J’aurais pas résisté longtemps. Une fois aux US of A, face à toutes ces couvertures aux couleurs chatoyantes, j’ai fini par acheter un truc. Le dernier Paul Auster était partout. Forcément, vu qu’il fait partie des quelques auteurs anglo-saxons avec un minimum de crédibilité littéraire (indépendamment de simples qualités de storyteller). Je me souviens de Seul dans le noir, que j’avais lu à la faveur de l’été, dans le sud, et qui m’avait laissé avec une sensation un peu étrange. C’était l’occasion d’en apprendre un peu plus sur un auteur qu’on m’aura beaucoup conseillé. Et puis lire un auteur New-Yorkais, de Brooklyn pour être plus précis, et né dans le New Jersey, à Newark, ça me semblait globalement logique. D’où Invisible dans ma besace, édition cartonnée, beaucoup plus chère en librairie que sur Amazon. Mais le charme bordayl, le charme. Problème, trois cent pages plus loin j’ai l’impression de ne pas être plus avancé à propos d’Auster.

Adam Walker est un étudiant en lettres d’à peine vingt ans lorsqu’il rencontre le français Born et sa petite amie Margot lors d’un diner à New York, en 1967. Born est plus âgé et s’attache vite à l’étudiant, va jusqu’à lui proposer de financer la création d’une revue littéraire. Mais très vite l’amitié naissance devient trouble. Born pousse Adam dans les bras de Margot, qui elle-même n’est pas contre se laisser faire, avant qu’un évènement tragique vienne tout changer. Voici la première partie des mémoires d’Adam Walker, à présent sexagénaire et leucémique. Son ami Freeman se retrouve en possession du manuscrit nommé « 1967 », qu’il dévore, poussé par la curiosité. Car Adam et Born vont être amenés à se recroiser au fil de cette année déterminante dans la vie du jeune étudiant. Pour peu que Freeman arrive à démêler le vrai du faux.

Okay j’ai menti, j’ai fait des recherches et appris des trucs sur Paul Auster. Par exemple il aime bien le méta-textuel, parler du texte dans le texte (un écrivain fictif qui retranscrit le texte du autre écrivain fictif). D’où ici une structure qui alterne entre présent et manuscrit passé, une narration qui oscille entre première, seconde et troisième personne suivant les parties du roman. Auster aime aussi cultiver le mystère, ne donnant que trop peu de réponses, laissant son lecteur dans le flou. Il faut aimer. Au moins le style est propre et efficace, les fulgurances plutôt rares. En bon écrivain bourré de tics et de clichés Auster cite un tas d’auteurs morts et disserte sur la littérature et la condition d’auteur par le biais de ses personnages. Mais il se lâche aussi à l’occasion d’une seconde partie sur un inceste consenti magnifiquement raconté. Perturbant dans tous les sens du terme. Néanmoins on ressort d’Invisible plus troublé que réellement convaincu.

A ce stade je pense que c’est fait exprès. Que le lecteur doit aimer le flou artistique et les non dits pour apprécier l’auteur. Ma frustration freine encore mon plaisir mais je ne désespère pas d’accrocher plus. Car je sens, je sais, qu’il y a, au milieu de la brume, quelque chose qui en vaut la peine.
Demain, report de la séance de ciné la plus dingue de ma vie.






brooklyn follies est le plus accessible de ses bouquins selon moi
et vite, vite, avatar !
Oui, clairement Auster est un auteur au style très particulier, et comme tu le dis si bien, il a tendance à mêler les écrits de ses personnages à son propre récit et à cumuler les digressions.
Tout ça fait qu’on se pomme un peu parfois, il faut aimer, moi j’aime
Je n’ai lu que La musique du hasard et La nuit de l’oracle…
Mais si c’est « perturbant dans tous les sens du terme », alors j’ai bien envie de lire Invisible…
Ça existe des français qui s’appellent Born ?
J’attends ta péripétie du ciné’, même si je la connais en long, en large et en travers. J’ai envie de pouvoir te redire que tu es carrément déglingué des neurones pour avoir fait tout ce périple! ;p