483 1/3 – Top 3 Saturdays 36

[Seconde incursion/squatt de mon ex-boss, ex-celsien mais toujours scénariste Tonio dans une triple note]

Comme on ne peut pas éternellement traverser la planète pour ramener des artefacts geekissimes inédits à ses amis, mais que j’aime toujours bien faire des cadeaux, j’ai décidé d’offrir une (presque – il assure quand même les images, faut pas déconner…) journée de repos au Reilly en assurant une nouvelle fois l’intérim de The Best Place. On pourrait bien sûr épiloguer sur l’unilatéralité de cette décision collective, ou sur la relativité de ma popularité locale, mais ça nous ferait perdre un temps précieux qu’on ne passerait pas à parler de club sandwiches. Oui, parfaitement, de club sandwiches ! Je sais que, d’ordinaire, ici on cause plutôt burgers et autres parfums de coca. Mais, pour autant que j’apprécie un bon CBO (ou mieux, sa version Indiana Café, avec l’oeuf en plus !) de temps à autre, j’estime qu’il est un âge où l’homme se doit d’avoir un avis sur les snacks de la haute, ceux qui se dégustent accompagnés d’une bière à 7 $ ou d’un verre de « chardonnay » (en français dans le texte). Une conquête du monde réussie passe par le club sandwich, tenez-le vous pour dit ! Et comment conquérir le monde sans en faire le tour, je vous demande un peu… Top 3 Saturdays des meilleurs club sandwiches de la planète, donc !

Three – Bang Between The Pitons / Ste-Lucie

Nous sommes en 1998. Je viens d’avoir mon bac avec mention, et l’équipe de France de gagner la coupe du monde – nous entraînant dans le torrent de beuveries que l’on sait (ou devine). J’ai 16 ans et la Vie doit estimer qu’il est temps de m’enseigner une leçon primordiale : la roue tourne, et tout ne peut pas rester éternellement idyllique. De fait, croisière familiale dans les Caraïbes ! Vous ne voyez pas le rapport ? Relisez la phrase précédente et attardez-vous sur le mot « familiale »… Un bateau conçu pour loger 6/7 personnes, c’est, grosso merdo, 12 m2 exploitables, ce qui laisse finalement très peu d’espace personnel – je vous laisse faire les divisions qui s’imposent, ça mettra un peu d’interactivité dans cette note. Je suppose qu’il est arrivé un truc similaire à Sartre en 1943 et que son premier réflexe, à peine le pied à quai, fut de sauter sur la première Remington venue pour y taper frénétiquement « Huis-Clos ». Vous voyez l’idée… Si les bateaux civils modernes n’ont plus de poudrière, c’est sans doute parce que l’essor des marins de pacotille a rendu cet équipement complètement obsolète.

Heureusement, cet été-là, la Vie n’est décidément pas avare d’enseignements. Elle m’apprend – même si, souvent, je peine à m’en souvenir – que toute tempête comporte son accalmie. Mon oasis sera le Bang Between The Pitons, fabuleux restaurant au nom suffisamment bien pensé pour m’éviter une pesante description du paysage. C’est au milieu de ce cadre assez enchanteur que je goûte le club sandwich fondateur, celui qui donnera un sens, une quête à ma vie – le premier shoot, en quelque sorte. Il est simple mais élégant. Ses différentes composantes sont classiques mais parfaites, à l’image du propriétaire des lieux, Sir Colin Tennant. Un authentique lord échoué dans l’archipel, devenu restaurateur après avoir été propriétaire foncier. Au début des années 50, l’homme était propriétaire de Moustique, île qu’il a progressivement vendu à la découpe à toutes les rock/movie/politic’ (biffez les mentions inutiles) stars de la planète. C’est vous dire s’il a les moyens d’importer directement son bacon d’Irlande…

Quel enfoiré ce Tonio avec ses anecdotes made in bling bling !

A suivre à 14h…

482 – Will You Remember The Time ?

Cette semaine Coldplay à sorti son dernier clip, Strawberry Swing. L’autre fois, je vous parlais de ma mémoire musicale. Et là ça a été le fulguro-poing dans la gueule. Si on était dans un film avec du pognon, vous me verriez en train de chuter en arrière avec mon fauteuil premier prix Ikea, et disparaître dans un sol obscur pour atterrir en plein milieu de Saint-Germain, lors d’une nuit de l’automne dernier. Ce soir là, j’expliquais à une fille morte de froid que non, on n’allait pas boire un coup au Flore, parce que si j’y entrais sans être publié, ce serait un aveu d’échec. L’un dans l’autre, c’était sûrement la meilleure soirée que j’aurais passée avec elle, et ça m’avait complètement échappé. Enfin, je veux dire que c’est un souvenir qui s’était fait la malle, aussi récent et aussi bon qu’il puisse être.

