576 – Cine Club 73

Ce qu’il y a de bien avec Armageddon, c’est qu’M6 se gave sur leurs droits exclusifs de diffusion TV et le passent tous les ans. Du coup, si j’oublie l’existence de chef d’œuvre, hop, un petit rappel automatique. Y’a un moment j’avais promis de ce vous expliquer par A+B pourquoi Armageddon est un film parfait au sens littéral du terme. Car le troisième film de Michael « Dieu » Bay possède une place spéciale dans mon cœur, ce petit quelque chose qui fait que peu importe où il passe, M6, en fond à la FNAC où sur l’ordi d’un pote, je ne peux m’empêcher de m’arrêter pour zieuter. Mais qu’est-ce que ce film réputé de merde à de si kewl qui fait que je tiens absolument à le défendre ? Déjà il est sorti quasi en même temps que Deep Impact, qui lui est une vraie bouse, et devient donc faire-valoir d’Armageddon.

Mais passons plutôt à ma grande théorie. Je suis persuadé qu’un jour, à Hollywood, la fine fleur du marketing s’est réunie dans une grande salle en se jurant de ne jamais en sortir tant qu’ils n’auront pas bouclé la liste ultime pour un film parfait. Go la checklist ! Monde en péril, patriotisme ricain, héros beaufs, histoire d’amour neuneu, sacrifice héroïque, référence à Dr Follamour, BO par un groupe a la mode, explosions, ralentis, check, recheck, multi check et uber check dans ta gueule ! Bienvenue dans le film checklist, un peu comme si on tentait de faire une pizza en foutant tous les ingrédients disponibles dans le restaurant. Je veux dire, en mettant que des trucs cools et en mélangeant bien, ça va forcément déchirer sa race ! Non ? Car voilà ma thèse, Armageddon n’est constitué que d’éléments ultra efficaces, rien n’est mauvais en soi et la réalisation suit à tous les niveaux. Le film est parfait.

Cependant, la perfection fait peur. Après tout, on sait que les gens recherchent la symétrie dans le visage de l’autre. Mais si l’on montre a un mec la photo d’une fille complètement symétrique, il s’enfuit en courant, trouve que quelque chose cloche, qu’il y a un problème. Armageddon, c’est un peu pareil. On peut craindre l’américanisme, on peut trouver les sentiments too much, l’action surréaliste, la science absurde, la BO niaise, mais tout ceci ne relève que du ressenti, du goût personnel. D’un point de vue purement clinique, purement objectif, Armageddon est un agencement cohérent d’éléments intrinsèquement parfaits. A trop mélanger d’éléments à priori inoffensifs, on produit un film capable de déplaire à un tas de gens pour un tas de raisons. Mais les vrais savent. Les vrais savent qu’Armageddon est un film expérimental, une œuvre d’art imparfaite pour avoir voulu toucher les cieux, la tour de Babel du cinéma.

S’il vous fallait une dernière preuve qu’Armageddon défonce, sachez qu’un incendie à détruit tous les masters du film. Si le studio veut le sortir en Blu-Ray, il va devoir refaire les trois quarts du boulot de finition. Tout ça pour dire que Jésus lui-même a peur du Saint Graal et a fait pleuvoir sa justice divine afin d’en priver les hommes. Car la perfection en haute définition, ça risque de… disons que si vous avez vu la fin des Aventuriers de l’Arche Perdue, vous saisissez l’idée.

Demain, le début d’une triple note sur les e-readers.

TRAILER STAGE !!!

Richard Darbois à la voix Off, la famille putain !

575 – Disconnecting People

A l’heure où j’écris cette note, je n’ai pas internet. Enfin si, obviously, vu que j’arrive à poster. Non, mais ce que je veux dire c’est que ma box Numéricable refuse de synchroniser quoi que ce soit, et quand elle arrive à trouver le réseau, c’est de l’ultra bas débit qui ne fonctionne pas. Y’a pas à dire, quand je donne dans la poisse, je fais pas à moitié. Du coup j’attends qu’il se passe quelque chose, n’importe quoi. Je pourrai appeler le service technique, mais vu qu’ils s’y connaissent encore moins que moi, c’est pas la peine. Puis je suis toujours phonophobe rappelons le. Sans parler du fait qu’ils sont encore moins calés que moi. La vérité c’est que je suis mort de trouille qu’ils tentent de m’envoyer un technicien à mes frais. Je porte encore les stygmates de la fois d’avant, toujours pas fini de payer le coût prohibitif de l’intervention inutile.

Non parce qu’il s’avère que chez Numéricable, quoi que tu fasses, c’est ta faute. A partir du moment où un mec pose le pied chez toi, tu vas être facturé jusqu’à la tronche. T’auras beau gueuler au service client, rien à en tirer. La seule solution reste d’aller poser un lettre en deux exemplaires recommandés avec accusé de réception. Un pour le fournisseur d’accès et un pour la répression des fraudes, qui ont dû ouvrir une annexes rien que pour gérer les plaintes Numéricable. M’auront eu à l’usure les sagouins, j’aurais plié, mis genoux à terre. Enfin je l’étais surtout dit que j’allais faire comme dans l’infanterie et me tirer ailleurs (merde, grammaticalement la vanne ne fonctionne pas). Ca fait des mois que je dis ça, que je vais aller frapper à la porte de la concurrence et prostituer un RIB en échange de chaînes HD et de la promesse d’une connexion sans faille. Sauf qu’une fois encore, je suis mort de trouille.

