Dimanche dernier je suis allé voir Gainsbourg, Vie Héroïque. Et sur le fond j’avais pas vraiment envie. Faut savoir que j’ai une image très mauvaise de Joann Sfar, le réalisateur. Ca date de l’époque où je naviguais dans le milieu de la BD, où il est une superstar. Le mec se faisait sucer chaque semaine dans Télérama, proposerait en sortant plusieurs albums par an grâce à son style « mochexprès ». Puis, grosse tête, Sfar pète des câbles en public et raconte n’importe quoi. En bon étudiant des Beaux-arts, il conchie prodigieusement la BD de genre, la fantasy, les dessins ciselé et le réalisme graphique. Parce que bien dessiner, c’est sale, c’est pas de l’Art. Go fuck yourself. Anyway. Entre ça et autres rumeurs et indiscrétions tombées dans mon oreille, le Sfar, je l’aime pas trop. Mais les bobos kiffent, les bobos l’adoubent réalisateur alors qu’il n’a jamais tenu une caméra, les bobos l’autorisent à faire un film branlette archi-commercial sur un héros de mon enfance. Fais chier.

Parce que Gainsbourg, c’était un peu la bande originale collatérale de quand j’étais môme, les disques qui passent le plus souvent à la radio. Je me rappelle le lieu et l’endroit où j’ai compris Lemon Incest. Alors je suis allé voir le film. Qui n’en est fait pas un film sur Gainsbourg mais un film pour, par et sur Joann Sfar. Tout ça commence dès l’affiche « Un conte de Joann Sfar ». Parce que Sfar ne fait pas du cinéma, le cinéma c’est un peu comme la BD de fantasy, c’est sale. Il fait un conte. Générique de début, un dessin animé avec… le style de Sfar. D’ailleurs, Gainsbourg, il dessine tout le temps dans le film. A chaque gros plan sur ses œuvres on reconnait… le style de Sfar. Come on ! De toute façon c’était foutu du départ, on pouvait pas échapper à Sfar. Mais ça, la bande annonce vous le dit pas. Ce qui aurait été couillu si ça n’était pas pour ne pas faire flipper le public. Mais tout le long du film Gainsbourg est suivi par son double, une caricature qui a les traits du style de…

Alors du fantastique, okay, pourquoi pas. Gainsbourg peut éventuellement s’y prêter. En plus le double géant biscornu est animé par l’immense Doug « Gollum » Jones (peut être le nom le plus bandant de l’affiche). Sauf que ça n’apporte pas grand-chose (euphémisme de “rien”), à part un petit décalage stylistique. Tout comme le passage où Eric Elmosnino est affublé d’une vraie tête de chou en plastique moche. Puis dans le second tiers du film le fantastique disparaît, le biopic plus conventionnel s’impose, et là, j’étais bien. Loin de l’esbroufe et des feintes, juste dans la vie d’un mec qui n’a pas besoin qu’on en rajoute pour être intéressante et sexy. De toute façon même dans le sobre le film ne sait pas quoi raconter, n’est pas construit autour d’une idée ou dans une optique de tout cohérent. A la fin la marionnette revient, et j’ai poussé un début de soupir. En ne choisissant pas d’aller au bout du délire (en le rendant vraiment utile narrativement ou thématiquement et pas juste plastique) ou de laisser tomber carrément l’idée, Sfar pose le cul de son film entre deux chaises.

Mais bon, c’est pas comme si c’était bien filmé non plus. Les trois quarts des plans sont sans aucun intérêt, purement utilitaires. A un moment la caméra saute pour suivre une action, c’est moche. A un autre moment une pièce est trop petite et la caméra doit couper une partie d’un personnage, c’est moche. A encore un autre moment Gainsbourg et Bardot sont dans un studio où les fenêtres en fond vert sont remplies par une photo floue et chromatiquement en décalage avec le reste de Paris, c’est moche. Et encore, quand Bardot arrive, on filme au ralenti ses pieds, son chien et on balance plein tube un de ses hits pour encore plus de subtilité, c’est moche. En fait tout le film est cinématographiquement dégueulasse, de quoi motiver n’importe quel étudiant réalisateur à la défenestration. En fait, le seul truc qui ne soit pas trop mal filmé, c’est les femmes. Parfois on se demande si tout ceci n’est pas un grand subterfuge de la part de Sfar pour filmer des filles à poil (et tenter de les sauter, true story, je peux pas en dire plus).

