Ce soir j’étais pas super d’attaque dans cette soirée de Brooklyn. Première sortie avec cent pour cent de ricains. Je connais personne de la cinquante de gens entassés dans un loft perdu au milieu de nulle part. En rentrant j’ai vu cette fille, un peu plus petite, toute fine, brune, yeux bleux, visage d’ange, nez et bouche minuscules. Elle était habillée en Alice, robe à froufrous blancs, bas résille et gants en dentelle assortis. Quand je lui ai demandé elle m’a dit s’appeler Lianna mais j’étais déjà amoureux avant qu’elle décide que cette soirée la gonflait. Partie alors que j’avais pas encore posé ma veste. Malgré ce que mes potes espéraient, je repartirai sans princesse de New York, mon cœur presque intact. J’ai erré dans la soirée, tapé vaguement la discute avec des inconnus, puis j’ai demandé à Sharkboy quand est-ce qu’on décollait. Bientôt qu’il m’a répondu, presque convaincu lui-même. C’est alors que Nelson, son pote chinois à la kewl s’est interposé ! Nan mais mec ! Vous pouvez pas partir ! Brandy va arriver ! D’ici vingt minutes max elle va utiliser la barre du salon pour faire une démo de pole dancing !

Faut resituer les choses dans leur contexte. Je ne viens pas d’un quartier super fêtard, je ne traîne pas dans des soirées de fou. Pour moi, le pole dancing, c’est uniquement dans les films, avec des stripteaseuses. Pas le temps de réfléchir. Le bruit court que Brandy est là. Une fille vraiment sympa à ce qu’il parait. La foule se presse autour de la barre, quatre bons mètres de métal du sol au plafond. La jeune fille débarque, jarretière, corset, culotte coton noire et maquillage. Elle n’est pas la plus jolie de la soirée, loin de là. Plutôt quelconque même. Il lui faut négocier avec le DJ ses morceaux. Elle tend le bras autour de la barre pour s’assurer qu’elle ne blessera personne. L’ambiance est électrique, les mecs comme les autres filles tendus, dans l’attente, de ce qui va se passer. Brandy passe un chiffon sur le métal, baisse la lumière, respire un grand coup et s’élance. Et pendant dix minutes, je suis incapable d’expirer le moindre souffle. Coupé.

La gymnaste s’élance d’abord lentement, dévoile un fessier, un décolleté le temps d’une pose suggestive. La température monte d’un cran. Les libidineux se dévoilent pendant que j’hésite entre demeurer subjugué ou immortaliser la prestation. Puis Brandy passe d’un seul coup aux choses sérieuses (alias pas du cheap tease de pétasse mais de la vraie gym). Ses muscles se contractent, elle virevolte autour de la barre, ses talons me frôlent le visage alors qu’elle s’autorise en grand écart en plein tournoiement. C’est à ce moment qu’elle entreprend d’escalader la barre à la seule force de ses cuisses, tête en bas, torse bombé. J’imaginais à peine cela possible mais la voilà presque jusqu’au plafond, à poser, alterner les positions tout en redescendant. Toute la pièce fait silence tandis que les flashs crépitent, caressent son corps trop rapide pour la pellicule. Je n’ai jamais rien vu d’aussi époustouflant, érotique et impressionnant à la fois.

Le sort prend fin sous un tonnerre d’applaudissements. Brandy s’effondre dans les bras de son petit ami, à bout de souffle, le sourire tatoué aux lèvres. On lui tape sur l’épaule, une fille vient la voir pour lui témoigner son admiration, demander des conseils. Je ne peux pas m’empêcher d’aller la chercher, demander un portrait de son visage encore rouge, qu’elle tente d’essuyer dans une serviette comme elle peut. Elle sourit encore. Son mec (le mec barbu au tee jaune) me racontera que Brandy s’entraîne depuis trois ans, que pour elle il s’agit d’une performance, d’un spectacle qu’elle prend un immense plaisir à partager, pour les libidineux, les jalouses, les admiratrices et les petits garçons comme moi. Quand je lui demande comment lui fait pour pas péter un câble de voir sa nana en petite tenue se faire reluquer par cinquante personnes. Il me rétorque qu’il sait qu’elle ne fait pas ça pour ça, et que, de toute façon, au bout de la nuit, c’est avec lui qu’elle se couche. Pas faux.

Encore sous le charme, fiévreux, je suis resté à la soirée, discuté, profité et du coup rencontré des gens qui valaient vraiment le coup. Et quand je traversais le Brooklyn Bridge sur le siège passager de la voiture de Nelson, je me suis dit que quand même, fuck, qu’un petit bout de fille que j’aurais à peine regardé dans la rue puisse prendre et donner autant d’émotions. La reine de la soirée, une des meilleures de ma vie, c’était elle.






Classe.
C’est beau s’ke tu dis… Tu viens d’éclater toutes mes soirées suisses d’un coup d’un seul!
Et dire que tu as osé hésiter à prendre des photos…
Très très bel article!
C’est décidé, j’aurais une barre au milieu de mon salon…
Hé oui… On oublie trop souvent que le pole dance, ce n’est pas marcher autour d’une barre en tortillant des fesses, c’est plutôt ça:
right round-right rouuuund when you go down…
bref.
et c’est très difficile. encore plus qu’on ne le croit. il y a les talons.
Ouaiii !
J’aime beaucoup, presque autant que les spectacles de cirque de corde lisse ou de tissus aériens, le principe est assez semblable.
J’aime toujours autant te lire, continue.
un jour j’apprendrais ^^
Pff.. j’hésite encore entre qui est le plus canon, la fille en question ou son mec…
Comment oses-tu dire qu’elle est banale ? elles sont si bien que ça les N-yorkaises ?