538 – The Strain

Quelques jours avant mon départ en grandes vacances, le Shopi en face de chez moi a embauché une nouvelle caissière. Une petite brunette plutôt mignonne, joli sourire. Lorsque pour son troisième jour elle a envoyé chier un insolent qui avait tenté de me gruger dans la fille d’attente aux caisse, j’ai su que c’était ma nouvelle meilleure amie. C’est presque une larme au cœur que je l’ai quitté pour les lycéennes du Monoprix de la Croix-Rousse. A mon retour sur Paris la semaine dernière j’étais anxieux. Et si elle n’était plus là ? Si son emploi n’était que saisonnier. Mais non, fidèle au post elle a fait biper le code barre de mes cocas comme si de rien n’était. Pourtant, elle n’était plus tout à faire la même. Moins maquillée, moins sapée, les yeux un peu plus bouffi, quelques kilos en trop repérés au niveau des avant-bras. La zombification était déjà bien entamée !

Dans un sens, je peux comprendre que travailler sous les néons d’une supérette durant tout un été puisse vous déchirer l’âme, réduire jeunesse, beauté et joie de vivre à néant. Sur ce coup là, sur cette caissière là, j’étais tout de même méga triste d’observer une réduction de quatre vingt-dix pour cent de son sourire. Alors j’ai été doublement zentil, sans grand effet. Je ne vais pas céder, je refuse de l’abandonner au gel du néant et me suis juré d’être le plus zentil des clients à chaque fois, espérant réduire sa lente transformation en cadavre robotique. Je me suis posée la question de savoir si chaque enseigne de vente directe possède un effet différent sur les jeunes filles en fleur. Le souvenir de mes quelques visites au Décitre de Lyon me procure encore des frissons d’effroi. Uniquement des caissières adorables de mignonnitudes, à croquer sous leur petit bureau. Mais l’attitude la plus désagréable de tous les temps.

En définitive mon meilleur souvenir de caissière restera cette nana du Quick Bastille dont j’ai peut être déjà parlé. Cette histoire ne me lassant jamais, tant pis si c’est le cas. Ce jour là, il y avait une rebeu assez peu gâtée par l’ADN parental et une grande fine rousse au nez mutin au centre d’une bouille à faire fondre. Mon casque Wesc vissé sur le crâne, je priais pour que la jolie finisse de servir son client en premier. Perdu, à vingt secondes près, la moins jolie (euphémisme) ayant bouclé la commande d’abord. Prétextant d’être profondément absorbé par la puissance lyrique de Sum 41, j’ai feint de ne pas l’entendre m’appeler au comptoir. Lorsque la place en tête à tête avec mon fantasme du jour s’est libérée, je me suis avancé vers ma promise. Au fait de mon petit manège, elle a penché légèrement sa tête sur le côté et m’a gratifié d’une moue mi boudeuse mi flattée.

Cinq minutes plus tard je trouvais miraculeusement une seconde portion de frites gratuites au fond de mon sac à emporter. J’étais amoureux. Comme quoi, des fois, le bonheur ça tient à pas grand-chose. Manque plus qu’à trouver un moyen de ressusciter la brune du Shopi !

Demain, top 3.

537 – Breakfast Club

- Wesh Le Reilly bien ou bien ? Tu fais quoi ?
- Bah heu, là c’est 14h donc je viens de me lever et là je suis en train de finir mes Chocapics face à mon Gmail.
- Des Chocapics ? Encore ? Sérieux tu sais bouffer autre chose le matin ?

Voilà comment je me suis retrouvé piqué au vif sur MSN par mon marabout/pimp alors que j’avais encore la tête dans le coltar. Forcément ça m’a pourri la tronche pour le reste de la journée. De retour au Shopi pour me reprendre un paquet de céréales, j’ai planté. Les autres clients ont regardé de travers ce jeune barbu au regard vide. Face au rayon, je me demandais à quel point j’étais prévisible. Blessé dans mon orgueil, je ne pouvais me résoudre à reprendre une boîte de Chocapics. Mais en même temps, quel autre choix avais-je ?

Fuck, je veux dire, d’aussi longtemps que j’ai eu des dents, j’ai mangé des Chocapics. Me souvient même de l’époque où ils avaient un pur goût. Avant les multiples changements de recette pour des raisons plus ou moins maléfiques. Même que ma Mom m’accompagnait dans le délire. Nous étions tous les deux à manger nos croquettes avant d’aller à l’école. Good times putain ! Forcément, c’est le genre de choses qui vous marquent un homme pour la vie. Okay, parfois je prends d’autres trucs, des Chocos par exemple. C’est comme se laisser aller à baiser une inconnue des les chiottes d’une boîte de nuit, ça sert à se souvenir pourquoi on aime sa femme (et l’oscar de la métaphore la plus foireuses est attribuée au Reilly !). Pourtant c’est pas faute d’avoir absolument tout tenté en matière de petits déjeuner, sans grand résultat. Rien n’arrive à la cheville des Chocapics.

