601 – Book Review 98

J’ai des amis étranges. Prenez cette copine intime d’un réalisateur qui envisage d’acheter les droits d’un bouquin pour en faire peut-être un long-métrage. Parce que pour compenser les fois où j’achète des romans pour des raisons toutes bêtes, parfois, j’en chope pour des raisons complètement bordéliques. Ce qui m’intéressait dans Givrée, c’est d’essayer de voir ce qui pousse un mec à mettre une malette de cash sur la table pour acquérir les droits (ah tiens faudrait parler de ça aussi, du fait que l’éditeur rafle la moitié du magot, que c’est un coup de pute systématique). L’auteur, Alain Monnier, est d’après la couverture docteur ingénieur en environnement. Etrange. Son dernier opus est sorti chez Flammarion fin aout pour la rentrée littéraire. D’où l’opportuniste passage en poche de Givrée, dispo pour moins de quatre euros, ce qui est cool.

Marie est une trentenaire frigide, et c’est pas moi qui le dit. Elle partage son temps libre entre l’Amant (avec une majuscule, s’timportant) et l’Ecrivain, un quinqua amoureux d’elle depuis quinze ans. Les emmerdes de Marie commencent quand elle fait l’acquisition d’un réfrigérateur flambant neuf, qui ne fonctionne pas. Alors que la société qui lui a vendu l’appareil est incapable de fournir la moindre pièce de rechange, Marie tombe dans l’engrenage des frigos. On lui refile des vieux modèles pour la dépanner, on tente de lui filer des modèles de remplacement le temps que tout rentre dans l’ordre. Bonne pate, un peu lunaire, obsédée par le type de la hotline, Marie se laisse faire, se laisse envahir. Le tout sans se douter une seule second que cette accumulation d’équipements électroménagers va changer sa vie, de son boulot jusqu’à sa sensibilité hormonale.


Bon, j’avoue, le pitch est un peu étrange. J’imagine bien Monnier aller voir son éditeur « Dude ! Je vais faire un roman sur les frigos ! ». Au moins c’est original. Mais à part ça ? J’étais d’abord dubitatif, pas bien convaincu au bout d’une quinzaine de pages. Puis j’ai commencé à me laisser prendre par le style, cousu de bons mots et autres phrases parfaitement ciselées. J’ai pouffé un peu, me suis distrait beaucoup, tout en restant en admiration devant tant d’idées littéraires. En fait Monnier, c’est un peu comme Foenkinos, mais en mieux, en réussi, qui ne ressent pas le besoin d’expliquer ses blagues et avance la fleur au fusil. Par contre niveau histoire, ça ne vole ni très haut, ni très loin. Les évènements s’enchaînent comme une suite de sketchs qui tentent de pousser à bout le concept. Mes dents ont grincées quand le personnage de l’écrivain sauve Marie de sa frigidité (oui, c’est à double sens, c’est fait exprès). Cliché du roman français powa !

Mais mon plus gros problème avec Givrée c’est qu’il met en scène le type de femme que j’exècre le plus. Marie dit oui à tout, est passive durant l’ENTIERETE du roman, subit, accepte, subit, abandonne, subit, ment, subit et ainsi de suite. Proprement insupportable. A la fin j’avais juste une envie, la flinguer. Ma plus grosse interrogation reste la viabilité d’une adaptation ciné d’un texte qui n’est quasiment que style, pauvre en substance (malgré ce que les journalistes ont tenté de projeter dessus) et en intrigue. A moins d’avoir un long-métrage hyper stylisé, avec une construction atypique. La bonne nouvelle c’est que s’il se monte j’aurais sûrement moyen d’aller mettre mon nez dans un script piqué en douce.

Ceci tendant à prouver qu’en France y’a quelques livres rigolos, et qu’on peut vendre les droits de son œuvre sans écrire de la soupe pour autant. Plutôt positif non ?

Demain on parlera de mon blog, note 600 oblige.

599 – Your Own Kind Of Music

Quand j’étais môme j’ai pris des cours de guitare, pendant deux ans, et de solfège, pendant trois ans. C’était juste un enfer. On m’avait pas expliqué que ça allait être galère, que j’allais avoir à bosser tous les jours chez moi et surtout que mon oreille n’était pas du tout entraînée. Epic fail. Guitare au grenier après deux ans dEpic fail. Guitare au grenier après deux ans d’humiliation a répétition à l’école de musique. Si au moins on m’avait dit que j’aurais pu choper comme jamais une fois pubère, j’aurais fait un effort. Ouiménon. Alors comme des millions de connards je joue à Rock Band (ce qui est toujours moins pire que de jouer à Guitar « Satan » Hero). Mais la semaine dernière sur Kotaku, le meilleur blog de jeux vidéo du monde, une petite news est tombée en douce. Le fils de Georges Harrison bosse à présent chez le développeur Harmonix et a déclarer bosser sur Rock Band III à redesigner la guitare en plastique pour qu’elle vous apprenne vraiment à jouer.