Heureusement, il reste les acteurs (à l’exception du môme, mais c’est pas sa faute, j’en reparlerai lundi). Elmosnino porte le film sur ses épaules de bout en bout et est aidé par le maquillage qui fait un sans faute dans le vieillissement de l’acteur. Casta assure mais pas autant que la regrettée Lucy Gordon en Jane Birkin, véritable rayon de soleil qui illumine le troisième tiers du film. Puis la musique est toujours là, supporte assez bien les petits arrangements que le compositeur lui fait parfois subir. Parce que malgré la mouline du style de branleur et des égos, Gainsbourg est assez fort pour réémerger, figure fascinante de l’artiste à la fois génial et maudit. Alors j’ai pris ce que j’avais à prendre dans cette accumulation de scénettes sans queue ni tête, les anecdotes, le jeu des acteurs, les belles femmes et la musique. Tout ça jusqu’au générique final, qui débute par une citation de Sfar, qui justifie son parti pris. Oui, à l’intérieur de l’œuvre, pas en interview, pas en making-of, pas hors de son film. Dedans.

Gainsbourg, Vie Héroïque, commence par Sfar, termine par Sfar et est plein de vrais morceaux de Sfar dedans tout du long. Et en définitif, c’est tout le reste que j’ai aimé. Si seulement c’était juste parce que je ne peux pas blairer le mec. Mais non. Si j’ai posé le personnage, remonté le temps et expliquer qui il est et comment il est arrivé là, c’est parce le plus gros problème de ce film, c’est son auteur. C’est juste. Fallait pas. Quelle tâche.
BONUS JOKE !!!
J’ai failli oublier. Mais à un moment, y’a Sara Forestier qui joue France Gall, c’est moche.
COME ON STAGE !!!
Ah sinon, fait assez rare pour être signalé, mais Thomas Clément est d’accord avec moi. Après, il reste une starfuckeuse, on le changera pas:
En revanche je suis complètement tombé sous le charme de Lucy Gordon. C’est con, je pourrais jamais la tomcaster… J’aurais adoré..
Techniquement quand quelqu’un de cool meurt, je suis triste parce qu’elle est morte (empathie), ou alors parce que je pourrais plus la voir (égoïsme). Mais plus pouvoir l’interviewer… come on dude…
Wow- La troisième image donne vraiment trop envie de voir le film. Du coup, euh. Wow.
ça ne m’en donne pas moins envie d’aller voir le film…
Ah oui, Gainsbourg qui dessine comme Sfar, ça m’avait aussi choqué dans la bande-annonce. Enfin, j’essaierai quand même de voir le film si l’occasion se présente. Parce que je ne déteste pas Sfar (remarque, j’ai jamais lu une seule de ses BDs, mais je regardais la version animée de Petit Vampire sur Gulli).
Et du coup, tu aimes pas Dionysos par ricochet ou ça va quand même ?
Je vais le voir dimanche… Merci pour cet élan d’optimisme. Je reviendrai poster ici pour émettre un avis.
C’est Jane Birkin qui a insisté pour que ce soit marqué “Un conte de…” et non pas un film, l’attaque est donc gratuite et sans interet ^^
“Jane Birkin, à bon conte…
C’est Jane Birkin qui a souhaité que sous le titre du film figure la mention “Un conte de Joann Sfar”, pour insister sur le fait que les dialogues et les situations ne sont pas forcément authentiques, même s’il est question de personnes qui ont réellement existé.”
Source: Allociné
je n’ai lu qu’une seule de ses bd.
evidemment le style du dessin m’a gene. c’est moche.
mais je comprends que les gens aiment ses bds à cause du message et de la sagesse qui en ressort. Mais peut-etre penses-tu que cela est pipeaute…
(ceci n’etait pas un message de congratulations pour M. Sfar btw ^^)
