Je savais en entrant dans la salle que Lucky Luke, ça a allait être complètement pourave. Mon sens d’araignée avait pressenti ce que Pollux m’aura confirmé la veille « Dude, c’est trop de la giga merde de sa race que c’est trop honteux qu’il faudrait tous les pendre par les tripes tout en leur jetant des graviers incandescents ! ». Ceci étant dit j’ai beaucoup de respect pour James Huth en tant que réalisateur, je trouve Dujardin d’ordinaire bon voire très bon et parfois je me souviens que Michael Youn, quand on le flique un peu, a du potentiel. Au final, pas de miracle. L’espace d’un instant je ne regrette pas d’y être allé seul, ça m’aurait fait mal d’avoir poussé quelqu’un à lâcher un billet de dix pour ça. Mais sur le chemin du retour, alors que je cogite, je ne peux m’empêcher de me dire que je viens d’assister au brouillon foireux d’un très bon film.

Le principal problème de Lucky Luke, le film, c’est qu’il est le total opposé de Lucky Luke, la BD. Dans les albums, Luke est tel un Tintin ou un Spirou, un personnage creux, sans origine, vierge. Chaque histoire n’est qu’un prétexte pour mettre en avant l’intrigue du jour et ses personnages secondaires, qui font le show bien plus que le héros. James Huth et compagnie prennent le contrepied du matériau de base en créant une origine à Lucky Luke, l’affublant d’amie d’enfance, de parents et même d’un prénom. Le film se fout pas mal des méchants, des seconds couteux, tous ne sont là que pour faire un origin story au cow boy solitaire et faire faire un gigantesque arc narratif à un des personnages d’ordinaire les plus neutres de la BD franco-belge. Le scénario est tout sauf du Lucky Luke, ça en devient une espèce de fanfiction, une interprétation presque hardcore. Et le fond du truc, c’est que le script, l’intrigue, tout ça c’est très bon. Seulement fallait avoir les couilles d’y aller franco, de partir loin de la BD, faire une réelle réinterprétation noire à tous les niveaux.

Malheureusement le film hésite sans cesse entre le réalisme et le cartoon. Luke porte un « Apatche » anti tabac cousu à la poitrine, fais de la monnaie en tirant sur un billet jeté en l’air et combat des méchants dans un casino aux proportions étranges. A côté de ça on a des scènes rudes, des flashbacks chargés en émotion, une traversée du désert pour le héros et des thématiques plus sérieuses. En restant le cul entre deux chaises, Lucky Luke ne gagne sur aucun des tableaux, que ce soit dans celui de l’adaptation à la cool ou de la réinvention rebelle. Des scénes cools viennent s’intercaler de ci de là, piochant dans les deux registres pour accoucher d’un ensemble tout sauf cohérent où je n’étais jamais réellement sûr de ce que je regardais. Sans parler des graves fautes de goût, comme Luke qui insulte son cheval, qui frappe une femme (OSS Luke for the fail !) ou accepte de faire équipe avec Billy The Kid alors que celui-ci se vante d’avoir flingué un innocent.

Ce manque de discernement de l’équipe est d’autant plus désastreux que la plupart des choix artistiques sont bons. Les costumes défoncent, tous comme les paysages qui ont le mérite d’en mettre plein les yeux. Dujardin est impeccable sauf quand il repasse en mode OSS 117 ou bafouille devant son (aussi peu crédible que peu jolie) Alexandra Lamy. Michael Youn se paie le luxe de rester supportable tout en assurant son personnage tandis que Prévost est impeccable, comme d’hab’. Les cadrages sont souvent magnifiques, tout comme l’habillage (dessins de luke d’époque, super stylés). Seul le montage pêche, faisant suivre des séquences sans réelle transition ou peinant à retranscrire l’action de manière lisible. Mention spéciale à la référence au Crabe aux Pinces d’Or ainsi qu’au générique de fin, qui est truffé d’excellentes vannes et autres anecdotes, presque plus drôle que le film en lui-même.

