La semaine dernière, trois auteurs/journalistes ont publié une lettre ouverte à Fréderic Mitterand. Rien à voir avec les chtites n’enfants thaïlandais. Non, la question était cette fois d’aller se plaindre pour demander la création d’un statut l’égal pour l’écrivain. Pour faire en sorte que ça devienne un vrai métier, avec des garanties sociales, une sécu qui tienne un minimum la route, enfin, tous ces trucs. Non parce qu’en l’état actuel des choses, si tu cumules pas 7500€ par ans sur ton activité d’auteur (livres/conférences/ateliers), t’as droit à rien. Quand on sait qu’on considère qu’un roman est un succès à 5000 exemplaires, soit autant d’euros, ça vous donne une idée de la proportion d’écrivains qui arrivent au fameux palier de la mort. Sans parler du fait qu’entre la sortie du livre et la remise du chèque, il peut se passer près d’un an. Joie et félicité. Pour autant je ne suis pas hyper d’accord avec cette fameuse lettre ouverte.

D’une part, je ne pense pas que l’activité d’écrivain nécessite un plein temps. La proportion de gens qui abattent des pavés de 500 pages et des cacahuètes sont faibles. Je me rends compte qu’à mon petit niveau je peux boucler un manuscrit de taille correcte en sus d’un stage/boulot aux 42 heures et de la mise quotidienne d’un blog. Je le sais, je l’ai déjà fait. Tout est une question d’organisation, de planification, n’optimisation du temps libre. J’ai un pote qui noirci un carnet pendant ses trajets de métro, je consacrais une demi heure quotidienne à ma pause midi pour avancer mes textes, ça m’est arrivé de taquiner du clavier une fois une belle endormie. Le temps pour une passion, ça se trouve. Et puis que je sache, mes potes qui font des cours métrages, qui s’enferment en studio pendant des weekends pour composer, ils ne touchent pas l’Agessa, ne cotisent pas pour leur retraite, alors qu’ils espèrent un jour en faire des sous comme n’importe quel écrivaillon.

Espérer que la littérature puisse être considérée comme une activité artistique plus noble, que parce que c’est plus galère de percer, de gagner sa vie avec, qu’on mérite un traitement de faveur, c’est un de la branlette. Je viens bien croire que des gens s’affament à lutter pour publier, que d’autres ont besoin de beaucoup de temps et de recherche. Mais quand je vois la grande majorité des romans contemporains français, ça me ferait mal de cautionner ça avec mes impôts, de conforter ces gens là dans la croyance qu’ils méritent un vrai statut, une exception pour leur génie. Tout le monde ne peut pas vendre 30 000 ex par cuvée, tout le monde ne peut pas abattre un roman par an. J’ai envie de dire, et alors ? C’est le jeu ma pauvre Lucette. J’ai beau être pour l’état providence, la fainéantise institutionnalisée, j’ai du mal à m’empêcher de voir là une demande supplémentaire d’entorse à la méritocratie.

Parce que le fond du problème, c’est que si au bout de deux ou trois bouquins tu ne vends toujours pas assez pour cotiser, c’est que tu as une part de responsabilité. Soit ton bouquin parle a personne, soit il est mauvais. dans les deux cas je vois pas pourquoi on irait cautionner ça avec des aides.
Souvent je me demande si je pourrais vivre un jour de mon clavier. J’en doute. Est-ce que ça me plairait ? Sûrement. A une époque je me vantais de vouloir écrire mes scénarios de BD indépendamment de toute considération pécuniaire, en tant qu’étudiant. A présent je compte bien boucler mes études, me trouver un job, non sans arrêter d’abattre de la page. Si jamais je touche le jackpot, tant mieux. Sinon, je ferai comme tous les non-rentiers, comme tous les fils de personne, comme tous ceux qui ne ressentent pas le besoin d’aller pleurer au ministre parce qu’ils ne sont pas foutu de rentrer un demi smic par an. Je me démerderai.
Dans le même ordre d’idée, à l’occasion, je vous donnerai mon avis sur les à-valoir. Demain, je sais pas trop, on parlera peut-être de tapage diurne. J’en sais rien.
LINK STAGE !!!
Pour la lettre ouverte et un avis plus relax, c’est chez Rue 89.






Intermittent de l’écriture ?
