J’ai des amis étranges. Prenez cette copine intime d’un réalisateur qui envisage d’acheter les droits d’un bouquin pour en faire peut-être un long-métrage. Parce que pour compenser les fois où j’achète des romans pour des raisons toutes bêtes, parfois, j’en chope pour des raisons complètement bordéliques. Ce qui m’intéressait dans Givrée, c’est d’essayer de voir ce qui pousse un mec à mettre une malette de cash sur la table pour acquérir les droits (ah tiens faudrait parler de ça aussi, du fait que l’éditeur rafle la moitié du magot, que c’est un coup de pute systématique). L’auteur, Alain Monnier, est d’après la couverture docteur ingénieur en environnement. Etrange. Son dernier opus est sorti chez Flammarion fin aout pour la rentrée littéraire. D’où l’opportuniste passage en poche de Givrée, dispo pour moins de quatre euros, ce qui est cool.

Marie est une trentenaire frigide, et c’est pas moi qui le dit. Elle partage son temps libre entre l’Amant (avec une majuscule, s’timportant) et l’Ecrivain, un quinqua amoureux d’elle depuis quinze ans. Les emmerdes de Marie commencent quand elle fait l’acquisition d’un réfrigérateur flambant neuf, qui ne fonctionne pas. Alors que la société qui lui a vendu l’appareil est incapable de fournir la moindre pièce de rechange, Marie tombe dans l’engrenage des frigos. On lui refile des vieux modèles pour la dépanner, on tente de lui filer des modèles de remplacement le temps que tout rentre dans l’ordre. Bonne pate, un peu lunaire, obsédée par le type de la hotline, Marie se laisse faire, se laisse envahir. Le tout sans se douter une seule second que cette accumulation d’équipements électroménagers va changer sa vie, de son boulot jusqu’à sa sensibilité hormonale.

Bon, j’avoue, le pitch est un peu étrange. J’imagine bien Monnier aller voir son éditeur « Dude ! Je vais faire un roman sur les frigos ! ». Au moins c’est original. Mais à part ça ? J’étais d’abord dubitatif, pas bien convaincu au bout d’une quinzaine de pages. Puis j’ai commencé à me laisser prendre par le style, cousu de bons mots et autres phrases parfaitement ciselées. J’ai pouffé un peu, me suis distrait beaucoup, tout en restant en admiration devant tant d’idées littéraires. En fait Monnier, c’est un peu comme Foenkinos, mais en mieux, en réussi, qui ne ressent pas le besoin d’expliquer ses blagues et avance la fleur au fusil. Par contre niveau histoire, ça ne vole ni très haut, ni très loin. Les évènements s’enchaînent comme une suite de sketchs qui tentent de pousser à bout le concept. Mes dents ont grincées quand le personnage de l’écrivain sauve Marie de sa frigidité (oui, c’est à double sens, c’est fait exprès). Cliché du roman français powa !

Mais mon plus gros problème avec Givrée c’est qu’il met en scène le type de femme que j’exècre le plus. Marie dit oui à tout, est passive durant l’ENTIERETE du roman, subit, accepte, subit, abandonne, subit, ment, subit et ainsi de suite. Proprement insupportable. A la fin j’avais juste une envie, la flinguer. Ma plus grosse interrogation reste la viabilité d’une adaptation ciné d’un texte qui n’est quasiment que style, pauvre en substance (malgré ce que les journalistes ont tenté de projeter dessus) et en intrigue. A moins d’avoir un long-métrage hyper stylisé, avec une construction atypique. La bonne nouvelle c’est que s’il se monte j’aurais sûrement moyen d’aller mettre mon nez dans un script piqué en douce.
Ceci tendant à prouver qu’en France y’a quelques livres rigolos, et qu’on peut vendre les droits de son œuvre sans écrire de la soupe pour autant. Plutôt positif non ?
Demain on parlera de mon blog, note 600 oblige.






La dernière image, c’est un peu un cri du coeur ?
Courage LeReilly !
Avez-vous constaté que vous avez de plus en plus souvent envie de flinguer les héroïnes des romans que vous lisez, monsieur Le Reilly ?… Êtes-vous en colère contre les femmes, monsieur Le Reilly ? D’où vous vient cette récente misogynie ?
Accessoirement, pour une adaptation, c’est pas mieux que l’intrigue soit assez pauvre ? Dans les adaptations, faut souvent couper des nœuds narratifs pour éviter un film de 14h30, là y’en aura(it) pas besoin.
« J’imagine bien Monnier aller voir son éditeur « Dude ! Je vais faire un roman sur les frigos ! » »
–> Jauffret a bien tirer 500 pages sur une femme qui regarde son gigot cuire au four
Iris –> Cri du coeur contre les clichés pourris ouais.
LQX –> A moins que Monnier ne soit mysogine et moi en réalité féministe outré par sa représentation de la femme moderne. (lawyered !)
Régis –> Ouais mais Jauffret il est… heu… bizarre comme gars.
Wé enfin, ce que je retiens c’est que tu veux flinguer des femmes. Alors veux-tu flinguer une image de la femme ou l’image d’une femme ? …Je n’ai pas poussé suffisamment loin mes études de psycho (niveau bac+0) pour te le dire avec si peu d’indices.
Bah voilà Matth’ t’as trouvé comment vendre un bouquin, tu parles des frigos. Ah, c’était pourtant devant toi!…
Je suis d’accord avec toi ce personnage principal est insupportable. Je m’attendais à une critique de la société de consommation et je me retrouve avec le roman d’un écrivain frustré qui se paluche sur son héroïne frigide qui baise avec tous ceux qui le demande (de la même manière qu’elle accepte tous les frigos qui arrivent chez elle, super image !!!).
J’aurai aimé qu’elle finisse au moins écrabouillé par un frigo ou un truc du style… même pas.