Sfar ressemble à Kubrick (jeune). On a dû lui dire ; depuis, ça coince un peu quand il passe une porte. Mais ce n’est pas Kubrick. Dors tranquille, Stan’.
Et bien figure-toi que je trouve ta critique très intéressante. Je ne suis pas allé aussi loin dans l’analyse mais je te rejoins sur plusieurs points. =^.^=
C’est vrai que le côté “Bon j’ai un personnage qui dessine beaucoup, il FAUT qu’il aie un style particulier, il va dessiner avec le MIEN”, c’est un peu… ouais.
Pour ma part j’ai plutôt bien aimé dans l’ensemble.
Mais juste… un truc qui m’a intriguée : pour toutes les personnalités de la chanson, on a des acteurs qui ressemblent un minimum à la personne, et se démerdent ensuite pour chanter (pas trop mal, dans l’ensemble ; toute la scène avec France Gall est ridicule mais j’ai eu l’impression que c’était exagéré à dessein.) Bon Sfar ne ressemble pas énormément à Brassens, mais un peu quand même, et on le voit moins d’une minute (si, si.)
Alors pourquoi, mais POURQUOI a-t-on un Boris Vian qui est un chanteur (que je ne connais pas) et qui ne ressemble absolument pas à Boris Vian ?C’est nul.
Oui, le détail. M’en fous, j’ai vu ce film comme un truc léger, sans rien analyser, parce que dans l’ensemble j’avais juste envie d’aller au ciné passer un bon moment, et que je ne connais pas tant que ça les originaux des “personnages”.
/D., na.
Tu connais pas Philippe Katerine ?
Non. Le nom me dit quelque chose, mais c’est tout. (Ou alors je fais de la prose sans le savoir, mais ça m’étonnerait beaucoup.)
http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/katerine non ?
Non. Et, euh, pas envie en fait, maintenant que j’ai écouté quelques extraits x_x
Eurk.
Bah moi j’irais pas, stou!!
“l’attaque est donc gratuite et sans interet ^^”"
En même tant c’est son film, pas celui de Birkin! Et c’est son nom qui est associé à la phrase “un conte de…”, pas celui de Birkin.
Si Jane Birkin me dit de me balancer par la fenêtre et que je le fais, c’est moi le con, pas elle. Non??
“Je viens de voir Gainsbourg (vie héroïque). Ça m’a déprimée. Tout est simplifié, infantilisé, le film ne se coltine aucune difficulté. Dès qu’il y en a une qui se présente, une marionnette avec un gros nez et de grosses oreilles apparaît. Et à la fin du film, il y a une phrase du mec qui te dit ce qu’il a voulu faire… Depuis quand les cinéastes ont besoin de mettre à l’écran leur note d’intention ? Sur la musique, sur l’inspiration, sur ce qu’est la provocation en politique et en art, c’est pas possible. Et après, tout le monde dit “C’est magique”… J’en suis sortie muette de révolte.”
C’est de Jeanne Balibar, dans une interview pour les inrocks.
Ta review m’y a fait penser.
http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/t/1264676401/article/rencontre-entre-jeanne-balibar-et-isabelle-carre/
Well well well…. T’avais raison.
Tu as gagné ton coup, je n’irai pas, et ta critique y est pour beaucoup !
Bonjour
Je suis amusée en lisant votre critique parce que… c’est exactement ce que j’en pense. Mais vous le dites bien mieux.
Je vous invite néanmoins à lire ma modeste critique : http://niocsamba.over-blog.com/article-joann-sfar-avec-une-bande-son-de-gainsbourg-43354380.html
Votre “Gainsbourg, Vie Héroïque, commence par Sfar, termine par Sfar et est plein de vrais morceaux de Sfar dedans tout du long. Et en définitif, c’est tout le reste que j’ai aimé.” m’a rappelé mon “ce que je n’ai pas aimé dans ce film, c’est toutes les intrusions de la personnalité et le style graphique de Sfar dans la vie de Gainsbourg”
J’aime voir que mon avis n’est pas complètement fou.
Excellente critique