(Tu remarqueras que grâce à Jean, on a arrêté de parler de Frédo, et que le fils Sarko est qd mm renré à l’EPAD. Si c’est pas faire d’1 pierre 2 coups…)
Tu l’as écrit avec tes pieds cui la ?
Tiens, je vais dire à ma Maman, artiste plasticienne, qui ne vend pas et vit grâce à mon Papa (et la mutuelle de sa multinationale) de demander un statut spécial qui lui donne des sous gratuits.
Sont trop bêtes mes parents, profitent pas du système…
A ce soir !
Oui, Shida n’a pas complètement tort, démonstration-citation :
« Espérer que la littérature puisse être considérer… »
(Rhôôôô)
certes ça arrive, mais Rhôôôô !
A part ça, j’ai des doutes. Qu’écrit-on de bon dans le métro, entre un type qui tapotte son Iphone et deux tassepés en train de discuter de leur dernière teuf avec force ricanements ? Le côté « j’écris comme je peux, quand j’ai trois minutes, entre quatre portes » me semble implicitement prétentieux. Comme s’il ne fallait pas se mettre un minimum en condition. Pour beaucoup – peut-être pour tous d’ailleurs – l’écriture c’est comme le sport: sans échauffement préalable, rien de bon à espérer.
LQX –> Jean il est tellement fort que j’ai pas réussi a trouver une photo de lui cheveux courts.
Shida –> Non pas trop, je l’ai écrit crevé et énervé, le pourquoi du comment demain.
LaNe –> Je parlais uniquement des écrivains dans ce cas précis attention. ^^
la koala –> La fatigue mon bon koala. Je corrige de suite.
Et si l’on écrit pas dans le métro, ça n’empêche de pas de réfléchir structure, de pondre quelques phrases.
Et c’est pas prétentieux c’est un fait. Je fonctionne comme ça, la mise en condition en ce qui me concerne c’est juste d’avoir une bonne demie heure devant moi et personne pour m’emmerder.
Ceci étant dit je ne pense vraiment pas que l’écriture soit un sport. Ou alors je rumine tellement toute la journée que je suis tout le temps chaud j’en sais rien.
Matthou > Bah qd mm, on en trouve… Mais t’étais crevé alors je t’excuse.
Le koala > C’est pas un romancier mais le BDbloggueur Lommsek fait ses dessins dans le métro. C’est mm une inspiration, pour lui.
Quand on veut, on peut, non ?
Petit malin. ^^
J’en ai juste pas trouvé aux proportions et à la résolution que je voulais.
« Publish or perish »
Je sais pas si c’est écrit avec les pieds mais le final (« Sinon, je ferai comme tous les non-rentiers, comme tous les fils de personne, comme tous ceux qui ne ressentent pas le besoin d’aller pleurer au ministre parce qu’ils ne sont pas foutu de rentrer un demi smic ») ca faisait très rappeur vs. society, c’était bien cool, faute comprise : )
@Last Equinoxx: ouch, la photo liée sur le « en » et ce petit air ingénu va me hanter longtemps…
Waah dur…
Le côté soit tu fait un bouquin qui plait et donc qui se vend soit tu meurs, surtout.
C’est aberrant de penser comme ça. Bon peut-être que tu veux absolument faire des bouquins qui plaisent dans l’air du temps. Mais de dire « Soit ton bouquin parle a personne, soit il est mauvais. dans les deux cas je vois pas pourquoi on irait cautionner ça avec des aides. » est une des pires choses qui puisse arriver à l’art et pas seulement la littérature, mais tout art.
Si un bouquin est bon et ne parle à personne ? Qu’est ce qu’il se passe ? Aucun éditeur ne prend le risque de le sortir, pas d’argent pour l’artiste, l’artiste doit arreter son activité artistique pour pouvoir manger ou nourrir les siens. Combien de masterpiece on a perdu comme ça ?
Et ton excuse de pouvoir bosser sur un livre malgré un boulot à côté n’est pas recevable. Tu es jeune, célib et sans enfant, en pleine santé, tu peux dormir 5h par nuit si tu le souhaites, de toutes façons aller sur les bancs de l’école le lendemain ne demande pas une attention de toutes les minutes, et je ne pense pas que tu ai déjà eu un boulot essentiel à tes finances demandant des résultats au jour le jour, et donc de l’énergie, sous peine d’être viré.
Ca doit être compliqué pour les écrivains de trouvé un système équitable, mais je trouve que celui des intermittents est très bien, travailler suffisament pour avoir le droit aux aides, après tout dépends du plafond.
