Way ! C’est la branlée rentrée littéraire ! Kro bieng, en plus y’a un nouveau Beigbeder ! Sentant que ça valait pas forcément 18€, j’ai feinté en demandant un exemplaire gratos au service presse de Grasset, qui ne m’a jamais répondu. Je dois pas l’avoir encore assez grosse. Ce fut Dahlia, qui n’écoutant que son courage, m’aura envoyé in-extremis hier son propre exemplaire presse d’Un Roman Français. Sorti aujourd’hui dans les bacs, j’ai donc rushé la lecture en une journée pour pouvoir vous en parler en même temps que tout le monde. Ca alors Le Reilly, tu t’es boulotté 280 pages en un aprem’ ! Ca devait être vachement bien comme bouquin ! Ce à quoi j’aurais envie de répondre que c’était surtout écrit gros. Autant spoiler la fin de la critique tout de suite pour les feignasses, Un Roman Français, comme tous les romans de Beigbeder, est bancal. Sauf que celui-ci n’est pas bancal pareil, ce qui est une évolution sans pour autant être une qualité. Mais j’y reviendrai.

Reprenons du début. Beig est pris en flag en train de sniffer de la coke en compagnie de sa mastercard gold à couper la farine et d’un ami écrivaillon. Passage à la case prison, ne touchez pas plein de thunes. Frédo est vénère et décide d’entamer une introspection, à la poursuite de ses origines oubliées. Car notre héros n’a prétendument aucun souvenir d’enfance. Logique, donc, qu’il en fasse un livre. Nous voilà parti sur un double récit, les deux jours trop horriblement pas cools pour Beigbeder du présent et les 42 ans précédents du Beigbeder du passé. La narration alterne donc les deux points de vue, mais les trois quarts du bouquin sont dévolus à l’histoire de la famille de Frédo, en commençant par la rencontre des grands parents durant l’entre deux guerres. Si comme votre serviteur, l’histoire de France avec un F majuscule vous vous en carrez pas mal, pas de chance. Il faudra bouffer des considérations sur la résistance et l’influence de Mai 68 sur la cellule familiale pendant des dizaines de pages avant quoi que ce soit d’autre.

Aussi, durant le premier tiers du bouquin, j’étais plus intéressé par les déboires cocaïno-judiciaires de Frédo que par le long et laborieux historique menant à sa naissance, multiplication de dates, noms propres et lieux à la clef. Puis la vapeur s’inverse. Beigbeder parle de son enfance, ses premiers amours, son complexe d’infériorité vis-à-vis de son frère. Là ça devient intéressant, on tiendrait presque un début d’un truc. Pendant ce temps, le récit présent s’embourbe dans des dialogues de boulevard et des considérations d’une banalité affligeante. Oh noes, la prison c’est grave pas cool quoi ! En définitive, les seuls passages flamboyants concernent sa petite fille Chloé, pour qui il a les mots d’un père pourvu de la plus douce des plumes. On touche à quelque chose de l’homme, de l’amour. Quel dommage que ce soit si fugace. Putain de dommage. Au moins le livre se referme sur une dernière (belle) anecdote le liant à Chloé. En réussissant sa sortie, Beigbeder réchappe à la malédiction qui plombe ses fictions, son incapacité à conclure de manière satisfaisante. Ici, l’épilogue est peut-être le meilleur chapitre.

Le style aussi a évolué, en partie. On trouve moins de bling-bling, une écriture plus posée, plus serrée. Ce qu’on gagne en efficacité, on le perd en fun, si je puis dire. C’était marrant de voir un type écrire des romans a coup de phrases publicitaires mises bout à bout. L’ensemble dégagerait tout de même une impression de maturité si l’on ne trébuchait pas régulièrement sur des catastrophes d’indigence, des bouts de phrases mal branlées, tout simplement. Sans parler du syndrome St Germain. Ca ne pose aucun problème à l’auteur d’asséner des mots multisyllabiques incompréhensibles, mais il tient absolument à préciser qu’une DeLorean est une machine à voyager dans le temps. L’homme qui murmurait à l’oreille des lettrés refuse d’admettre la légitimité de la pop culture. Pas très glorieux. Toujours moins pire que de citer Bret Easton Ellis au moins dix fois sur tout le bouquin, à se fantasmer en héros de Lunar Park. On savait Frédo admiratif, mais à ce point, c’est un peu triste. Bien sûr il ne peut s’empêcher, en bon premier de la classe, de citer à intervalles réguliers la moitié des auteurs Français morts. Pénible. Ultime moment de solitude, quand il se compare nommément à Haulden Caulfied errant dans New-York. Le lecteur, ayant honte pour l’écrivain, préférera détourner les yeux.

