609 – Doctor Lost And Mister Jerk

Je suis à près certain que vous connaissez cette fille. Elle est jolie, enfin avec beaucoup de charme au moins. Sa profonde mélancolie s’affiche sur son visage, s’insinue dans le timbre de sa voix. Et vous n’avez qu’une envie, c’est de la prendre dans vos bras. De lui caresser les cheveux en lui racontant un tas de trucs réconfortants. Parce que cette fille est paumée, et d’un coup ça la rend plus désirable. Je veux dire, fuck, il faut que quelqu’un aille la sauver, à grand renforts de câlins et de petit déjeuner au lit ! Oui mais non. Parce qu’en fait, vous allez vous en prendre plein la gueule. Sale connasse qui va vous briser le cœur, alors que votre petit enfer personnel dans lequel vous allez vous retrouver était pavé de bonnes intentions. Cette fille, vous la connaissez, je la connais. Et en fait, j’ai bien peur de beaucoup lui ressembler.

Y’a pas longtemps, une demoiselle qui me tournait le dos alors que j’étais allongé peinard sur mon lit m’a dit qu’elle commençait à vraiment apercevoir mon côté connard quand même. J’ai protesté pour la forme, histoire de grogner un peu, faire l’alpha mâle. Mais une fois la demoiselle partie, j’ai fini par cogiter (le problème quand votre Xbox est morte, on cogite beaucoup trop). En tant que mouchoir pour traumatisée de l’amour j’ai depuis longtemps entendu parler du fameux « paumé/connard ». C’est le mec qui attire avec son regarde de chien battu, toutes les fêlures dans sa carapace. Bref, il est paumé. La faute à la sortie d’une longue relation, d’une déception amoureuse ou d’une vie un peu trop bordélique. Mais c’est aussi un conard. Non parce qu’il se fout de tout, y compris des sentiments des autres, réalise toujours après coup quand il fait une connerie et à tendance à ne pas faire gaffe à ses poussées d’égoïsme.

Plus je réfléchissais à la question, emmitouflé dans ma couette de la win trop douce qui sent bon, plus j’avais l’impression de trouver une petite case dans laquelle me mettre. Après un rapide bilan de mes relations sentimentalo-sexuelles de l’année passée, je n’avais pas d’autre choix que de faire face à l’atroce vérité : je suis devenu un cliché. Pire, un cliché que je déteste. J’en veux à trop de filles qui avaient eu des réactions semblables aux miennes. Sans parler du fait que des mois après, malgré des tonnes d’explications, une ex peut ne toujours pas comprendre comment je voyais la relation et à quel point en fait je pouvais tenir à elle. Paumé jusque dans mes arguments, coupable des mêmes offenses que des fantômes de mon passé sur lesquels je crache encore. Plus triste, tu meurs.

J’ai souvent entendu dire que les gens paumés, tu peux pas les sauver. Peu importe que tu sois le mec parfait avec la fille tordue, peu importe qu’une nana en or tente de récupérer un paumé, les seuls qui peuvent les sauver, c’est eux-même. Tout ce que je comprends, c’est que j’ai du boulot. Fuck.

608 – Joke City Police District

Je suis un type plutôt naïf. Ca doit être la faute à mon optimisme forcené, mais on peut me faire gober quasi n’importe quoi. Prenez ce pote de collège, qui un jour à eu l’excellente idée de m’appeler au milieu de l’aprem’ un mercredi en se faisant passer pour une radio locale, me tenant la jambe quinze bonnes minutes à me faire jouer à un jeu débile pour me faire gagner des CD. Je n’avais pas reconnu sa voix, ni celles de ses copines de chez qui il téléphonait. La blague s’acheva sur une explosion de rire généralisée et des vannes dans la cour de récré pendant une bonne semaine. Ah ah qu’on l’a bien eu ce jeune Le Reilly. Or s’il y a bien un truc que je hais sur cette planète de merde, c’est les canulars. Dix ans plus tard, je l’ai retrouvé sur Paris (preuve s’il en fallait qu’ils prennent vraiment n’importe qui au Celsa). Et après toutes ces années, j’avais toujours un début d’envie de lui coller mon poing dans la gueule.

Je suis un type plutôt marrant. J’ai vide adopté la maxime comme quoi fille qui rit, à moitié dans ton lit. Fun fact, ça fonctionne. Mais dans l’humour comme dans le reste, il y a des crimes. En ce qui me concerne, j’ai un très faible niveau de tolérance au canular. Dans les faits, c’est fomenter et créer le malheur ou l’humiliation de l’un pour faire rire l’autre. Ce n’est donc pas se moquer de quelqu’un qui glisse sur une banane, c’est mettre la banane sous ses pieds. S’il existait une police de l’humour, le canular serait répréhensible, considéré comme le crime qu’il est. Je dis ça sans une once d’hypocrisie. De toute ma vie je n’ai jamais appuyé sur un interphone au pif, je n’ai jamais composé un numéro dans l’annuaire pour faire une farce, je n’ai jamais orchestré la chute de quelqu’un pour m’en moquer. Je dois être un kikoo lol, trop préoccupé à me mettre à la place de la victime pour esquisser le moindre sourire.

