494 – Book Review 75

Avec le bouquin du jour nous voilà face au grand cliché. Le conseil le plus bateau en terme d’écriture face à la page blanche. Un prof vous balancera toujours à la tronche d’aller la lire la presse et de s’inspirer d’un fait divers. La méthode soit-disant infaillible. Pour moi qui a l’envie d’aborder un thème avant de broder une histoire, c’est si loin de mon fonctionnement que je dénigre souvent une telle démarche (aussi parce que je suis un petit con). Pourtant lorsqu’une coupine me conseille vivement L’Adversaire, je passe à la caisse de la RNAC. J’étais déjà passé à côté de l’adaptation ciné qui avait quand même une bonne tête. Puis ça fait un moment que je n’ai pas lu de truc français, fallait que je fasse un petit effort.

Jean-Claude Romand a assassiné ses parents, sa femme et ses deux enfants avant de tenter de se donner la mort. Sauvé des flammes qu’il avait lui-même allumées, il se retrouvera donc face aux tribunaux et aux médias. A l’époque où le pays se passionna pour cette affaire unique, l’écrivain Emmanuel Carrère fut tellement intrigué qu’est née en lieu l’impérieuse volonté de comprendre. Tenter de defaire le cheminement de cet homme aimé de ses amis et voisins, et qui pourtant s’est révélé escroc et menteur, s’étant inventé toute une vie depuis prêt de vingt ans. En débutant une correspondance avec le meurtrier, en intérrogeant les proches et acteurs du dossier, l’érivain peint un sinistre mais fascinant tableau. Celui d’un homme pris au piège de sa lacheté et de ses mensonges, jusqu’à ce que les rouages se coincent et cèdent.

Force est de constater que j’ai dévorré L’Adversaire en trois jours. Carrère met à profit ses réflexes d’écrivains pour produire un récit à la fois non linéaire et multipliant les points en vue. En se mettant en scène et en confiant ses propres états d’âmes il parvient à donner au livre une épaisseur bienvenue. Le piège aurait été de livrer quelque chose de trop lourd, trop chargé en pathos. Un écueil à mon sens parfaitement évité. Ce n’est pas la curiosité morbide qui anima ma lecture mais bel et bien la même envie de comprendre que celle qui a saisi l’auteur à l’époque des faits. Bien sûr le lecteur n’en apprendra pas plus sur l’affaire. Reste un style aussi limpide que discret. Pourtant les phrases sont ciselées, les images parlantes et l’ensemble presque trop agréable à lire. La force tranquille comme dirait l’autre.

En ce qui concerne le film je ne peux pas vous en parler, ne l’ayant pas vu. J’ignore tout de la construction temporelle ainsi que de la précense ou non d’Emmanuel Carrère. Peut-être suis-je trop prude, mais l’histoire reste trop dure pour que j’éprouve l’envie de m’exposer à une version filmée. Vous vous ferrez votre avis pendant que je m’attelle à découvrir cet auteur plus en avant.
A 15h, ce sera le résultat du concours et, fort logiquement, un nouveau contest !

Demain, on parlera piscine.

TRAILER STAGE !!!

6 réflexions sur “494 – Book Review 75

  1. Pareil j’ai lu le livre mais pas vu le film. Et j’ai pas forcément envie.
    Par contre j’avoue que le curiosité morbide est pour beaucoup dans le commencement de ma lecture. Ce n’est qu’après que j’ai été prise par l’histoire.
    J’me souviens avoir engueulé mon père juste après, l’ayant vu avec des allumettes à la main.

  2. Cet article parait completement différent des autres critiques que tu as fait. On te sent assez troublé par le bouquin, de par l’abscence de blagounettes ou de references. C’est tout sérieux, tout cadré. Ou alors ça vient juste du fait que je puisse pas voir les images… Mysteeere

  3. I WIN!

    L’adaptation est totalement dispensable, car elle plonge en plein dans tout ce que le livre de Carrère a réussi à éviter: un truc pathos, lourd, chiant et insupportable. Si tu souhaites vraiment en savoir plus, mieux se dl le Faites entrer l’accusé consacré à Jean-Claude Romand.

    (et maintenant tu vas pouvoir attaquer Un roman russe et Je suis vivant et vous êtes morts hihi)

  4. Le film est bon. Garcia et Fieschi (le scénariste) ont su créer une véritable empathie pour Romand et malgré la fin tragique, on s’intéresse plus au mécanisme de l’engrenage qu’aux meurtres. La bonne idée c’est aussi d’avoir pris Auteuil afin de renforcer l’empathie du spectateur pour Romand. Seule réserve, la construction en flashback parfois un peu artificielle.

    Je conseille aussi l’EMPLOI DU TEMPS de Laurent Cantet (écrit avec Campillo) qui part aussi du fait divers mais se concentre sur les mois d’errance plutôt que sur l’issue tragique.

  5. Oooh, en voilà *encore* un bouquin qui m’intéresse ^^

    Enfin, c’est surtout pour dire que la deuxième image m’a fait mourir de rire.

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