Mercredi dernier s’organisait une soirée à la cool dans les tréfonds du onzième. La revue US Opium lançait le premier Literary Death Match français. L’idée est toute conne, foutre quatre auteurs sur une scène et les faire lire leur prose pendant huit minutes maximum (après on leur jette des canards en plastique sur le coin de la tronche, priceless). Sur le papier je trouve ça génial, sortir le bouquin des étagères, pouvoir rendre public un loisir pourtant solitaire. Il y a si peu de manifestations littéraires un peu sympa, hors prise de tronche, que je n’ai pas rechigné plus que ça à débourser les dix euros du billet d’entrée. A mes côtés pour survivre à la hype, la sémillante Audrey, qui est peu moi, en plus sympa et en jolie fille. C’est elle qui aura assuré les photos qui accompagnent cet article. Faut dire qu’il y avait du beau monde.

Beigbeder étant arrivé à la bourre, c’est le duo Philippe Jaenada (Grasset) et Mohamed Razane (Gallimard) qui ouvrent le bal. Razane a presque slamé un extrait de son premier roman sur la difficulté d’exister pour la jeunesse immigrée. Un peu facile mais efficace, quelques bonnes phases nous mettent tout de suite dans l’ambiance. Puis Jaenada nous lit l’histoire d’un loser qui se fait refouler d’un hippopotamus au milieu de la nuit. Au début nous étions en « mode quel est le fuck ? », puis les mots nous prennent et j’ai presque regretté que l’auteur doive arrêter sa lecture. Un passage que je finirai sûrement en librairie. Le jury, mené par un David Foenkinos encore moins à l’aise à l’oral qu’à l’écrit (oui, c’est une vanne, et oui, c’est méchant), préfère la puissance brute de Razane qui file en finale. Pendant ce temps là Beigbeder à débarqué et squatte encore le bar quand on l’appelle à prendre place sur la scène avec la toujours choupichoute Max Monnehay.

D’un coup la soirée prend un tour un peu bizarre. Frédo n’a rien prévu, n’a pas son bouquin et semble relativement chargé. Il entame une sorte de one-man show d’une dizaine de minutes, fait des blagues et finit par lire trois lignes d’un exemplaire prêté de son roman sans conviction. L’assistance est partagée entre le rire et une consternation polie. Forcément Max tremblote un peu lors de la lecture d’un texte rédigé spécialement pour l’occasion. On ne comprend pas tout mais des phrases font mouche, sa voix de jeune fille fait tinter les rimes de ce qui est presque un poème. Si Foenkinos, qui visiblement se faisait pas mal chier, caresse Beigbeder dans le sens du poil, le juré Bo, le seul non écrivain, allume Frédo qui baisse les yeux comme un gosse à qui on a tapé sur les doigts après une connerie. Il s’éclipsera peu après le couronnement de Max.

La finale est bordélique mais je crois que c’était fait exprès. Razane et Monnehay ont les yeux bandés par une cravate en soie et doivent planter un couteau sur une carte de l’Europe. Le coup le plus proche du Lichtenstein gagne. Ne cherchez pas à comprendre. Max s’égare en Biélorussie et Razane gagne la médaille de la win. Ainsi s’achève le premier Literary Death Match français. Une centaine de personnes s’étaient rassemblées, pros, amis ou simplement curieux (un peu des trois dans mon cas). J’ai personnellement adoré entendre des auteurs déclamer des extraits de leur texte dans un cadre baroque. J’en ressors les oreilles pleines de jolies phrases.
Si tout n’était pas parfait, s’il y avait une ou deux choses à déplorer, au final j’en sors avec l’envie d’aller me renseigner sur un ou deux des participants. Ce qui est clairement pas si mal. En espérant une seconde soirée dans les mois qui viennent, qui sait ?
Demain, critique de livre pour gosse.
Vive Max.
[Iris, membre du Front de Soutien pour les Personnes Handicapées en Géographie]
S’ils s’étaient vraiment loupés dans le plantage de couteau, ça aurait pu faire un “Literal Death Match”
et un coup marketing immanquable.
Je viens de calculer que j’ai dit “marketing” au lieu de “mercatique”. Honte sur moi.
Je hais Beigbeder, c’est un sale con prétention et sans talent.
Et t’as chopé un canard?
Ah t’as vu la finale? Moi j’avais le nez dans mon verre de blanc à ce moment là et je dealais des bouquins au bar.
Non mais ouais, quand même, Jaenada quoi. Le pauvre. Refoulé de l’Hippo et refoulé du LDM. Tu m’étonnes qu’il s’habille toujours en noir après.
On y retourne quand tu veux n’empêche .
*La sémillante*
ça avait l’air d’un grand moment, lol !
“Non mais quand même Jaenada, quoi” (oui, je cite).
Cette soirée restera aussi celle de l’invention du stand-down comedy à la française…
A refaire – avec auteurs préparés, public enthousiaste et jury impitoyable (on peut rêver).
Iris –> Merci pour elle. ^^
LQX –> Je ne t’en tiendrai pas rigueur.
Vi –> J’irai pas jusque là non plus. Il t’a fait quoi ? (c’est pour ma machine à ragots)
BluuG –> Non.
Audrey –> Sémillante poivrote donc. :p
Shamoni –> Ouais j’étais content d’avoir bougé mes fesses.
secondflore –> Toi ici !
T’étais à la soirée ?
@secondflore: waw tu me cites? quel honneur.
@Le Reilly: Poivrote, poivrote… je fais des mondanités, stou.
Well… Je me demande si nous n’avons pas été brièvement mais sémillamment présentés… ^
Vrai. Effectivement. J’avais pas fait le lien. My bad.
Je ne voudrais pas faire du mauvais esprit (c’est si peu dans mes habitudes), mais vu de loin ça a quand même l’air concon, ce concept. La finale au couteau sur la carte d’Europe, c’est très “esprit Canal” d’ il y a quelques années, la recherche du décalage poussif, le petit sourire c’est-d’la-compét’-pour-de-rire-hein-mais-ça-empêche-pas-des-vrais-performances-hi-hi-hi.
(ela dit, soyons honnête, j’aurais été parisien, j’y serais sûrement allé bien docilement, ne serait-ce que pour voir Max en chair et en mots, savoir si la diction de Jaenada est à la hauteur de ses phrases, découvrir ce… comment tu dis, déjà?… attends je vérifie… Razane, ok, et puis cerise sur le gateau ricaner bêtement à la vue de l’infâme Begbeider se vautrant dans le ridiculeet entendre Foenkinos qui… non, rien, le mauvais esprit a des limites)
@Marco: Très très bon résumé de notre soirée en fait
Pour le concept, je pense que ca fonctionne aux US où la littérature est peut-être plus prétexte à des shows du genre, je ne suis pas sûre qu’en France cela fonctionne en l’état. M’enfin.
Cette soirée aurait eu un plus grand intérêt si Beigbeder nous avait glissé l’adresse de son fournisseur de moquette, car elle avait l’air bonne.
Bien d’accord avec 90% de tout ce que tu écris.
Encore plus d’accord (mettons à 99%) avec le commentaire de Second Flore.
Bon, il faut que je me fende à mon tour (disons mardi) d’un bla-bla sur ce grand moment de littérature (quoique).