aurait attiré mon regard en temps normal. Ceci étant dit, si Dahlia espère un retirage et plein de pognon, il faut écouler le premier tirage de 800 exemplaires, et les vrais potes, ça file des coups de main et ça vote avec son porte monnaie.

Verlaine est romancier parisien, homme à femmes. Sauf que sur ce coup il a rompu avec la mauvaise personne. Attaché à son propre fauteuil et bâillonné, il ne peut qu’assister impuissant au réquisitoire d’Anabel, trop amoureuse pour être honnête.
Voici donc pour le pitch, simple et clair, peut être un peu trop. Car on touche directement ce qui m’a le moins accroché dans Adore. L’histoire est très simple, sans mystère ni grande révélation. Il n’y a pas réellement d’intrigue au sens premier du terme, pas de surprise tout au long des cent cinquante pages du roman. L’atmosphère est présente, c’est le principal, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir l’impression de lire une nouvelle un peu trop longue. Petit bémol pour le background germano-centré de l’histoire, avec un héros écrivain romantique, qui déjeune au café de flore et drague dans les librairies.

Au niveau du style on trouve quelques petites maladresses de l’ordre de celles que je peux produire de mon côté. Les dialogues manquent de réalisme, parfois trop lettrés, et l’usage des comparaisons/métaphores aurait gagné à être moins récurrent. Avant de me faire éclater la gueule avec une pelle je me dois de pointer du doigt les qualités d’Adore, à commencer par une écriture tout simplement élégante, c’est le mot qui convient le mieux a des phrases joliment enlevées. Les rapports amoureux, les sentiments et tout particulièrement les scènes de sexe déviant. La demoiselle a bien compris les jeux du corps et nous le fait transpirer tout au long du texte. Pas désagréable à lire, mais pas haletant non plus, Adore correspond à l’idée qu’on peut se faire d’un premier roman chez un éditeur de taille moyenne. Reste plus qu’à continuer, et sortir le suivant !

Fuck maintenant je peux plus rien lui faire lire, sa vengeance sera terrible ! Bon, comme c’est la fête je vous annonce une note bis avec une autre critique pour 18h. Demain je partagerai une jolie anecdote mi gay, ni fail.