647 – I’ll Write You, Then I’ll Burn You

Cher mémoire,

Janvier est le mois où je vais te casser les dents. Tu vois le mec dans Ong Bak, quand il fait un coup de genou sauté dans la mâchoire. Bah pareil. Tu pensais t’en tirer pépère, genre tranquille et tout Le Reilly va jamais s’occuper de mes fesses. T’as presque cru avoir gagné quand ma boss de master m’a proposé de changer de sujet, tu t’es dit que j’allais analyser la stratégie de com’ de Mac Do ou expliquer pourquoi la publicité sur les blogs c’est une vaste fumisterie. Peine perdue, ça aurait été trop simple. Tu m’as suffisamment pourri la vie pour que j’estime devoir te faire payer. Alors je vais parler des couvertures de roman, de pourquoi y’a des photos d’auteurs, de pourquoi y’a peu d’images, tous ces trucs mégas chiants et qui ne changeront pas la face de l’édition française. Car le pire dans tout ça, mémoire de moi, c’est que tu ne serviras absolument à rien.

De toute façon je sais déjà comment tu finis. Je sais déjà que tu vas raconter que la France à une tradition de noblesse littéraire, que le livre de qualité ne doit pas se prostituer pour vendre. La preuve, c’est réservé à Marc Levy et Guillaume Musso les couvertures illustrées. Comme j’ai prévu de te rédiger avec un parti pris complètement subjectif, je bouclerai la conclusion en disant qu’en demeurant élitiste dans sa forme, le roman français se prive d’un public plus farouche, qu’une chatoyante jaquette aurait pu attirer. Et qu’en tant qu’individu priant pour l’élévation des masses et l’accès à la culture de qualité pour tous, je fais plus que le déplorer, je le condamne. Encore une fois depuis le fin fond de Neuilly où, rappelons le, personne ne vous entends crier. Aussi espèce d’empêcheur de rien branler en rond, je vais te forcer à être utile.

Mon excuse numéro un pour ne pas m’être occupé de ton cas c’était que j’escomptais rencontrer autant d’éditeurs que possible en vue d’interviews pour avoir du grain à moudre. C’est pas parce que je considère d’avance qu’ils ont tord que ça vaut pas le coup de comprendre quelle logique les pousse à avoir tord. Puis si l’un d’entre eux est assez malin pour voir que je suis plus profond qu’un connard de base, j’aurais quelque chose à lui montrer. C’est ma façon à moi d’injecter du sens dans un exercice aussi arbitraire qu’injuste. Et ne te méprends pas, j’irai jusqu’au bout cette fois. Parce que tu vois, cher mémoire, le truc c’est que je sais déjà comment ton histoire se termine, tout ce que tu as à raconter. Pour cette unique et simple raison, ce mois-ci, et tous les suivants jusqu’à ce que mort s’en suive, tu es ma bitch.

Cordialement,
Benjamin Le Reilly.

[Oh donc, oui, au fait, cette semaine c'est la semaine de la colère, de la haine, de j'aime pas, de j'aime rien. Parce que rien ne vaut un peu d'adrénaline, un mail ou deux d'insultes pour commencer l'année.]

9 réflexions sur “647 – I’ll Write You, Then I’ll Burn You

  1. Okay, c’est facile à dire depuis le peu de temps que je suis régulièrement ton blog (mais j’ai fouillé les archives, ça rattrape !), seulement ça doit être l’article de toi que je préfère. Illustrations comprises, petit ton impertinent, réflexion sous-jacente, tout ça… Si c’est ça tes colères, elles te vont sacrément bien.

    Pis même le choix m’intéresse en fait… Si tu veux une relecture simplement pour les fautes d’inattention et tout, ça me ferait vachement plaisir de le lire, ton putain de mémoire.

  2. @Iris:
    Bah c’est simple l’image: le machin rose au premier plan avec des trucs noirs et longs qui pendent à un bout, ça s’appelle une “fille”.
    L’autre bout de la “fille”, celui qui est rose, rond et sans les trucs longs et noirs (qu’on appelle “cheveux”) s’appelle une “paire de fesses”, et ça sert à ce qu’on tape dessus.
    Après, le bout rose et rond de la “fille”, la “paire de fesses” donc pour ceux qui suivent, devient encore plus rose, mais pas plus rond.
    Et de l’autre bout, celui avec les “cheveux”, y’a du bruit qui sort quand on tape le bout rond. Et plus le bout rond devient rose, plus l’autre bout fait du bruit.

    Ah! Et le truc en jeans derrière, ça s’appelle un “homme”. Sa fonction première est d’annihiler toute présence de bière de la surface de votre frigo et, dans certains cas plus rare, à inventer des armes capable de détruire la planète.

    Voilà…
    C’est mieux non?

    Comment? “Pas cette image là”???? Z’êtes sûr??

  3. Enfin l’absence d’illu c’est surtout pour la blanche, parce que la littérature des sales asociaux fans de Hobbits, même dans l’édition française, elle est vachement illustrée de la couv’ quand même.
    Mais c’est bon la haine. Je pratique aussi. Ca fait du bien.

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