508 – Book Review 80

Way ! C’est la branlée rentrée littéraire ! Kro bieng, en plus y’a un nouveau Beigbeder ! Sentant que ça valait pas forcément 18€, j’ai feinté en demandant un exemplaire gratos au service presse de Grasset, qui ne m’a jamais répondu. Je dois pas l’avoir encore assez grosse. Ce fut Dahlia, qui n’écoutant que son courage, m’aura envoyé in-extremis hier son propre exemplaire presse d’Un Roman Français. Sorti aujourd’hui dans les bacs, j’ai donc rushé la lecture en une journée pour pouvoir vous en parler en même temps que tout le monde. Ca alors Le Reilly, tu t’es boulotté 280 pages en un aprem’ ! Ca devait être vachement bien comme bouquin ! Ce à quoi j’aurais envie de répondre que c’était surtout écrit gros. Autant spoiler la fin de la critique tout de suite pour les feignasses, Un Roman Français, comme tous les romans de Beigbeder, est bancal. Sauf que celui-ci n’est pas bancal pareil, ce qui est une évolution sans pour autant être une qualité. Mais j’y reviendrai.

Reprenons du début. Beig est pris en flag en train de sniffer de la coke en compagnie de sa mastercard gold à couper la farine et d’un ami écrivaillon. Passage à la case prison, ne touchez pas plein de thunes. Frédo est vénère et décide d’entamer une introspection, à la poursuite de ses origines oubliées. Car notre héros n’a prétendument aucun souvenir d’enfance. Logique, donc, qu’il en fasse un livre. Nous voilà parti sur un double récit, les deux jours trop horriblement pas cools pour Beigbeder du présent et les 42 ans précédents du Beigbeder du passé. La narration alterne donc les deux points de vue, mais les trois quarts du bouquin sont dévolus à l’histoire de la famille de Frédo, en commençant par la rencontre des grands parents durant l’entre deux guerres. Si comme votre serviteur, l’histoire de France avec un F majuscule vous vous en carrez pas mal, pas de chance. Il faudra bouffer des considérations sur la résistance et l’influence de Mai 68 sur la cellule familiale pendant des dizaines de pages avant quoi que ce soit d’autre.

Aussi, durant le premier tiers du bouquin, j’étais plus intéressé par les déboires cocaïno-judiciaires de Frédo que par le long et laborieux historique menant à sa naissance, multiplication de dates, noms propres et lieux à la clef. Puis la vapeur s’inverse. Beigbeder parle de son enfance, ses premiers amours, son complexe d’infériorité vis-à-vis de son frère. Là ça devient intéressant, on tiendrait presque un début d’un truc. Pendant ce temps, le récit présent s’embourbe dans des dialogues de boulevard et des considérations d’une banalité affligeante. Oh noes, la prison c’est grave pas cool quoi ! En définitive, les seuls passages flamboyants concernent sa petite fille Chloé, pour qui il a les mots d’un père pourvu de la plus douce des plumes. On touche à quelque chose de l’homme, de l’amour. Quel dommage que ce soit si fugace. Putain de dommage. Au moins le livre se referme sur une dernière (belle) anecdote le liant à Chloé. En réussissant sa sortie, Beigbeder réchappe à la malédiction qui plombe ses fictions, son incapacité à conclure de manière satisfaisante. Ici, l’épilogue est peut-être le meilleur chapitre.

Le style aussi a évolué, en partie. On trouve moins de bling-bling, une écriture plus posée, plus serrée. Ce qu’on gagne en efficacité, on le perd en fun, si je puis dire. C’était marrant de voir un type écrire des romans a coup de phrases publicitaires mises bout à bout. L’ensemble dégagerait tout de même une impression de maturité si l’on ne trébuchait pas régulièrement sur des catastrophes d’indigence, des bouts de phrases mal branlées, tout simplement. Sans parler du syndrome St Germain. Ca ne pose aucun problème à l’auteur d’asséner des mots multisyllabiques incompréhensibles, mais il tient absolument à préciser qu’une DeLorean est une machine à voyager dans le temps. L’homme qui murmurait à l’oreille des lettrés refuse d’admettre la légitimité de la pop culture. Pas très glorieux. Toujours moins pire que de citer Bret Easton Ellis au moins dix fois sur tout le bouquin, à se fantasmer en héros de Lunar Park. On savait Frédo admiratif, mais à ce point, c’est un peu triste. Bien sûr il ne peut s’empêcher, en bon premier de la classe, de citer à intervalles réguliers la moitié des auteurs Français morts. Pénible. Ultime moment de solitude, quand il se compare nommément à Haulden Caulfied errant dans New-York. Le lecteur, ayant honte pour l’écrivain, préférera détourner les yeux.

