514 – Joe’s Appartment

Pour compenser cet été de misère où j’ai oublié de faire le tour de la planète et de batifoler dans les vagues avec des filles nues, j’ai accepté à peu près tous les plans possibles et imaginables. C’est comme ça que je me suis retrouvé à chausser mes rollers au milieu de la nuit pour débarquer chez des inconnus et boire leur coca, entre autres aventures (de quoi blogguer un moment). Dans l’opération j’ai squatté dans pas mal d’apparts aux quatre coins de Lyon, des pentes bobos de la Croix-Rousse aux maisons en banlieue, en passant par les studios sur la presque-île. A paris il n’y a que la ville, les mêmes immeubles de partout, vaguement séparés de quartier en quartier par des subtiles variations de niveau de vie ou de population. On ne dit pas intra-muros pour rien, puisque Paris est une prison architecturale géante, où le peu d’espaces un peu différents sont circonscrits à un bloc d’immeuble égaré ça et là.

J’ai un super souvenir d’appart’ Lyonnais. C’était chez une petite copine de l’époque, enfin, vaguement, longue histoire courte. La porte de chez elle était presque penchée, le long des pentes, de la Croix-Rousse. Ce qui m’a scotché, c’est que son appartement communiquait avec l’immeuble d’à côté. A un endroit où les deux grosses maisons à étages devaient être séparées, quelqu’un avait abattu un mur avant de condamner l’autre porte d’entrée. En passant la tête par une des fenêtres, il était clair qu’elle habitait à cheval sur deux immeubles, créant un espace complètement inédit. Un peu avant que je ne fasse voler son soutien-gorge à travers sa chambre, j’ai eu le temps de décréter cet appartement officiellement le plus cool de tous les temps. C’était il y a presque dix ans, et je n’ai jamais trouvé mieux, en terme d’appart’ je veux dire.

Y’a quelque mois, mon ami marabout prophétisait entre deux bouchées de pizza surgelée premier prix que j’irai vivre à New-York avant de finir ma vie entre Saint-Germain et une maison à la campagne. Ca me semblait pas impossible sur le coup. Quand même, ça me ferait super chier de ne pas avoir vécu quelques temps à Lyon. Bon, y’a les prix de l’immobilier qui font que mes potes ont des apparts de fou furieux trop bien placés pour moins que mon cloaque parisien. Il s’agit surtout de mon amour pour la ville, pour ces quartiers où je ne me sens pas étouffé et qui sont si différents les uns des autres. Mais pour l’instant je n’ai absolument rien à faire à Lyon, pas d’études, pas de grosses boîtes ni d’éditeurs à poursuivre. Rien dans l’avenir, qu’il soit proche ou a moyen terme. Impossible cependant d’oublier l’appartement des parents de Coline, devant lequel je ne peux m’empêcher de passer de temps en temps.

514---Stalk-Lettré

Dans une semaine je retrouve mon vingt-deux, sa salle de bain aux robinets qui se dévissent, l’odeur de kebab quand on ouvre la fenêtre et les voisins cleptomanes. Back 2 Skool !
Demain, bouquin pour fillette !

513 – Drunken Master

Flashback, à l’époque où j’avais quinze ans et où mon pseudo web était Raynor. Soirée dans le quartier bourge de Lyon. La fille du bouquin était là, et sa copine, hôte de la soirée, avait bien senti que mon petit cœur battait un peu plus vite. C’était le temps où une meilleure amie jaugeait elle-même des prétendants, avant de décider si elle allait leur filer un coup de main ou pas. Tu crois que tu pourrais l’aimer ? Le jeune Raynor pris le temps de mesurer sa réponse. Ouais, je crois que ouais, sincèrement. On est sérieux quand on a quinze ans. C’est alors que Martin a débarqué, complètement bourré, et s’est mis à gueuler.