Je trouve ça assez dingue de me retrouver dans une situation où j’ai littéralement peur de m’abonner à internet. Je peux prendre un crédit pour une carte de gym, cumuler les forfaits téléphoniques, recevoir playboy en numérique tous les mois et prévoir m’inscrire à Spotify Premium, je reste terrifié à l’idée de changer de fournisseur d’accès. J’ai l’impression de devoir jouer à la roulette russe avec ma future connexion internet. C’est tellement le bordel chez tout le monde, services clients à la ramasse, débits minables, que quoi que je fasse, resigner c’est prendre le risque de me retrouver dans le même pétrin, mais ailleurs. Joie et félicité. Je suis quasi certain que je prendrai moins de risque en allant dans une soirée échangiste sans capote qu’en allant vendre mon âme chez un nouveau fournisseur. Sachant que minute que je passe à me morfondre, c’est une minute où je ne peux pas charger mes séries préférées ni aller tabasser du Kevin sur la Xbox.

Tout le long de l’écriture de cet article, j’ai zieuté la diode de mon modem clignoter orange dans le vide, à l’infini. Faut que je fasse quelque chose, c’est pas possible autrement. To be à suivre. On y croit.

Demain je vous parlerai du film le plus parfait de l’histoire du cinéma.

574 – Children Of Adults

Un peu plus tôt j’ai eu l’ex femme de ma vie à la maison pour une soirée pizza-DVD à l’ancienne, en mode hache de guerre laissée au placard. C’était pas mal. Généralement, dans ce genre de plans, on finit toujours sur l’ordi, à checker de vieilles photos. D’ordinaire ça ne se passe pas chez moi, ce ne sont pas mes propres archives. Mais sur ce coup, c’est dans les tréfonds de mon disque dur qu’on a trouvé matière à débat. J’ai pu remonter jusqu’à 2004, les années lycées. Putain, la tronche que j’avais, à savoir la même qu’avant, mais pas tout à fait. Moins de cernes, le visage plus fin, le sourire plus franc, et surtout je flottais dans mes fringues, un truc de fou. Alors que lui faisais les mêmes remarques, mon ex copine s’est soudainement écrié :

- Putain, on est vraiment devenus des adultes.

Peut-être que c’est ça. Après tout, j’ai pris conscience du fait que je porte certains de mes tees depuis plus de cinq ans maintenant. Je suis prêt à admettre que c’est flippant. Mais si je changeais de garde robe, si je passais au combo veste/chemise, effectivement ce serait passer à l’étape suivante. J’ai beau savoir que ça me va bien, que j’ai l’air plus mature, je possède a peine trois chemises éparpillées entre ici et Lyon. Chaque matin, pardon, chaque aprèm’, quand je m’habille, c’est avec l’illusion de l’immobilité, l’espoir de rester figé. Il est fort possible que si je continue à commander des tees à slogan ou illustration street c’est pour compenser à quel point j’ai conscience de n’être plus le même. Je préfère même pas parler des Chocapics, du Dr Pepper, des achats impulsifs de badges sur internet. Tous ces tics se multiplient non pas parce que je suis un gamin, mais justement parce que je ne le suis plus.

Chaque moment passé avec l’ex-femme de ma vie me rappelle le chemin parcouru. Que ce soit avec elle en tant que couple, à voyager, habiter, vivre ensemble. Que ce soit sans elle à commater, coucher avec des filles pour lesquelles je ne ressens rien ou m’apercevoir qu’il pourrait en avoir une autre, une bien pour prendre sa place. J’ai passé presque une semaine sans pouvoir retirer de thunes, à manger des pates à l’eau le temps que mes virements fassent effet, tout ça parce que je n’ai pas encore touché ma bourse d’étudiant. Un autre exemple de putain d’exemple du chemin parcouru, malgré moi, malgré nous. On regarde à nouveau les photos. Nous étions des enfants qui pensions être des adultes. Je lui tape la bise sur les marches de la station Oberkampf. Nous sommes des adultes qui pensons être des enfants.

Qu’on ne se méprenne pas, c’est super cool d’être adulte. Les prochaines semaines doivent à priori me conforter dans ma décision de grandir, entre le voyage en solo, le nouvel ordi hors de prix et l’emploi du temps complètement dégagé. Mais des fois, c’est pas si mal de regarder en arrière, ne serais-ce que pour constater à quel point nos vies sont finalement plutôt riches.

Demain je disserterai sur mon FAI.

PS STAGE !!!

En gros, lycée, fac, grande école, a peu près deux ans d’écart à chaque fois.