On aura beaucoup parlé des pages censurées concernant l’infâme procureur de la république qui aurait forcé Frédo à croupir en taule pendant, oh my gawd, 24 heures de plus. On sait depuis 99 Francs que l’auteur se rêve en redresseur de torts et rebelle face à la bien-pensance et l’immobilisme général. Suffit de voir le fantasme de 99F, le film, où le héros saborde son patron, son job, ses clients. Tout le long d’Un Roman Français, on sent la frustration d’un bonhomme qui n’appuiera jamais sur l’interrupteur, un narrateur dépourvu de Tyler Durden pour appuyer à sa place. Alors il pose sa démission avant de publier 99 Francs, vire les pages problématiques avant de risquer l’amende pour outrage/diffamation et continue à sucer des peoples sans talent au Grand Journal. Alors qu’avec une simple de note de blog un adolescent un peu paumé arrive à perturber le transit intestinal d’une centaine de personnes le temps d’une journée. Jouer à l’anarchiste, foutre la merde, c’est pas si dur. Mais Beig n’appuiera jamais sur la détente, et à force de menacer de le faire par romans interposés, on n’y croit plus.

A un moment du livre, Frédo nous assène que peu importe l’histoire, c’est le style qui compte, ou tout du moins, ce que l’auteur arrive à transmettre de lui par le texte. Le fait est qu’Un Roman Français et 280 pages plus tard, je n’ai pas l’impression d’avoir appris grand-chose que j’ignorais sur le personnage Beigbeder. Bien sûr, je ressors avec quelques nouveaux détails, mais de ses obsessions, son fonctionnement, les raisons qui l’ont poussé à devenir ce qu’il est, rien ne m’aura surpris, étonné ou tout simplement ému. Quand j’ai traité le bouquin de bancal, c’est à ce niveau. Il m’aura laissé globalement indifférent, non tenu en haleine par une intrigue, pas passionné par la place de sa famille dans l’histoire. Restent les petits détails d’une enfance, les joies d’un adolescent et l’amour d’un homme pour les femmes, d’un père pour son enfant.

Je ne pense pas que cela aurait suffit à ne pas regretter mes 18€. Eventuellement en poche, un jour. Le pire dans tout ça, c’est que c’était le seul bouquin de la rentrée littéraire qui m’excitait un minimum. Va falloir que je fasse moult efforts pour trouver quelque chose pour me motiver. Je vous tiendrai au courant.

Demain, justement, je taperai sur les médias à la bourre. Vu la taille de la note du jour, les résultats du concours 4 seront pour demain (ou samedi, je me tâte), ça vous fait 24h de plus pour jouer.

SRSLY STAGE !!!

Lu 300 pages et critiqué sur 1000 mots en moins de 12h. Sans déconner, pourquoi je suis pas encore payé pour ce taf’ déjà ?

507 – Gotta Catch Them All !

La semaine dernière, c’était le retour des verres cocas dans les MacDo. Pour le savoir il fallait être attentif et tomber sur les rares affiches annonçant l’opération promo, vu que le gros M préfère insister sur sa plus que moyenne campagne « Venez comme vous êtes ». Ou alors vous êtes comme moi, à hanter les forums de MyBurger, à l’affut de la moindre indiscrétion provenant d’un équipier agent double. Ah, les équipiers… Faut dire que c’est la seule période de l’année où ils possèdent un vrai plus à bosser au DoMac. Chaque employé reçoit en effet une caisse spéciale contenant la série complète des six verres de l’année. La même caisse que l’ont peut acquérir pour 40 euros dans certaines boutiques tendances. L’idée étant que les bâtards d’étudiants payés au lance-pierre ne viennent pas se servir allègrement dans les réserves, o combien limitées, de précieux calices.

Le fait est qu’en France on a pas de bol. Le système de distribution des verres est complètement anarchique. Les restaurants reçoivent de grosses cargaisons qu’ils écoulent au fur et à mesure des menus Maxi Best Of. Ceci expliquant pourquoi, au même moment, dans la même ville, chaque restaurant ne distribue pas le même verre. Il s’agit donc d’un rush de fou furieux, premiers arrivés, premiers servis. Dans le reste de l’Europe, cela ne fonctionne pas forcément ainsi. Il existe des pays où l’on a droit à une couleur de verre par semaine, pendant six semaines. Pas besoin de risquer l’arrêt cardiaque pour excès de graisse. Une petite mission hebdomadaire suffit à s’assurer une collection intégrale. M’est avis que les pontes du marketing ont pensé que c’était beaucoup plus rentable de faire flipper les gens et de les pousser à se ruer au macdo le plus proche.

En ce qui me concerne, je me suis entrainé. J’ai commencé par perdre deux kilos dans l’été. Ensuite, face au miroir j’ai répété plusieurs fois le « Hep, vous oubliez pas mon verre Coca hein ! » que j’allais asséner à l’équipier épuisé qui me répondra comme si j’étais le dernier des connards, à force qu’on lui casse les couilles avec ça. Ensuite j’ai calculé l’ordre de passage des verres d’après la publicité, puis estimé les probabilités d’écoulement des stocks suivant le MacDo. M’enfin, cette année, je suis un peu moins motivé que l’été dernier. Le design est moyen, une variation sur le classique. On est loin des ultimes verres en forme de canette de 33cls ou ceux complètement verticaux, aussi stylés qu’impossible à laver avec des doigts de taille normale. Du coup, j’étais moins investi, au point peut-être de pas avoir repris mes deux kilos. Ce qui est, finalement, pas si mal.