- Attention Matthias c’est le mec le plus passionné que je connaisse ! Quand il se lance dans un projet, il se donne à fond et lâche jamais ! Un putain de héros !

Ce qui est drôle c’est que j’appréciais pas particulièrement ce type. Plutôt à la ramasse intellectuellement, avec des choix de vie plus que douteux. Sur le moment, je m’en suis presque voulu de le mépriser. Un homme prêt à aider un autre homme à pécho mérite le respect. Au-delà de ça, j’ai surtout été touché par la sincérité du compliment alcoolisé. Si je vous raconte ça, c’est à cause de mon pote Jean-Luc, scénariste et réalisateur pro de son état. Un type pour lequel j’ai un véritable amour de bro et à qui je ne peux jamais refuser une invite au bar à côté de chez moi. Le mieux, c’est quand j’arrive en milieu de soirée, qu’il s’est déjà bien fait plaisir. Si par chance il est venu avec des buddies que je connais pas, il me fait l’honneur des présentations. Immanquablement, il me présente comme un pur écrivain en devenir, un mec qu’il te jure qu’il est bourré de talent et qu’il ira loin !

Obviously, en bonne saleté de jeune, j’apprécie toujours une petite gratouille derrière la nuque. Mais rien ne vaut un massage d’égo au bon goût de mojito, celui qui est aussi sincère que grandiloquent. Dans ces moments j’ai absolument aucune idée d’où me foutre, le visage aussi rouge qu’une tomate trop mûre. Je prends quand même le temps de le ranger dans ma petite boîte à remontage de moral, celle pour les jours sombres où je manque de motivation, ou même ma grand-mère me demande quand est-ce que j’aurais fini mes études et que j’aurais un vrai travail de marketing qui rapporte moult pognon. Si des gens sont capables de me dire en face qu’ils croient en moins même avec trente euros d’alcool dans le sang, alors je devrais bien être capable d’en faire autant, de croire en moi, pas de m’enfiler trois billets de bière je veux dire.

Après je prends aussi les gratouilles derrière la nuque sobres. En plus je peux imaginer que les gens sont hypocrites et m’en servir pour me plaindre encore et encore. Caliméro, I’m lovin’ it !

Demain, on parlera appartements.

512 – This Is Great

Jeudi, James Cameron lâchait enfin le premier teaser d’Avatar, les premières images de son premier film de fiction depuis Titanic, il y a plus de dix ans. Forcément, une telle attente aura créée bien des fantasmes de la part de cinéphiles adeptes d’un homme qui maîtrise son art comme personne. Les réactions ne se sont pas faites attendre, très vite la communauté des passionnés de cinéma s’est divisée entre ceux qui furent émerveillés par ces deux minutes quasi muettes, et ceux pour qui le design serait une barrière infranchissable à leur plaisir. Ceux pour qui un choix de style conditionne tout. Ceux qui sont prêt à enterrer un film sur moins de 120 secondes. Ceux qui ont visiblement perdu toute capacité à s’émerveiller, leur putain d’âme d’enfant passée à la moulinette de leur besoin de s’affirmer en tant qu’adulte qui cotise pour sa retraite et son pavillon en banlieue. Parce qu’au bout du compte, Avatar reste un des films les plus sincères qu’il vous serra donné de voir cette année.

Quand on pense deux secondes, cela fait combien d’années depuis le dernier grand film de Science-Fiction qui ne soit pas un remake, pas une suite, pas une prequel, pas une adaptation ? Ouais, voilà. La seule chose qu’on ne peut pas reprocher à Jim, c’est d’être opportuniste. James Cameron aura écrit le premier script d’Avatar il y a 14 ans, à une époque où la technologie n’était pas prête. Alors il a attendu. Pour l’occasion il a une fois de plus repoussé les limites de la technologie, participant à la création de caméras offrant un meilleur rendu pour la 3D et travaillant avec la WETA (Lord Of The Rings, King Kong) pour intégrer la performance de ses acteurs sur les modèles en images de synthèse. Contrairement aux films qui ont précédés Avatar, ici les personnages ont des yeux vivants. Lorsque Jake découvre son nouveau corps Alien dans la bande-annonce, qu’il s’exclame dans un souffle « This Is Great », son visage, son expression, c’est ce qui m’a convaincu.