D’une part tu supposes BEAUCOUP de choses sur ma situation et je peux te dire que j’ai mes propres emmerdes, j’en fais juste pas étalage.
Ensuite on ne va pas passer a côté d’un masterpiece si on ne subventionne pas un mec. Un génie ou un passionné, ça bosse avec ou sans sous. Quand on a ça dans le sang.
Si un bouquin est bon mais ne parle à personne, il sort a un petit millier d’exemplaires et tout le monde est content. C’est en partie le boulot des petits éditeurs.
Je veux pas empêcher les génies de bosser, je veux juste pas qu’on subventionne le premier venu à avoir sorti un bouquin. Genre ayééé chui un artiste envoie des sous !
En somme je suis ENTIEREMENT d’accord avec ta conclusion. C’est abaisser un plafond je trouve relativement juste à l’heure actuelle qui me chiffonne.
Ok, mais tu le dis toi même, 7500€ pour un petit écrivain c’est un pallier infranchissable en vendant des livres, et je vois pas pourquoi un écrivain inconnu irait faire des conferences ou des ateliers, ou au moins pour 7500€ de revenus.
Être un génie n’est pas le gage d’être doublé d’un travailleur acharné. Et même si c’était vrai, on garde uniquement la crême de la crême ? C’est pas vraiment l’idée de la culture que je me fais.
Bon après il reste le passioné qui va sacrifier sommeil/temps libre/vie de famille, le terreau fertile de la création artistique.. Pour décrire le spleen ça va, pour faire quelque chose de plus léger peut-être moins.
De toutes façons, c’est pas un mal que de subventionné quelqu’un qui a déjà réussi à faire vendre son premier livre. On prend pas non plus le premier venu qui se déclare écrivain. Garder un plafond aussi haut favorise encore et toujours ceux qui sont dès le départ surestimés, et pistonnés. Bon bien sûr certains qui le méritent vraiment aussi en profiterons. Mais on se passe déjà trop de petits écrivains, on se passe d’idées neuves, et de notre culture, puisque les maisons d’éditions ne font pas leur boulot, ou trop ne misant que sur ce qui marche déjà.
Alors oui, je crois en une politique culturelle aidant tout ceux qui s’en sont déjà donné la peine sans avoir réussi, pour obtenir une vraie culture plurielle.
Hum.. le seuil des 7600 euros/an, c’est juste pour bénéficier de la sécurité sociale et de la retraite des auteurs, c’est tout. L’AGESSA se limite à ça. Ce n’est pas l’équivalent du chomage ou du statut des intermittents du spectacle et c’est, malgré tout assez secondaire dans le statut d’un auteur professionnel.
Pour développer, la vraie question repose sur le fait que le droit d’auteur n’est pas considéré comme un salaire, mais comme un revenu. Les notes d’auteur, quelle que soient leur niveau et quelle que soient le temps de travail qu’elles recouvrent ne donnent pas droit au chomage puisqu’on considère que (au moins en théorie), un auteur touchera des droits d’auteur sur l’exploitation de son oeuvre.
On est d’accord, c’est pas forcément souvent le cas ni suffisant pour vivre. Mais c’est ainsi.
Et arriver au seuil des 7600 euros, ça ne donne pas droit à grand-chose à part au fait d’avoir le droit de cotiser à une retraite complémentaire, d’avoir droit à des arrêts maladie et d’avoir une sécurité sociale. On a aussi le droit de déclarer ses revenus en tant qu’auteur, mais comme on voit, au jour le jour, c’est presque dérisoire.
Je me permets ces commentaires car ton post partait dans tous les sens avec pas mal de généralités et j’ai préféré précisé ce qui me paraissait inexact (c’est follement prétentieux oui). Après, d’accord sur le sens qui dégage, vaille que vaille de ta réflexion : en soi, on ne peut défendre un système qui reposerait sur des auteurs tous syndiqués & subventionnés. Mais l’écriture étant mal rétribuée, seuls les organismes d’état délivrent des bourses qui permettent de vivre un peu et de porter des projets (CNC, CNL, CNT, SACD, les régions etc etc …). Bref, sujet intéressant.
Je le redis histoire de se collecter à la réalité du terrain et des expériences : LES INTELLOS PRECAIRES vol.1 & 2.
Bonne soirée!
Yacine.