Cet été il y a eu comme un frémissement dans la presse web, des dudes de Science-Po allaient sortir une revue érotique. Non mais vous vous rendez-compte ? Ces raclures d’élites qui parlent de cul ! Tout à fait ma petite dame. Même qu’en fait l’idée leur est venue d’universités étrangères qui s’étaient déjà amusés dans cet exercice. Déterminés à casser leur image d’étudiants austères et chiants (même si les vrais savent qu’à Science-Po, niveau débauche, ça y va pas mal) en prouvant qu’ils pouvaient parler de sexe, et le faire avec un peu de chance bien. D’où le numéro zéro d’une revue qui a le mérite de posséder un titre que je trouve magique : L’Imparfaite. Si pas mal de sites ou blogs (ainsi que quelques médias papier) en ont parlé, peu l’ont vraiment lue après coup. Bah ué, si les journalistes faisaient leur taf’ jusqu’au bout, ce ne serait plus des journalistes. Sauf que je l’ai non seulement achetée (13€50 au Passage du Désir), mais je l’ai lue. En entier.

Je peux comprendre que l'équipe n'ait pas fait le Celsa, master marketing/com toussa, mais devoir aller scanner soi-même la couv' pour l'avoir en haute def...
Déjà l’objet, lourd, grand format, beau papier. Pas de doute pour une prod étudiante ça a clairement plus de classe que pas mal d’initiatives de branleurs de trente ans. Une fois le nez dedans c’est par contre moins sexy. Des tartines et des tartines de texte police riquiqui avec comme toute illustrations des motifs géométriques pas franchement inspirés (les gouts et les couleurs…). Certes, Science-Po n’est pas une école de graphisme, mais le manque d’unité et surtout de style nuit à une revue qui se veut exploratrice et révélatrice de sens/sensualité. On trouve entre les articles pas mal de photos, dont certaines vraiment réussies et évocatrices (la couverture par exemple) malgré une ou deux séries discutables et un traité un peu trop uniforme, sans doute du au faible nombre de photographes. Nan mais partez pas ! En fait, au-delà de ces considérations esthétiques de marketeux connard bling bling, y’a quand même plein d’autres bonnes choses dans L’imparfaite, dans les textes, qu’il faut lire.

Quelques articles sont vraiment sympas, comme l’historique de la capote, l’épiphénomène du bareback (dommage de ne pas avoir mentionné à ce propos le roman de Garcia, ti con doué de l’ENS), une plongée dans les cinémas X de Paris (mais bon, s’tune fille bien qui l’a écrit celui là, je suis partial) ou des considérations sur le clivage actif/passif de la communauté homo. Mais je me demande si les rédacteurs ont conscience du plus gros intérêt de leur revue, à savoir d’observer les considérations sexuelles de nos futures élites. Au-delà des interviews avec des sommités ou des articles théoriques académiques ultra sourcés, les textes qui m’auront le plus passionnés sont ceux qui parlent des vrais étudiants de science-po de la vrai vie. Je pense à l’article fascinant autour d’un sondage sur les pratiques sexuelles de leurs camarades de classe. Ou bien ce texte catastrophique sur le Gonzo où l’auteur passe complètement à côté du sujet (mais vraiment à côté) tout en citant Barthes (wtf ?) et en comparant un bon scénario de film de cul avec une dissertation avec plein de sous parties (grosse névrose là).

L’Imparfaite reste une revue étudiante, montée entièrement par des kids, qui du coup annoncent la couleur dès le titre. Mais au-delà des maladresses, des errements et des (rares) fautes de goût je ne regrette clairement pas mon achat et les deux heures de lecture au fond du lit. J’espère du fond du cœur un second numéro, peut-être plus érotique justement, moins sec dans la forme et les textes (au secours les phrases a rallonge super scolaires qui veulent rien dire), mais tout aussi fascinant. Car si l’on peut cracher autant qu’on veux sur Science-Po et glorifier à mort ma propre école élitiste à moua, eux au moins portent leurs couilles. Pour la première fois depuis ma tentative de concours à Science-Po (anecdote pour un autre jour), je regrette de ne pas avoir pu être là et participer à ce truc. Si l’on m’avait dit que je serais un jour jaloux de ces salauds. En tout cas je vais suivre cette revue de près, en espérant pouvoir vous en reparler d’avantage.
Pour en savoir plus, go sur leur blog officiel. Sinon, demain, on parlera de ma poisse.