A partir de là je me fiche pas mal du design, les créatures qui habitent ce nouveau monde sont vivantes pour moi, à mes yeux. Je suis prêt à oublier la technique pour m’embarquer dans ce Dance Avec Les Loups de l’espace, à croire à l’amour que se portent des créatures d’une autre planète. Après je me connais, je suis de nature enthousiaste, toujours prêt à m’émerveiller, à me jeter tête la première dans un film. Histoire d’être sûr, vendredi j’ai bougé mes fesses à l’Avatar Day. Le même jour, à travers le monde, des cinémas proposaient de visionner un échantillon de 15 minutes de scènes du premier tiers du film. Le tout en projection numérique 3D, gratuitement. J’ai le tournis rien qu’à penser au coût financier d’un tel coût marketing à l’échelle de la planète. Accompagné de Pollux et sa chérie, nous sommes allés au Pathé le cœur gonflé d’espoir. Une demi-heure plus tard, nous avons fait le tour du cinéma et sommes retournés illico dans la salle.

Je le savais. Voir les images du teaser dans leur contexte, entendre les acteurs interagir, évoluer dans un monde fantastique, tout est différent. Le quart d’heure nous a semblé si court, comme une poignée de secondes. A chaque fois la salle entière a applaudi, pour manifester leur enthousiasme, trop intense pour être contenu dans nos corps de passionnés. L’espace d’un instant, entre la première et la seconde séance, nous avons eu pitié des aigris, de ceux qui sont tellement formatés par le cinéma prétendument rebelle, où tout est gris et où tous les héros sont constipés. Cameron est un gosse, pas comme Georges Lucas qui ne pense qu’à vendre des jouets, un gosse au sens premier, fasciné par l’aventure, des mondes remplis de couleur et de vie, habités par des personnages au grand cœur qui n’attendent que de se faire foudroyer par l’amour. Une forme de cinéma de plus en plus rare et pourtant si essentielle.

Si la Fox est prête à fabriquer des dizaines de bobines promo, à bloquer des salles de cinéma pendant deux heures et louer gratuitement les lunettes 3D, c’est qu’elle joue gros. Un tel travail d’orfèvre aura coûté des sommes monstrueuses. Avatar ne doit pas marcher que sur les geeks, les hardcores. Le défi est de faire venir vos parents, vos grands-parents et vos cousins beaufs. Ce sans quoi ce sera une catastrophe financière sans précédent. Et de la même manière que l’échec de Watchmen à causé l’annulation de projets de films osés interdits aux moins de 18, si Avatar se plante j’espère que vous êtes prêt à continuer à vous bouffer des suites et des adaptations de jouets au cinéma pendant des années. Le teaser à laissé pas mal de gens « normaux » sur le carreau, histoire pas claire, design douteux. Je ne peux qu’espérer que la Fox sera suffisamment douée pour les exposer à ne serait-ce que quelques minutes de ce que j’ai pu admirer vendredi, où la 3D sert l’histoire au lieu d’en mettre plein la tronche, et où l’on oublie le design pour se laisser emporter ailleurs, à l’autre bout de l’univers.

Décidément j’enchaîne les notes à rallonge en ce moment. J’en reparlerai. Tout comme je recauserai sûrement d’Avatar. L’avant goût que j’ai pu avoir reste collé à ma rétine et fin décembre ne m’a jamais paru aussi loin. Pour la première fois depuis trop longtemps, je crois au Père Noël.

TEASER STAGE !!!

Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu. Bien que je vous conseille plus que fortement d’aller chercher une version HD.