Lucky Luke n’est pas un bon film. Je n’encouragerai personne à le voir. Mais je ne peux m’empêcher d’avoir envie d’en parler, de décortiquer le truc. Tout le long de la séance j’ai eu l’impression d’avoir compris l’intention, de voir le potentiel d’une véritable vision d’auteur et couillue. Peut-être qu’Huth et son crew manquent de goût ou de recul (tout comme ils ont été incapables de comprendre pourquoi le public avait aimé le personnage de Brice, plantant totalement l’adaptation ciné en ne proposant pas ce qu’il fallait). Je reste persuadé qu’ils ont du talent, qu’ils ont les moyens de produire une petite bombe. Qui sait ? De brouillons en brouillons, ce qui peut ressortir de ces petits gars. Better luck next time.
Demain, on parlera d’un autre film, un bon, cette fois.
TRAILER STAGE !!!
Sérieux, je me demande qui d’autre que moi aura pondu huit cent mots sur ce Lucky Luke.






C’est dommage, il aurait fallu faire 2 films. J’ai pas vu le film mais effectivement, la baffe de Luke dans la bande-annonce m’a choqué. Sinon, pour l’origine, je serais tenté de dire que c’est mécanique.
Hey mais du coup t’as inauguré une nouvelle catégorie d’articles. Champomy ! (Ou alors tu as juste déguisé ton Cine Club pour Halloween).
Nan nan, les ciné club c’est pour les films que je recommande, les reviewtopsy ça va être pour les films que je déconseille mais que je trouve intéressant de disséquer.
(J’avais compris, keumême, ct juste pask la date, voilà, bon.)
Jean Dujardin fait partie des pires trucs que la France ait engendré.
Je crois que jamais je vous pardonnerai la déferlante Brice de Nice, les vannes pourraves que ça a entraîné, la perte de toute motivation que ça a provoqué en moi, les tentatives de suicide à répétition, et plus que tout, la popularisation du terme « Cassé ».
Encore aujourd’hui, la nuit, ça me hante.
Ça me hante.
Jean Dujardin a été bon, un jour, à une époque. En plateau, dans Tout le Monde en Parle ou autre. Peut-être. Arrêtez de critiquer !!
Et sinon, adapter Lucky Luke c’est adapter une bédé naze (tu le dis si bien), donc je félicite le mérite des adaptateurs.
Non, je n’ai jamais dit que la BD était mauvaise, loin de là. J’ai juste dit que Luke est un perso vide pour justement valoriser d’autant plus les seconds rôles. Ne déforme pas ce que je dis. ^^
Haha j’avais oublié que tu lisais tous les commentaires ! Ouais bon, j’ai *un peu* déformé tes propos. Le pire est que je ne le pense pas totalement. Et que ton analyse a le mérite d’être plus juste que la mienne !
Zut, je regrettais déjà que le film aie l’air raté en voyant les costumes super réussis, mais là j’ai tout plein de regrets encore. Méchant Ben.
… Perso neutre pour mise en avant de personnages secondaires, farpaitement… C’est pour ça que l’Astérix de Chabat est bon (et qu’Uderzo est un vieux grincheux, pour rester polie, mais pff.)
Pauvre Goscinny, décidément. Ça me fait penser au trou en forme d’affiche que je croisais régulièrement y’a quelques semaines et dont on m’a dit que c’était des affiches pour une adaptation ciné du Petit Nicolas. *Rire jaune*
Analyse intéressante s’il en est,le Reilly, chapeau !
Je m’attendai a un massacre mais quand je voie les screens, je regrette que s’en soit un.
…il aurait presque la classe, J dujardin.
Tu as une critique des plus conséquentes sur ce site…
http://louvreuse.net/Critique/lucky-luke.html
En relisant ton article (et en me rappelant ce que je t’avais dis du film), je me souviens pourquoi j’aime autant le Mission Cleopatre de Chabat.
Daelf & Pollux > Le Astérix et Obélix de Chabat est réussi parce que c’est un film comique façon les Nuls. Mais en tant qu’adaptation je le trouve plutôt raté parce que le héros du film, c’est Numérobis/Jamel et non pas les persos qui donnent au film leur nom. Même s’ils sont censés être des faire-valoir pour les persos secondaires et l’histoire, ils devraient être un peu + actifs.
Double lol pour le contre jour et la dichotomie du bien et du mal !