672 – We Are Legion

L’autre midi je me suis fait offrir un Quick vers bibliothèque par un mec. J’ai accepté principalement parce que j’accepte toujours les burgers aux frais de la princesse, parce qu’il peut m’arroser en anti-ride Nivea For Men et qu’il a une copine qui lâche son stage au siège de MacDo dans pas longtemps. Bon, on a parlé aussi et c’était cool, jusqu’à ce que je réalise un truc. Holishit ce presque trentenaire a fait le Celsa ! Je veux dire qu’il a posé son cul dans les mêmes fauteuils que moi à quelques années d’intervalle ! Forcément dans ces cas là, les anciens se retrouvent toujours à me demander si telle ou telle prof est encore là et, surtout, si elle est encore bien canon. Alors on va plus loin que les burgers gratos, on échange des bouts d’anecdote, tel deux poilus revenus du front. Mais le plus étrange, c’est que j’arrête pas de tomber sur des anciens du Celsa. Partout.

Vous voyez la série Highlander, Duncan Mac Leod du clan Mac Leod. Un des trucs les plus trop la classe dans cette série, c’était quand Adrian Paul sentait un autre immortel dans les parages. T’avais le ralenti, le petit effet sonore bien cheap pour t’indiquer que merde, y’a un autre bad motherfucker dans le coin, et que ça va soit se faire un câlin, soit ça va sortir les épées pour se décapiter. Bon, bah avec le Celsa c’est un peu pareil en fait. Par exemple avant de rentrer dans l’école j’ai attiré l’attention d’un scénariste de BD qui avait fini sa scolarité là bas. D’ailleurs c’est lui qui m’aura poussé à postuler. Dans le même milieu BD, on est potes avec une dessinatrice qui a passé son master à Neuilly encore quelques années avant nous (avant d’aller bosser chez BDDP et de tout plaquer pour devenir artiste, sérieux je pourrais pas inventer un truc pareil !).

Et parfois ça finit par devenir très flippant. Prenez mon pote scénariste du début, qui rencontre une ancienne camarade de promo dans un TGV et finit par concrétiser un fantasme adolescent. Ou alors quand il file en Irlande pour un mariage, une fille de Master 2 se trouve parmi les convives et ils se retrouvent à cause de moi. On pourrait croire qu’à force de naviguer dans les milieux des la com, du marketing et des agences, il soit logique que je me retrouve face à face avec des anciens de mon école. Mais comment expliquer les coïncidences jusque dans la BD, jusque ces bâtards de roux d’Irlandais ? Je veux dire, avec cent vingt cinq élèves par promo, les statistiques sont faibles. D’où la seule conclusion possible, quelque chose de mystique se planque là-dessous.

Alors si vous me croisez, ne vous étonnez pas si j’ai la main crispée sur la poignée de mon katana et si je surveille les alentours, l’œil suspicieux. On ne sait jamais d’où débarquera le prochain Celsien. En attendant vous pouvez toujours tentez le concours pour vous retrouver marquer par le sceau de la destinée.

Demain, j’ai rien à raconter, du coup, hum, galère.

BONUS STAGE !!!

Ah, sinon, c’était marrant lundi sur TF1 dans l’émission avec Sarko de voir une bac+5 grande école de commerce privée de se plaindre de pas trouver de taf’ dans le marketing. Je sais que j’étais pas le seul à me dire qu’il fallait pas faire une école de merde aussi. Le mépris estudiantin, y’a que ça de vrai.

671 – Book Review 111

Chaque année depuis deux ans, on me demande pourquoi j’envoie pas un manuscrit au concours de romans de Technikart. La première fois MPLS n’était pas bouclé à temps. La seconde fois, je me suis dit que putain, un exemplaire me coûte 7,5€ en photocopies/reliure et que ça me casse les couilles. Puis j’ai vu ce qu’il advenait des gagnants. L’un d’entre eux n’a par exemple jamais réussi à placer son manuscrit, malgré la caution du magasine. Digression : si un des plus gros magasine hype galère pour pistonner ses propres gagnants, ça donne une idée de l’état de la presse mag (ou de l’édition) dans ce pays. Anyway. La gagnante de cette année, Carole Fives, a quand même trouvé un (très) petit éditeur pour relier son recueil de nouvelles : Le Passage. Notons, que leurs locaux sont en face de ceux de Tech. Je dis ça, je dis rien. Tout ça pour en arriver à lundi dernier, où a un diner on me passe un exemplaire de Quand nous serrons heureux.

Forcément, qui dit nouvelles dit un peu foutoir de pitch (malgré le fait que certains personnages se croisent timidement d’une histoire à l’autre). Si on devait trouver une thématique pour lier la vingtaine de récits qui composent le livre, ce serait la névrose/dépression. En gros tous les personnages sont bien fracassés et la plupart du temps c’est leur faute. On a une obsessionnelle de David Bowie, une traumatisée de sa laideur qui ne se supporte pas belle, une frigide qui découpe au scalpel le pénis du seul homme qui aura réussi à la faire jouir, une employée trop moche pour mériter une augmentation, une caissière suicidaire etc… Celles qui avaient lu le livre l’ont trouvé profondément déprimant, surtout en enchaînant les histoires. Sûrement mon côté cynique/pragmatique mais chaque personnage est prisonnier de sa propre névrose, chacun s’échine contre les barreaux de la cage qu’il a lui-même créé. J’étais plus dans une logique de bien fait pour leur gueule que de réelle compassion.

