L’autre soir, c’était pas la fête à la maison. Presque trois heures du matin, le casque vissé sur les oreilles avec de la zique de merde, normal, une coupine sur MSN, normal, Word ouvert sur la presque moitié de ma relecture de roman. Normal. Pourtant j’avais qu’une seule envie, balancer la tour de l’ordinateur à travers la fenêtre, du haut du troisième étage. Mon manuscrit est sauvegardé automatiquement et synchronisé sur trois PC différents, il ne risque rien. Le but aurait été de me défouler. Toutes ces phrases à rallonge, style pompeux de merde, idées stupides, chaque ligne recèle plus de déception que la précédente. Y’a des soirs comme ça, où le courage vous quitte, l’espoir qui vibrait la veille est presque éteint. Saleté de phase à la con. Dans une ancienne note je vous avais expliqué pourquoi peu importe la publication, une fois un manuscrit achevé, il existe. Newsflash : j’ai menti.

Bientôt j’aurais deux blocs de texte reliés sur mon bureau. Même que y’a mon nom dessus. Ce serait difficile de nier qu’ils existent. Pourtant. Ce qui peut suffire au commun des gens ne me va plus. Ces bouquins ne sont pas des expérimentations de jeunesse, ne sont pas des mémoires d’ancien à léguer, ce sont les deux premiers coups de pinceau sur un gigantesque tableau, le début de quelque chose de plus grand, les deux premières marches. J’ai lu y’a pas longtemps dans un très bon article qu’un vrai écrivain ne s’arrêtera jamais d’écrire. Je pense pouvoir y ajouter qu’il n’arrêtera jamais d’essayer de publier. Je crève d’envie de pouvoir parler d’un de mes livres en long en large et en travers en public, pas seulement aux quelques potes qui me connaissent déjà par cœur. Je crève d’envie d’argumenter ses mérites et ses défauts, d’aller le défendre et recueillir des avis d’inconnus. Je crève d’envie qu’un de mes manuscrits vive.

Dans ces moments là, comme l’autre soir, l’envie de réussir est toujours là, mais je n’y crois plus vraiment. C’est possiblement la proximité de la fin de ma relecture, de l’accouchement d’un nouveau bébé, qui me déprime au plus haut point. Je m’imagine déjà, après avoir épuisé mes maigres contacts, vendre un rein à Office Dépôt en échange d’un tas de photocopies qui me vaudront un nouveau paquet de lettres de refus standardisées. Si seulement j’en savais pas autant sur les fonctionnements des éditeurs, j’irai la fleur au fusil, comme la dernière fois. Au fond, peu importe que là, à l’heure où je rédige cette note, je n’y croie plus. Mes états d’âme, probablement passagers, n’ont aucune espèce d’importance. Tout comme les proxénètes ne se suicident pas, les écrivains n’arrêtent jamais d’écrire, les écrivains n’arrêtent jamais d’essayer de faire vivre leur texte.

On me traite parfois de sale jeune pédant, prétentieux et égoiste. Toutes ces qualités ne vous protègent pas indéfiniment de la réalité de l’incertitude face à son travail, de vos peurs face à la possibilité que le rêve ne se réalise pas. La déprime est passagère, et derrière toutes les bravades des bons jours, l’humilité subsiste et, peut-être aussi l’espoir.
Demain, note king size sur le cinéma français.