Une revue qui reste Imparfaite, donc.
Mais en fait, je note que c’est comme Play-boy, tu l’as acheté surtout pour les articles… (Un scénario à un film de cul, c’est pas oxymorique ?)
Mince, chui sûr que je peux trouver plus constructif à dire…
Last E, je me permets, quitte à devoir partir en flamewar après, qu’un bon scénar est quasi indispensable à un film de cul. Comme dit Orelsan » maintenant j’me fais ouij en moins de 5 minutes avec eMule » (oui je sais la Mule voilà quoi, je pense que c’était pour la rime), donc voir des corps (s’entrechoquer et faire des étincelles, c’est pas très dur à trouver. Par contre ce qui me stimule vachement plus durablement, c’est de savoir qui sont les gens que je regardent, pourquoi ils baisent, tout ça. Si c’est après un coup de foudre, ou après une longue phase de séduction, en gros je veux voir un film d’amour mais avec des phases de cul. De vrai cul, pas entrevoir les boobs de Julia Roberts pendant 2 secondes. Là je parle de cinéma porno, de vrai FILM érotique.
Je ne crois absolument pas à l’antagonisme d’une bonne histoire et de l’érotisme, sinon autant dire à tous les écrivains érotiques d’aller se pendre.
Par contre, si j’avoue volontiers que le principe de concours de nouvelle m’a bien plu, leurs sujets c’est un peu hard quand même. Je trouve.
Concernant la revue, je sais pas trop si je vais me la commander. Je me tâte. Mais ça m’a l’air cool. (Etant donné que c’est vendu à prix coûtant théoriquement, pourquoi ne pas en faire un webzine ?)
Parce que pour toi, Science Po = élite ? Haha qu’est-ce qu’il faut pas entendre. Ils sont pas mauvais, auront des taffs corrects, mais de là à les mettre dans le sac des « élites »…
Sinon, je ne comprends ce que tu reproches à la citation de Barthes et à la comparaison qui suit.
LQX –> La nuit porte conseil. Et quoi, on va m’en vouloir de lire les textes maintenant ?
Maxence –> Je vais pas partir sur le débat Gonzo mais juste dire que le concours de nouvelle me tente un chouille, forcément ça me titille.
Queen –> Heu… non mais c’est pas pour moi science-po = élite. C’est un fait (difficulté du concours, prestige des études, postes occupés dans l’administration du pays/grandes entreprises). Que tu ne considères pas ça comme des « vraies » élites par rejet gauchisant (ou whatever) c’est ton problème, mais dans les faits et dans l’esprit de la plupart des gens, c’est comme ça.
Je reproche a un mec qui cite barthes et compare un bon script a une bonne dissertation d’être ultra scolaire, de régurgiter ses cours et son petit univers de bon élève, devenant du même coup une caricature d’élite dans une revue qui essaie de se détacher de cette image scolaire justement.
Haha d’accord, merci pour l’explication.
Quant à Science Po, je t’assure, ils n’occupent pas des postes de ouf. Au maximum, pour SPo Paris, je peux admettre qu’on le pense. Mais sinon, il n’y a que les enfants de 12 ans qui pensent encore que c’est l’élite. X, par contre..
Justement on parle de Sciences Po Paris dans le cadre de l’Imparfaite, là
« Bah ué, si les journalistes faisaient leur taf’ jusqu’au bout, ce ne serait plus des journalistes. »
–> rôôô, mec, non, pas ça…
Maxence > Tu cites Orelsan, tu t’es discrédité (2nd degré)… Mais je juge pas, je constate (sur le faible échantillon que je connais) que svt, les films à caractère pornographique ne se soucient pas du scénario. Après, si tes tendances voyeuristes te poussent vers un autre type de film où tu connais quasi-intimement les protagonistes, c’est ton choix.
Matthias > Je ne t’en veux pas, c’était une tentative de constructivisme. Je pourrais dire que faire du cul, c’est facile, mais apparemment c’est pas du sexe facile… Nan en fait, quand on a rien à dire, il faut se taire. (Je fais ça d’habitude mais là… J’ai du mal.)
@ Queen: aurais-tu passé, et loupé, les concours des IEP?
…Sinon si tu veux dans 10 ans on compare nos tafs, d’accord?!
@ Le Reilly: tu veux dire que si tu ne me connaissais pas, tu aurais trouvé que mon article sur les cinés X à Paris était pourri?…Je note, je note…