Forcément ce fut l’ébullition chez les geeks. Avec d’abord la question la plus évidente : est-ce seulement possible ? En réfléchissant un peu je vois bien une guitare en plastique avec vraies cordes (et des capteurs pour savoir laquelle vibre) et un manche tactile (pour sentir où est placé le doigt). Avec une interface ingame adaptée, une difficulté croissante intelligente, je ne vois pas où est le problème. Après tout j’ai fait tester la batterie en plastique à un ami batteur, qui est passé direct en mode expert se plaignant qu’il manquait des notes sur la partoche qu’il connaissait par cœur. Il a quasi perfecté la chanson au bout de 5min d’exposition au matériel. Dans Rock Band 2 il était possible de brancher une batterie électronique pro pour jouer ou pour s’exercer avec un mode d’apprentissage des différents rythmes. De là a penser qu’Harmonix cherche depuis le début à éduquer les masses, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement quand je repense au fait que depuis quelques mois, lorsque j’écoute une chanson, j’arrive à dissocier les différents rythmes de batterie sous forme de pastilles multicolores.

Si ça fonctionne vraiment et si d’ici quelques années n’importe quelle raclure de geek est capable de jouer de la vraie guitare, c’est le monde entier qui va changer. Déjà les connards comme mon prof de guitare d’il y a quinze ans se retrouvera au chomage. Dans sa gueule. Ensuite ce ne sera plus considéré comme cool de savoir tripoter trois accords merdiques pour faire Wonderwall en soirée. Ainsi les guitaristes ne baiseront plus aussi facilement nos amies de lycée, celles a qui on n’ose pas dire qu’on aimerait bien rentrer dans leur petite culotte et qui de toute façon nous brisent le cœur à se faire prendre par le cancre connard aux cheveux longs à guitare. C’est peut-être trop tard pour moi, début d’adulte que je suis. Mais je pense à mes marmots, à Le Reilly Junior et sa période boutonneuse, son errance sociale (il est connu que dans ma famille on est des beaux gosses de ouf à quarante ans, j’en reparlerai). Lui saura jouer de la guitare grâce a Rock Band, et il déchirera sa race et aura droit aux mêmes chances que les autres pour choper (droit constitutionnel).

En définitive Harmonix travaille au but ultime des geeks, des gamers, des laissés pour compte : la putain de vengeance envers tous les connards qui volent nos femmes ! A titre personnel, ça m’émeut, mes yeux se mouillent.

Demain, ce sera la note 601, parce que la 600, en fait, c’est jeudi.

598 – The Next Episode

Un peu le pétage de câble ces derniers temps. Je ne parle pas de ma connexion, qui va très bien depuis que j’ai fait mon Mac Gyver (dévissage de la prise, coupe du cordon, dévidage des fils, fixation à la patafix) et me permet d’aller botter des culs sur Modern Warfare 2. Non en fait, comme je le pensais la deadline de mon voyage aux US (en combo avec les vacances de Noel) me pourrit bien la tronche. Je suis stressé, surmené, essaie de tout faire en même temps, de ne rien oublier, de tout avoir bouclé d’ici le premier décembre. Du coup, forcément, je fais n’importe quoi, je m’irrite vite, je me disperse. C’est un peu le gros bordel. Au final je vais finir par me sentir reposé à Manhattan, ce qui est un peu paradoxal sur le principe. La bonne nouvelle, c’est que le manuscrit 2 est bel et bien bouclé.

Bon, c’est pas comme si c’était genre trois semaines à la bourre sur le planning. Voilà ce qui se passe quand on fait n’importe quoi de ses soirées et qu’on accepte des jobs pour toucher quelques deniers à aller dépenser aux US (désolé, petit produit intérieur brut français). Sachant que dans dix jours je me tire de Paris, qu’il y aura les vacances et que de toute façon le texte n’est pas encore corrigé, je finis par admettre qu’il y a peu de chances que je le diffuse aux éditeurs avant de filer. Ce qui est un peu relou sur le principe. Repousser sans cesse. Ca aussi ça épuise je crois. Un peu comme le mémoire en fait. Satané cancer qui prend de plus en plus de place sans avancer d’un pouce. Est-ce que ça vaut le coup de rusher mes interviews avec des éditeurs et acteurs du livre avant de me tirer ailleurs voir si j’y suis ?

En fait, la petite lueur d’espoir dans ce gros bordel, c’est les projets qui se profilent tel un star power qui descend d’une piste Guitar Hero (oui, je fais les comparaisons que je peux dans mon état, ne me jugez pas). Je crois déjà avoir mentionné l’existence d’un dossier sur mon ordi où j’entrepose les synopsis d’éventuels futurs projets d’écriture. L’autre jour, j’ai donc relu mes quatre séquenciers à la recherche de mon prochain manuscrit, pour finir par porter mon choix sur Perfect Ten. Depuis le temps que j’en parle à m’en entourage, que j’écris mentalement des scènes, que je fais des recherches, je me suis trop auto motivé. Je sens bien que dans l’avion pour NY, pour peu que je me sois dégotté un petit ordi, j’ouvre un nouveau document Word et que je m’y mette une bonne fois pour toute.

Sans oublier l’éventuelle possibilité que j’ai de tenter ma chance au concours de nouvelles érotiques organisé par Science-Po (j’en reparlerai vendredi je pense). Allez, comme dirait l’autre on se calme et on boit frais à Oberkampf jusqu’au retour de karma positif. Nurgh.

Demain on parlera de guitare.