Ca vaut ce que ça vaut,mais…Keep faith, le Reilly.
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stoo.
Ah et garde la foi et tout, mais bon. Tu sais déjà que tu déchires, on (je) va(is) pas en rajouter une couche.
T’as écrire un texte acido-mélancolique sur l’écriture d’un livre, vider un peu la glande à venin, tout ça. Essaie de le faire en roue libre.
*T’as qu’à
Oh, un nouveau jeu ! Le « T’as qu’à finir la phrase ».
Chouette, je commence.
« T’as qu’à aller en Mongolie, traverser des rivières pleines de poissons mangeurs d’humains, escalader des montagnes aux parois lisses comme du papier, ramener une fleur empoisonnée, faire un gâteau au chocolat, mettre la fleur dedans et menacer un éditeur de donner ce gâteau à sa grand-mère s’il ne te publie pas. »
L’astérisque signifie que c’est une correction, j’avais oublié le « qu’à » après « T’as » dans mon commentaire.
Hummmm moi qui me tâtais d’écrire un (petit) truc c’est pas encouragent …
Lupus –> Je mange des Country Crisp à la fraise pour oublier.
Iris –> Magique ton image ! Tu as de meilleures références que moi. Je respecte.
LQX –> Nan, parce que déjà c’est cliché, ensuite je vais me détourner du boulot en m’infligeant encore plus de boulot. Logique.
Jul346 –> Ca se défend.
T0Y –> Nan mais c’est pas écrire le problème, c’est réécrire ! Quand tu relis encore et encore un texte que tu connais par coeur, y’a rien de pire pour te dégoûter de ton propre taf’.
Euh, je viens de percuter : Iris = Iris de Perdusa ? OH GOD, si c’est vrai je veux mourir. Je n’ai jamais été aussi proche de mes dieux éternels (découvert mes premières séries avec Edusa, vous comprendrez que je sois tout tremblant).
ahah, y a des perdusiens in da place
Matthou > C’est pas du travail, c’est de l’exercice.
Jul346 -> Like a boss !
LeReilly -> Je vais imprimer ta réponse et l’afficher quelque part sur un mur de ma chambre.
Queen -> Respire.
Les proxénètes ne se suicident pas ?
J’ai le même souci en musique mec. On vient de sortir un EP qui se vend pas mal, on cherche un tourneur et le projet avance, mais on sais aussi pertinement qu’on ne vivra jamais de la zik. Finalement d’avoir intégré ça ça nous permet de tirer que le plaisir de notre activité sans pour autant y aller avec moins d’ambition. C’est juste realiste finalement, de se dire, « bah on va se donner les moyens d’aller loin, mais si ça marche pas c’est pas grave on pouvait s’y attendre ». C’est p’t'être un poil triste mais finalement ça nous protège des déception.
On connais un tas de groupe qui se sont plantés a cause de ça, les types sont parti dans l’idée de faire leur beurre avec la zik à 20ans, à 26 ans ils se reveillent sans un thune et un groupe qui marche moyen quoi et finalement ils arrêtent.
Tout ça pour dire que je comprend, dans un sens, tes doutes et tout. Alors keep faith dans ce que tu fais, ça c’est important, surtout que c’est bon ! Mais par pas dans l’idée fixe de réussir là dedans, c’est beaucoup trop aléatoire la culture. Par contre je souhaite carrément que tu réussises ! C’est paradoxal mais c’est comme ça.
Puis tu sais parfois c’est quand on s’y attend le moins que ça fonctionne !
Keep it real, buddy !
Queen/Iris –> Get a room.
AR –> Regarde Southland Tales un jour où t’es bien stone, tu comprendras.
etioun –> Tu confonds un peu tout. Je dis pas que je tiens absolument à vivre de mes écrits, je suis en train de raconter que je veux faire exister mes textes, s’pas la même prétention (pour le moment, chaque chose en son temps).
Et en matière d’art, jamais keep it real, sinon ça sert a rien d’avoir des rêves.
TBP > ^^ woké then !
T’as qu’a auto financer l’édition, et puis nous, on achètera !
@ Baptiste: d’un autre côté, je crois qu’il aimerait dépasser le stade du « nous » justement, parler à des inconnus comme il dit, tout ça, c’est humain.
Bon moi je n’ai pas de conseil à donner, puisqu’en effet écrire c’est croire que l’on transforme le plomb en or, et relire c’est s’apercevoir que l’or était peut-être de la merde (aïe, j’viens de me claquer deux neurones avec mon chiasme, trop violent).
Mais bien sûr qu’il la garde quand même, sa faith, comme tout proxénète bon vivant!
Ne pas se décourager si l’on croit dans son projet. (Si on y croit vraiment, de toutes ses forces ; autrement : passer à un autre projet.) Tout vient, arrive, à qui sait non seulement attendre, mais aussi combattre la bêtise et la guigne. Maximiser les chances de « gain ». Bon c’est vrai, parallèlement, il convient de se goinfrer de barres chocolatées, de filles et de pâtes carbonara pour garder le moral. Parce que c’est pas simple.
« Pimps don’t commit suicide »
J’te kiff ^^ La 3eme image est énorme également. c’est trop ça. L’auteur qui y croit sévère, se tient fièrement. Il se dit qu’avoir l’air sûr de soi lui conférera une chance en plus. Pour réussir, il faut donner l’impression de réussir ! (Autre référence ciné ^^ ) L’éditeur, lui, rit d’avance. Il n’est pas dupe du jeu du monde de la publication. Il va vite rembarrer cet auteur qui, de toute manière écrit juste pour le plaisir. Ce n’est pas vraiment son activité quotidienne. Il serait plus du genre à chasser le road-runner. L’éditeur rit du malheur en suspens de sa nouvelle victime. Il n’a qu’à lui demander son e-mail, et le pauvre coyote fera partie de la partie « refusés » de la base de donnée de Acme Edition. L’éditeur est de bonne humeur grâce à cela. Ca lui donne même envie de manger une carotte crue qu’il a chouré à Clive Owen (Et une dernière référence.) Ce dernier écrivait ses romans avec, mais devant son refus, il a abandonné ces légumes.
@Marco : Au delà de la plaisanterie qui était la mienne, je rejoins justement ton raisonnement, mais je crois aussi qu’une auto édition permet de prouver (si tel est réellement le cas) les qualités de quelqu’un. Ça n’implique pas que le monde littéraire reconnaisse ses tords, mais au moins… ! En attendant, ça reste au stade de la plaisanterie
Hein Reilly, que t’ailles pas m’engueuler !!