Je suis un type plutôt sérieux. Dimanche quelqu’un à trouvé le moyen d’accéder à mon Twitter pour poster une connerie : « LeReilly se demande le prix d’une escort-girl aux States ». Lolilaule. J’ai pas ri. Je crois que personne à ri en fait. A part le crétin congénital auteur anonyme. Une personne qui ne connait pas l’adage comme quoi les blagues les plus courtes sont les meilleures en refusant de revendiquer son minable tag’ à la face du web. Attention point Godwin : Ben Laden revendique ses attentats lui au moins. Sauf que je suis sérieux. Et quelqu’un qui s’amuse à infiltrer mes comptes, non seulement ça me fait pas rire, mais ça me met en rogne. Sérieusement. Imaginez que vous rentriez chez vous pour voir une bite dessinée au marqueur sur le mur du salon. Qui à les clefs de chez moi ? Comment il les a eues ? Ce serait dans la vraie vie, la police, ça la ferait pas rire non plus. Ah oui mais on est sur le net, un endroit magique et bucolique où rien n’a d’importance.

Je suis un type plutôt geek. Sur le net j’ai mes mails, mes réservation d’avion, ma carte bleue, pas mal de mon boulot. L’usurpation d’identité, le hack ou whatever, ça va nettement plus loin que la simple blague. C’est un beau motif de poing dans la gueule. A fortiorri quand on ne vient pas avouer, rassurer, faire amende honorable à la victime sur le dos de qui on s’est bien marré. Alors j’ai passé deux jours à tout sécuriser un gros coup, faire des déductions, pris de nouvelles habitudes. Et la confiance que je pouvais accorder en tous mes amis/connaissances/contacts vient de baisser d’un cran. Un ninja UMP n’aurait pas été plus efficace. C’est dans ces moments là que j’aurais aimé qu’existe une police des mauvaises blagues, constituées de clowns de Stephen King, pour rappeler à certaines personnes ce qu’ils sont. Pas. Drôles. (et lâches accessoirement)

Allez, rendez-vous demain pour une note bittersweet.

607 – Book Review 99

Vous vous souvenez la première fois que j’ai lu un bouquin de Tom Perrota ? J’avais dit que je m’en reboulotterai bien un petit pour la peine. D’où Bad Haircut dans ma boîte aux lettres une semaine plus tard. Le livre est un peu étrange car catégorisé comme une série de nouvelles. J’aurais plutôt tendance à partir du principe que c’est un roman. Bad Haircut est en effet l’histoire de Buddy, un gosse qui grandit dans le New Jersey des années 70. Nous suivons son entrée dans l’âge adulte de la primaire jusqu’à la sortie du lycée au fil d’une grosse demi douzaine de nouvelles. Dit comme ça, on pourrait penser que c’est plutôt sympa. Mais les intrigues sont parfois très très sombres, ou en tout cas puissantes dans les thématiques qu’elles évoquent. Moi qui m’attendait à un truc gentillet, j’ai été servi, mais pas déçu.

Bad Haircut se lit facilement, à part si l’on est comme moi, à galérer sa race pour retenir les prénoms et situer qui est qui. Le style est clair, sans chichi. Du coup le seul reproche que je pourrais faire au bouquin, c’est d’être trop, comment dire, « simple ». Parfait pour une lecture rapide sur un aller-retour en TGV mais qui ne m’habitera pas un bon moment. Ca reste un cran au dessus de toutes les merdes de gare en tout cas. Maintenant alors je lis quoi de Perrotta ? Little Children ?

Lire trois bouquins du même mec, c’est une chose. Mais pousser le vice jusqu’à commander un DVD documentaire sur un site officiel US, ça devient grave. C’est pourtant ce que j’ai fait, en cramant la carte bleue sur The Cult, le portail de Chuck Palahniuk. Le site mériterait un article entier pour tous les trucs cools qu’il propose (ateliers d’écriture, concours de nouvelles, critiques, shop, blog). Aujourd’hui je vais seulement vous parler de Postcards From The Future.

Il y a quelques années Palahniuk était l’objet d’une conférence dans une université américaine. La prof de littérature avait invité l’auteur pour deux jours de débats, présentations et séances de dédicace. Des fans étaient sur place, caméra au poing, immortalisant une heure trente sur galette. L’image est dégueulasse à cause du matos de roumain utilisé et on ne voit clairement pas assez Chuck. En faisant un documentaire pour des fans par des fans, on se retrouve trop souvent avec des interviews face caméra de… bah de fans. Moins une réflexion sur l’œuvre de Palahniuk que sur le fanboyisme littéraire, Postcards From The Future n’en demeure pas moins intéressant. Malheureusement pas pour les bonnes raisons. Ceux qui espéraient un portrait inédit de l’auteur risquent d’être déçu. En ce qui me concerne, j’ai eu le bonheur de choper le DVD pendant une période de soldes sur le site. Les quelques bonnes phases de Palahniuk auront achevé de me satisfaire de mon achat.

Bon, approfondir l’œuvre d’un auteur et se regarder des documentaires, c’est n’importe quoi. Je risque de finir par devenir crédible. Promis dès que j’ai évacuée la centième critique la semaine prochaine, je me remets à lire de la merde.