On aura beaucoup parlé des pages censurées concernant l’infâme procureur de la république qui aurait forcé Frédo à croupir en taule pendant, oh my gawd, 24 heures de plus. On sait depuis 99 Francs que l’auteur se rêve en redresseur de torts et rebelle face à la bien-pensance et l’immobilisme général. Suffit de voir le fantasme de 99F, le film, où le héros saborde son patron, son job, ses clients. Tout le long d’Un Roman Français, on sent la frustration d’un bonhomme qui n’appuiera jamais sur l’interrupteur, un narrateur dépourvu de Tyler Durden pour appuyer à sa place. Alors il pose sa démission avant de publier 99 Francs, vire les pages problématiques avant de risquer l’amende pour outrage/diffamation et continue à sucer des peoples sans talent au Grand Journal. Alors qu’avec une simple de note de blog un adolescent un peu paumé arrive à perturber le transit intestinal d’une centaine de personnes le temps d’une journée. Jouer à l’anarchiste, foutre la merde, c’est pas si dur. Mais Beig n’appuiera jamais sur la détente, et à force de menacer de le faire par romans interposés, on n’y croit plus.

A un moment du livre, Frédo nous assène que peu importe l’histoire, c’est le style qui compte, ou tout du moins, ce que l’auteur arrive à transmettre de lui par le texte. Le fait est qu’Un Roman Français et 280 pages plus tard, je n’ai pas l’impression d’avoir appris grand-chose que j’ignorais sur le personnage Beigbeder. Bien sûr, je ressors avec quelques nouveaux détails, mais de ses obsessions, son fonctionnement, les raisons qui l’ont poussé à devenir ce qu’il est, rien ne m’aura surpris, étonné ou tout simplement ému. Quand j’ai traité le bouquin de bancal, c’est à ce niveau. Il m’aura laissé globalement indifférent, non tenu en haleine par une intrigue, pas passionné par la place de sa famille dans l’histoire. Restent les petits détails d’une enfance, les joies d’un adolescent et l’amour d’un homme pour les femmes, d’un père pour son enfant.
Je ne pense pas que cela aurait suffit à ne pas regretter mes 18€. Eventuellement en poche, un jour. Le pire dans tout ça, c’est que c’était le seul bouquin de la rentrée littéraire qui m’excitait un minimum. Va falloir que je fasse moult efforts pour trouver quelque chose pour me motiver. Je vous tiendrai au courant.
Demain, justement, je taperai sur les médias à la bourre. Vu la taille de la note du jour, les résultats du concours 4 seront pour demain (ou samedi, je me tâte), ça vous fait 24h de plus pour jouer.
SRSLY STAGE !!!
Lu 300 pages et critiqué sur 1000 mots en moins de 12h. Sans déconner, pourquoi je suis pas encore payé pour ce taf’ déjà ?
T’es pas payé pour ce taf’ parceque tu as, parait-il, des principes.
Enfin, je crois.
Du coup ça me fait penser qu’il faut toujours que je mate 99Francs, mais bon.
Damn.
C’est une histoire vraie ce truc?
Au final vu qu’il ne t’a jamais écrit suite à ta lettre, jsuis content que son roman soit pas si génial.
On n’ignore pas le reilly!
quelle plume, quel style…
Je crois que je deviens fan…
Yatta! You did it!! Je le lis et je te dis
Il nous manque à tous un Tyler Durden pour tout envoyer en l’air…
Ou, en ce qui me concerne, pour m’envoyer en l’air ^^
Tu pourras m’appeler comme tu veux quand ça arrivera, baby
Bah écoute, amène juste des petites miches à…. Dublin !
Bah écoute, je dois aller à Londres prendre Ophé en levrette donc j’aurai qu’à passer à Dublin après.
Je ne pas un 2nd choix !
Get a room.
Manue > Londres est juste plus accessible que Dublin de là où je suis.
Sinon toi aussi tu viens à Londres et on fait un truc à 3 (j’aurai droit à la ceinture de champion).
Matthou > Certes.
Je savais pas que Frédo était papa lol
Jolie performance pour cette critique ^^
“Sans déconner, pourquoi je suis pas encore payé pour ce taf’ déjà ?” >> parce que t’es bon
Bien joué.
Ahah j’ai quand même bien hâte de le lire !
Ping : Cocaine Zahia.* at (Spha)