Petite réussite du recueil, le niveau des nouvelles est à peu près égal. Il n’y a pas de gros plantages qui plombent l’ensemble. Les histoires un peu clichés ou plus faibles ne durent de toute façon jamais très longtemps, chaque nouvelle ne s’étalant que sur une poignée de pages. Question style là encore la plume reste (malheureusement ?) cohérente. Une écriture agressive, qui alterne principale la première et seconde personne du singulier, use et abuse de l’indirect libre. Voilà qui donne un rythme assez soutenu à l’ensemble et favorise la vitesse de lecture. J’aurais bien aimé voir un peu plus d’expérimentations, peut-être sur une nouvelle plus lente, posée. A voir. Reste à parler du dernier récit, où un ami de l’auteur l’interpelle et critique le livre qu’on vient de parcourir. L’idée peut sembler séduisante, j’ai moyennement aimé dans le sens où ça brasse des choses convenues (les nouvelles c’est moins bien qu’un roman, l’écriture ça sert à rien) et où ça parasite mon propre ressenti.

On me dira que c’était sûrement fait exprès. Mais ça ne m’a pas moins gêné pour autant. Toujours est-il que dans le genre recueil de nouvelles, Quand nous serons heureux assure. C’est propre, cadré et plein de bonnes idées. J’aurais aimé que ça dure un peu plus longtemps, tout comme j’aurais adoré avoir des romans entier autour de certaines trames beaucoup trop courtes. Bon, bah au boulot Carole Fives ! Un roman naow !

Demain, on parlera d’Highlander (un peu) et de mon école (un peu).

670 – Pinball Wizard

Samedi soir je regardais Before Sunrise, qui est un très bon film. Ceci dit comme ça reste un long dialogue filmé sur deux heures, le réal essaie tout et n’importe quoi pour occuper les acteurs histoire de rendre ça un peu moins statique. A un moment, les deux personnages principaux jouent au flipper dans un bar Viennois. A chaque partie perdue, ils échangent leurs places. Au fond du canapé, j’ai pas pu m’empêcher de me souvenir à quel point les flippers, ou les « babasses » comme on disait à l’époque, ont pu animer ma vie de sale gosse Lyonnais. Un bref regard autour de moi et je constate que dans mon premier studio, j’ai toujours pas de flipper, décevant Le Reilly du passé. Etrangement ce vide a ravivé pas mal de souvenirs, d’une époque plus simple et de plaisirs au bout des doigts.

J’étais en primaire quand mon père avait chopé l’habitude de m’embarquer pour aller s’offrir quelques grilles de tiercé chaque dimanche matin. Il achetait le quotidien du jour, lisait les pronostics, cerclait au bic les chevaux qui lui semblaient pas si dégueulasses, le tout en sirotant quelque chose au bar. Puis enfin, il m’expliquait le pourquoi du comment du choix. Un peu comme si sa science pouvait le sauver des lois du hasard. J’ai retenu quelques règles de base pour bien parier. Ca ne m’a jamais servi. En fait les chevaux, perso, je m’en foutais un peu. Ce que je kiffais c’était mettre la pièce de cinq francs dans le flipper du bar. Et m’arranger pour que cette semaine, ma piécette, elle me dure un peu plus longtemps. Histoire de m’éviter d’aller quémander une pièce de plus que j’étais pas certain d’avoir. Parce que mine de rien, le flipper c’est un des trucs les plus cool jamais inventé.

Nintendo et sa wii peuvent aller se faire foutre. La dualshock aussi tant qu’à faire. Rien ne vaut le contact des boutons au bout des majeurs. S’ils sont en métal, c’est encore mieux. Quand tu files des kicks dans la machine, que tu frôles le tilt, tu kiffes pour bien plus que cinq francs. Mon kif perso, c’est les rampes, de voir la bille faire un tour de plateau vers on ne sait où, c’est con mais ça me fait penser à l’aventure. Encore c’est rien comparé au multi-bille de sa race. Des semaines d’entraînement pour gérer deux billes à la fois, puis trois, puis quatre, commencer à péter le high-score et laisser sa marque. Puis mon père à lâché le tiercé, à force de se faire engueuler par ma mère pour l’argent jeté par les fenêtres. Alors les babasses, bah c’était moins souvent, au hasard des sorties, des bars. Ca doit être là que j’ai juré de m’en offrir une.

Je m’étais renseigné. Ces saloperies ça coûte une blinde et ça tombe tout le temps en panne. D’ailleurs on n’en fabrique plus. Tous les stocks sont vintage, de collection. J’ai bien squatté des flippers en jeux-vidéos, mais c’est pas vraiment pareil. Quand la bille se faufile dans une rampe, mon cœur ne s’emballe pas. Même les versions Xbox 360 sa race HD ne valent rien contre mon modèle miniature en plastique de quand j’étais môme. Y’en a qui veulent des yachts, des porsches ou des chalets pour mettre des putes dedans. Tout ce que je veux c’est un bon vieux flipper, et un jour mettre mon fiston aux commandes. Parce que tuer le père, ça passe aussi par le high-score baby !

Demain, bouquin français !