580 – Are We There Yet ?

L’édition est un des secteurs culturels les plus immobiles, réfractaire à la nouveauté et au numérique. Un simple tour sur les sites officiels des plus grosses maisons suffira en vous en convaincre (fugly). Quelque part j’ai le souhait que tout ce beau monde se prenne une putain de claque de la part des géants de la vente, qu’ils se retrouvent à genoux à force de refuser d’être cohérent et de voir la vérité en face. Car la vérité toute nue c’est qu’ils sont pour la première fois depuis des décennies face à une réelle évolution de leur secteur d’activité qui peut leur permettre de toucher un tout nouveau public adepte de technologies, d’élargir le cercle des lecteurs de romans en France grâce a des prix plus abordables. Mais jusqu’ici, tout ce que ces grands auront été capables de faire est de mettre des bâtons dans les roues à la mise en place de l’ordre nouveau et de freiner des deux pieds.

580---Trap-Lettré

Force est d’admettre qu’une telle attitude n’a rien d’étonnant. C’est humain de se raccrocher à ce qu’on connaît. L’âge, les études et le mode de vie des dirigeants de l’édition est de toute façon tout sauf propice au changement. Une fois de plus il est à craindre qu’on doive attendre que les concepteurs d’e-reader fassent comprendre aux éditeurs que c’est à eux d’assurer la distribution des e-book et non aux éditeurs eux-mêmes (Comme c’est le cas aux USA avec Amazon, Barnes & Nobles et bientôt Apple). La montée du piratage et le désintérêt du public finiront par convaincre ce beau monde de baisser les prix et favoriser la mise en place de standards. Les leçons du disque et du cinéma n’auront servi à rien. Au jeu du plus con il faut à chaque fois repartir de zéro. Qui sait, peut-être qu’un mec un peu moins à la ramasse que les autres arrivera à tirer son épingle du jeu et prendre une longueur d’avance sur ses camarades.

Le livre a cela de supérieur au disque ou au DVD que l’objet possède des qualités intrinsèques inaltérables. Impossible de reproduire le toucher d’une belle couverture gaufrée, le grain de la page qu’on tourne. Le bon vieux pavé n’a pas de soucis à se faire, il cohabitera peinard à côté de l’e-book. Peut-être même que les éditeurs vont enfin arrêter de faire de la merde niveau couverture et que l’objet livre trouvera dans cette évolution numérique une bonne raison de devenir encore plus beau qu’avant, pour justifier d’autant plus son existence. On en revient à la solution de proposer tous les choix, acheter l’e-book pas cher, le livre à un tarif normal et les deux avec une ristourne. Quand on en sera là, n’hésitez pas à me réveiller, je serai le premier à plonger, à continuer la lecture d’un pavé laissé sur ma table de nuit sur mon Kindle dans le métro.

580---Nook-Lettré

Parce qu’en vrai, face à la jeune fille à l’e-reader, j’avoue que j’étais un peu jaloux, parce que je vois déjà les avantages à en tirer en tant que lecteur. Alors en attendant de vivre enfin dans un monde cohérent, je vais continuer à acheter mes livres à prix cassé sur le net en import ou en boutique. Le numérique, on y viendra, mais putain que c’est long !

Demain, on parlera des mixtapes, et à seize heures, une dernière note Bis photo.

579 – Book Review 93

Y’a des livres comme ça, dont tout le monde vous parle, ou que vous voyez partout. Le Parfum, c’est un peu ça. Par exemple si vous squattez les sites de rencontres, vous le trouverez souvent dans la liste des romans préférés des pouffiasses en fleur. Forcément, à force, j’ai fini par essayer de m’intéresser au truc. Puis, ya quelques temps, j’ai cédé. Patrick Suskind, l’auteur, étant allemand, j’ai hésité sur la langue dans laquelle je lirai le bouquin. N’ayant aucune confiance dans les traducteurs français et les éditions UK étant plus classes qu’un poche de chez nous, c’était parti en anglais (ce qui prouve que le marketing de la couverture et la trad. Influent dans le choix de certains consommateurs certes un peu frappés) ! J’ai débuté ma lecture tout content, pour finir par ramer pendant des semaines pour arriver au bout. Pas une souffrance, mais presque.

Pourtant sur le papier c’est cool comme truc Le Parfum ! L’histoire de Jean-Baptiste Grenouille, bébé sans odeur qui fait flipper tous ceux qu’il croise, avant de grandir dans la solitude de travaux ingrats mal payés. Sauf que Grenouille a un superpouvoir olfactif, et dans le Paris du XVIIIème siècle, être capable de produire des parfums d’exception peut rendre très riche très vite. Mais le jeune garçon n’a que faire des fragrances connues, il ne vit que pour produire le parfum ultime, reproduisant l’odeur de jeunes filles croisées au détour d’une rue. Pour voler leur senteur, Grenouille devra tuer, encore et encore, jusqu’à prendre le risque d’attirer sur lui les foudres de la justice. Ca c’est pour le résumé, celui qu’on trouve sur Internet. Problème, pour en arriver là dans l’intrigue il faut d’abord se farcir les trois quarts du livre, toute l’enfance et l’adolescence de Grenouille.

579---Meurtre-Lettré

Pas impossible que ce soit mes attentes vis à vis de l’image que je me faisais de l’intrigue qui ont freinés ma lecture. Un meurtre rapidos au début, puis 150 pages du quotidien du héros, sans l’ombre d’un homicide. Après, oui effectivement le style est magistral, jamais je n’avais lu une telle description des odeurs en littérature. Les thèmes et réflexions soulevées par l’auteur ne manquent pas d’intérêt (la part du parfum dans l’identité d’un homme par exemple). Puis la fin est une tuerie, un bouquet final complètement absurde, qui m’a fait kiffer, mais vraiment. Si j’avais su que ça partait autant en sucette, j’aurais lu beaucoup plus vite. J’aurais juste littéralement ramé pour en arriver là. Au fil du mois où je me suis trimballé avec le livre sous le bras, j’ai rencontré pas mal de mes amis qui m’ont avoués avoir décroché, pas supporté, pas lu jusqu’au bout. Et d’un côté je les comprends.

579---Rickman-Lettré

Dans ces moments je ne regrette pas mon petit sacerdoce de m’obliger a finir les livres qui me lassent dans un soucis de critique, d’analyse. Parce que sur ce coup, au delà de leçons littéraires, je ne serais pas passé à côté d’un super bouquin. L’étape suivante serait de m’occuper du film. On verra, si j’ai le temps.

Demain, suite et fin de mon triple article sur les e-readers, note Bis en cadeau.

TRAILER STAGE !!!