Pourtant tout avait si bien commencé. D’ailleurs j’en avais parlé à demi mot plusieurs fois sur le blog (rêvez pas, j’ai dit demi-mot, alors pas liens, démerdez-vous). Ces dizaines de textos par jour, des MMS de moi face caméra en train de faire un bizou dans le vide, la totale du gluant. Des détails glauques comme ça, j’en ai plein, mais motus ! Anyway, le fait est que ça ne s’est pas fait. La négociation du virage post euphorie m’aura fait finir dans le ravin. Au fond du gouffre, tu relativises la beauté, tu relativises l’intérêt intellectuel. Finalement à force de relativiser, on ne se parle plus, on se fout que l’autre se fasse baiser. Le retour du grand-huit affectif, cette fois-ci à l’arrêt. Nous voilà revenus au point de départ, le silence. Le vrai problème, c’est pas tant qu’on ne se parle plus, c’est que j’en ai rien à foutre.

Bon, okay, j’en ai pas cent pour cent rien à foutre, sinon j’écrirais pas cette note. Bien sûr que ça me fais un peu de peine de même plus avoir la motive de m’intéresser à quelqu’un. Non, en fait, le vrai problème, c’est que ça me laisse totalement indifférent. A peu près autant que cette nana très grande et un peu gauche que j’avais embrassée histoire de pas finir ma soirée seul chez un pote de lycée. Dans le fond, l’une comme l’autre me demandent un effort de mémoire pour me souvenir de leur existence. Alors que j’ai vécu des trucs presque forts avec la seconde. Y’a de grandes chances de son côté, elle s’en branle pas mal non plus. Peut-être qu’à la faveur d’une prochaine phase de célibat, elle se fera le même shoot nostalgique d’une époque où ça y était presque. Ou bien pas du tout.

Ca reste toujours moins prise de tête qu’une fille avec qui on ne parle plus mais dont on espère un message un jour. S’agit d’un tout autre problème, beaucoup moins soluble en l’occurrence.
Demain, triple note top 3 d’un invité.

481 – Tangled Web

Une nuit d’insomnie de plus sur Lyon. La chaleur est étouffante. Malgré ma recente descente chez le coiffeur, j’ai la nuque en sueur. Insupportable. J’ouvre le velux en grand, mouline des bras dans l’espoir de faire circuler un minimum d’air dans ma garçonnière. Plus qu’à attendre que ça brasse, avant d’espérer me rendormir. Dans l’intervalle j’ai allumé la petite lampe qui me permet de bouquiner un vieux numéro de Spider-Man tiré au pif dans ma bibliothèque. Car, curiosité de déco intérieure, je dors contre une étagère entière remplie de comics. On y trouve des traductions françaises, reliées avec des tranches carrées, nettement plus pratiques pour s’y retrouver. J’ai beau les avoir lus des dizaines de fois, je me marre aux même vannes, m’émerveille devant les mêmes dessins et enchaîne les numéros jusqu’à qu’épuisement s’en suive. Je crois que s’il y a bien un truc qui me manque à Paris, c’est ma collec’ perso.

Le fait que je pirate allègrement mes comics n’est pas à scoop. A 4$ l’exemplaire avec un budget d’étudiant, c’est juste pas possible. Mais le principal problème vient du rangement. Quelques siècles plus tôt, je nourrissais l’espoir de classer mes séries, pour m’y retrouver, comme on le ferait avec une biblio normale. Loupé. J’ai depuis longtemps baissé les bras, me contentant d’amasser les nouveautés le haut de piles anarchiques et de virer les vieilleries dans des cartons au grenier. A ce stade je serais prêt à acheter mes comics en ligne, pour un prix cohérent, et disposer d’une biblio numérique bling bling. Le marketing n’en est pas encore là. Alors chaque semaine je télécharge des scans, que je bouffe dans la foulée, avant de les supprimer de mes disques durs. C’est mon compromis, lire mes séries préférées mais ne rien conserver. C’est ainsi que je lave ma conscience.

Et pourtant, cette nuit une fois encore ma collec’ de Spider-Man a volé à mon secours. Sans ça j’aurais ruminé comme un connard et me serais retrouvé le lendemain avec la tête pleine de crasse. Ceci explique sûrement pourquoi samedi dernier, en visite à l’Album de Lyon, je me suis penché sur des vieux numéros de Spider-Man en solde. Parce qu’aucun scan pirate ou légal, sur l’ordinateur portable ou un futur e-reader couleur, ne remplacera le kif de pouvoir simplement tendre la main à côté de son oreiller, attraper un volume et pouvoir tourner les pages, sentir le papier, le ranger et en prendre un autre aussi sec. A la caisse d’Album, avec mes 4 numéros, je me suis surpris à m’imaginer rattraper mon retard, au moins Spider-Man, les avoir en dur, pas autant pour mes éventuels gosse que pour mon propre plaisir sans cesse renouvelé, au milieu d’une nuit mal partie.

Je termine d’écrire cette note ce fameux samedi. Nous sommes aux alentours de trois heures du matin. Je vais aller me brosser les dents et me pieuter, mais je n’éteindrai pas la lumière avant d’avoir englouti une bonne centaine de comics fraîchement acquis. Mioum.

Demain, amnésie passagère.