Okay, parfois, en désespoir de cause je mange des Special K Fruits Rouges, parce que c’est classe et tout et que je suis un gros sac. Mais je ne tiens jamais longtemps. La plupart des autres croquettes manquent de goût ou ont une texture plus que douteuse. Les croissants, c’est cool mais faut bouger son cul, ça coûte cher et puis on s’en fout de partout. J’ai aussi tenté le bacon en combo avec des œufs brouillés, mais psychologiquement manger autre chose que du sucre pur au réveil, ça me perturbe les papilles. Au final, pour le quotidien de la vraie, vie, rien n’est plus efficace qu’un bon duo Chocapic/Jus d’orange. N’oublions pas qu’il est aussi possible de booster la puissance cosmique des céréales par un simple ajout massif de Nesquick ou tout autre chocolat en poudre capable de se dissoudre dans du lait froid (fuck you Poulain !).

Au final j’ai pris une boîte de Miel Pops, pour contredire mon pote. Un choix amèrement regretté par la suite. J’ai donc noyé les céréales dans un vrai miel pour compenser. Miel Pops à la con !

Demain, on causera de ma caissière.

536 – Book Review 86

J’ai résisté autant que j’ai pu. Depuis le temps que j’entendais parler de The Game, l’histoire vraie d’un moche à calvitie précoce qui devient un pro de la drague. Typique le genre de bouquin qui fait bien envie sur le papier. D’ailleurs les médias n’ont pas hésité à s’en emparer, à faire de Neil Strauss, son auteur, un bête de foire médiatique. Rôle dans lequel il se complait depuis. Plusieurs de mes potes ont déjà lu The Game. Cela aura pu changer la vie d’un ou deux d’entre eux, les autres m’auront conseillé le pavé pour ses qualités intrinsèques. Cet été, comme les médias n’avaient rien à médiatiser, on nous a ressorti les pros de la drague. Peut-être à force d’être bombardé de papiers et autres notes de blog sur ce milieu, j’ai cédé, et commandé mon exemplaire de The Game, en bon mouton.

Neil Strauss est avant tout journaliste et nègre, même qu’aux USA on dit ghostwriter histoire d’être politiquement correct. Un jour, pour un reportage il décide de s’immerger sur les forums du net à la poursuite des pros de la drague, les pick-up artists. De livres recommandés en ateliers pratiques, il développe son jeu et commence à plaire à toutes ces filles qui jamais ne l’auraient remarqué auparavant. S’appuyant sur des principes de programmation neuro-linguistique, d’hypnose légère et de réponses préconçues, Neil devient un tueur. Durant des mois il enchaîne les filles, s’immerge de plus en plus dans le Game, multiplie les rencontres avec d’autres dragueurs. Mais comme ce serait trop beau pour être vrai sans une bonne morale à la cool, Neil va petit à petit réaliser les limites de son nouveau milieu, et ce qu’il risque de perdre en persistant sur cette voie.

Bon. Clairement, The Game est un bouquin intéressant s’il on le prend comme un (très) long article de reportage en immersion. La logique des pick-up artists ainsi que leurs techniques se tiennent et peuvent effectivement lancer des vocations. Pour connaître un ou deux disciples du Game, je confirme que oui, ça fonctionne du feu de dieu. Après, l’intérêt littéraire m’aura paru fort douteux. La structure est ultra répétitive. Neil rencontre un nouveau mentor, étudie ses techniques et sa personnalité, devient meilleur et part chercher un nouveau mentor. Cette construction narrative constitue une bonne moitié du bouquin, qui paraît du coup fort long. Surtout que la quasi-totalité des personnages sont antipathiques. Les mecs poussés dans le milieu de la drague sont tous un peu atteints, et à part Neil, j’ai eu du mal à en avoir quoi que ce soit à foutre des autres. Niveau conclusion bien-pensante, on la sent venir à trois kilomètres, ce qui achève de nullifier toute tension dramatique.

On apprend moult trucs dans The Game, c’est sociologiquement et psychologiquement sexy pour quiconque est un peu curieux des relations entre les sexes. En tant que bouquin, je l’ai cependant trouvé trop long, trop plat et parfois pénible. Tout dépend donc de ce que vous recherchez.

Demain, chocapics !