Bon si y’a des mecs de chez MacDo qui passent par là, refaites des putain de verre canette mais au format allongé des bouteilles de Coca Blak ! A bon entendeur, à l’année prochaine. Je vais aller digérer moi.
Demain on parlera bouquin de pucelle, ça va être bien.

CONTEST STAGE !!!

Au passage le concours 4 sera sûrement le dernier avant un petit moment et y’a encore peu de participations. En gros vous avez encore vos chances.

506 – Heart Attack

Je me rappelle d’une époque où je luttais contre les éditeurs de bande-dessinée, à tenter de fourguer mes projets plus ou moins à rallonge, avec ou sans dessinateur. Comme en littérature, les éditeurs BD sont des êtres fourbes et vils, qui se terrent dans leur antre et renvoient des lettres types. Enfin, c’est l’image qu’ils donnent, contrairement à leurs homologues américains. Le big boss de la Marvel par exemple, ce mec au salaire à 5 chiffres, débarque chaque semaine sur des sites spécialisés répondre aux questions des internautes. Chaque éditeur organise des questions/réponses à tous les salons comics, une douzaine par an. Sans parler de leurs comptes Twitter riches autant en infos sur les publications qu’en conseils pour les aspirants pros. Voilà pourquoi je suis capable de nommer l’éditeur de chaque titre de la Marvel ou de DC et d’avoir une vague idée de quel genre de type c’est.

Si je vous raconte ça, ce n’est pas pour cracher au visage des éditeurs français à qui ça ne vient pas à l’idée d’interagir publiquement avec leur cible, de tâter le pouls de leurs lecteurs. Bon, okay, c’est un peu pour ça. Mais c’est aussi et surtout car au détour d’une interview, j’ai entendu quelque chose qui m’a fait bondir. Erik Larsen, l’unique éditeur d’Image Comics, troisième maison derrière Marvel et DC, s’exprimait sur son processus de sélection. Il avouait avoir déjà signé des projets qu’il n’aimait pas. Le journaliste, intrigué, a poussé la question. Il demanda à Larsen s’il était prêt à citer des titres. Et Erik de balancer publiquement le nom de deux séries qui ne l’intéressaient pas, qu’il ne faisait que survoler tous les mois, et pourtant qu’il publiait. Car au fond de son âme d’éditeur, il savait que bien que ces titres n’étaient pas pour lui, ils étaient bons, ils méritaient de sortir et de rencontrer leur lectorat, bien que lui-même n’en fasse pas partie.

Ce jour là, Erik Larsen décollait dans mon estime. C’est à lui que j’ai pensé lorsque j’ai eu un bref entretien avec un éditeur de chez Delcourt. Le type, après avoir regardé Misplaced, m’a jeté au visage que c’était pile dans la mouvance, bien construit et très pro, mais qu’il n’avait pas de coup de cœur. Je n’ai eu qu’une envie, l’empaler sur un des pieds de sa chaise. Lui hurler que ce n’était pas la peine de publier des BDs s’il n’acceptait qu’uniquement ce lui plaisait à lui. Gros connard, un qualificatif qui me fut confirmé par des potes qui bossaient chez Delcourt. C’est à ce stade de la note que je vais bifurquer de nouveau sur la littérature. En dehors des pistons et autres magouilles, on entend beaucoup d’éditeurs ne jurer que par leurs « coups de cœur », les romans qui font tilt dans leur petit cœur en shamallow. Peut-être que tout le problème de la littérature française vient de cet unique brin de fonctionnement.

Sachant que les éditeurs germanopratins proviennent tous à peu près du même milieu social, ont fait les mêmes études, ils possèdent donc globalement les mêmes goûts, à suffisamment de variations près pour créer des différences superficielles d’une maison à l’autre. Voilà comment on se retrouve avec des bouquins qui se ressemblent tous et des centaines d’apprentis romanciers sur le carreau. Au moins les éditeurs de BD sont prêt à signer une BD sur les simples mérites du dessin, ce qui est une façon comme une autre de faire apparaitre des anomalies scénaristiques, salvatrices car de plus en plus rares. Dans le même ordre d’idée je trouve presque salutaire que chaque année on publie le premier roman d’une pétasse à peine pubère mais giga canon, puisque le coup de cœur n’a rien à voir là dedans. Peut-être qu’un jour le tomberai sur un éditeur qui me balancera que non, il n’a pas aimé mon manuscrit mais que oui, il pense qu’il est bon, qu’il peut plaire à d’autres et est prêt à le défendre.

En attendant je peux toujours écrire l’histoire d’un trentenaire qui peine à réaliser ses ambitions artistiques et n’arrive pas à baiser qui il veut, alors qui va boire et réfléchir au café de Flore avant de tirer une grande leçon de vie douce-amère de ses aventures. Mais bon, ce serait un peu trop simple, donc tellement pas marrant.
Demain on causera de Coca, encore.