Quelques jours avant mon départ en grandes vacances, le Shopi en face de chez moi a embauché une nouvelle caissière. Une petite brunette plutôt mignonne, joli sourire. Lorsque pour son troisième jour elle a envoyé chier un insolent qui avait tenté de me gruger dans la fille d’attente aux caisse, j’ai su que c’était ma nouvelle meilleure amie. C’est presque une larme au cœur que je l’ai quitté pour les lycéennes du Monoprix de la Croix-Rousse. A mon retour sur Paris la semaine dernière j’étais anxieux. Et si elle n’était plus là ? Si son emploi n’était que saisonnier. Mais non, fidèle au post elle a fait biper le code barre de mes cocas comme si de rien n’était. Pourtant, elle n’était plus tout à faire la même. Moins maquillée, moins sapée, les yeux un peu plus bouffi, quelques kilos en trop repérés au niveau des avant-bras. La zombification était déjà bien entamée !

Dans un sens, je peux comprendre que travailler sous les néons d’une supérette durant tout un été puisse vous déchirer l’âme, réduire jeunesse, beauté et joie de vivre à néant. Sur ce coup là, sur cette caissière là, j’étais tout de même méga triste d’observer une réduction de quatre vingt-dix pour cent de son sourire. Alors j’ai été doublement zentil, sans grand effet. Je ne vais pas céder, je refuse de l’abandonner au gel du néant et me suis juré d’être le plus zentil des clients à chaque fois, espérant réduire sa lente transformation en cadavre robotique. Je me suis posée la question de savoir si chaque enseigne de vente directe possède un effet différent sur les jeunes filles en fleur. Le souvenir de mes quelques visites au Décitre de Lyon me procure encore des frissons d’effroi. Uniquement des caissières adorables de mignonnitudes, à croquer sous leur petit bureau. Mais l’attitude la plus désagréable de tous les temps.

En définitive mon meilleur souvenir de caissière restera cette nana du Quick Bastille dont j’ai peut être déjà parlé. Cette histoire ne me lassant jamais, tant pis si c’est le cas. Ce jour là, il y avait une rebeu assez peu gâtée par l’ADN parental et une grande fine rousse au nez mutin au centre d’une bouille à faire fondre. Mon casque Wesc vissé sur le crâne, je priais pour que la jolie finisse de servir son client en premier. Perdu, à vingt secondes près, la moins jolie (euphémisme) ayant bouclé la commande d’abord. Prétextant d’être profondément absorbé par la puissance lyrique de Sum 41, j’ai feint de ne pas l’entendre m’appeler au comptoir. Lorsque la place en tête à tête avec mon fantasme du jour s’est libérée, je me suis avancé vers ma promise. Au fait de mon petit manège, elle a penché légèrement sa tête sur le côté et m’a gratifié d’une moue mi boudeuse mi flattée.

Cinq minutes plus tard je trouvais miraculeusement une seconde portion de frites gratuites au fond de mon sac à emporter. J’étais amoureux. Comme quoi, des fois, le bonheur ça tient à pas grand-chose. Manque plus qu’à trouver un moyen de ressusciter la brune du Shopi !
Demain, top 3.





