Il existe des tonnes de raisons qui font que je ne vous ai jamais parlé de Fight Club. Les deux premières sont évidentes. Ensuite il y a le fait que je peux pas vous parler du film. Il me faudrait un blog entier, une thèse pour formuler une interprétation cohérente, pour faire justice à ce modèle de minutie et précision. Une seule note, ce serait une insulte. Si je ne cause pas du livre non plus, c’est purement et simplement que je ne l’ai pas lu, par opposition à la quasi-totalité des autres romans de Chuk Palahniuk. Je réalise que c’est paradoxal vis-à-vis de mon fanboyisme. Le problème réside dans la qualité intrinsèque du livre. Il est moins bon que le film. Je le sais parce que tout le monde le sait. A commencer par l’auteur lui-même, qui reconnait volontiers que le script est supérieur au roman. D’ailleurs il en parle avec Jim Uhls dans un des commentaires audio du Blu-Ray.

Ouais y’a plein de trucs dans ce collector…
Parce que les éditeurs de DVD sont parfois des ordures, ce commentaire s’est vu supprimé de l’édition originale en galette. Manque de place sans doute (bah ué, une poste française 5.1, ça monopolise l’espace) ou simplement de budget (traduire deux heures de bla bla pour trois pauvres fans, moyen niveau rentabilité). Un ami m’avait survendu le bonus. Comme quoi c’était juste fou à quel point les deux hommes ne se marchaient pas sur les pieds, chacun commentant et posant des questions sur le travail de l’autre avec autant d’admiration et de respect. Ca me semblait surréaliste. Que la jalousie ne prenne pas le dessus, que les égos restent en place. Après tout, Palahniuk a créé la putain d’histoire à la base merde ! Et d’un autre côté Uhls l’a sublimé, est allé plus loin que Chuck merde aussi ! Heureusement cet ami est trop gentil et m’a refilé son exemplaire de noël en trop, pour le prix d’un déjeuner. J’en culpabilise encore… Vraiment. Eddy, Je culpabilise.

Le commentaire n’est pas parfait, loin de là. D’une les deux hommes ne parlent qu’à peine la moitié du temps. Beaucoup de scènes où l’on s’ennuie. Quelques anecdotes sur le tournage fusent. Mais dès que les deux écrivains parlent scénario, narration ou structure c’est fascinant. Des scénes ont été modifiées, coupées ou rajoutées par rapport au roman. Et Chuck est curieux, demande quelle était l’intention, si telle ou telle ligne était improvisée. Pendant ce temps Uhls questionne parfois l’auteur sur l’intention originale, sur ce qu’il pense de l’état d’esprit de tel ou tel personnage à un moment donné. En tant que spectateur j’ai eu l’impression de voir deux artistes discuter d’une œuvre commune, la fusion de deux techniques et savoir faires différents. J’ai même appris une ou deux astuces d’écriture (sur l’usage d’une voix off ou les avantages d’un dialogue à la troisième personne). Fascinant de bout en bout.

Enfin, c’est pas comme si vous manquiez de raisons de revoir Fight Club de temps à autre. Rien que pour des pépites de dialogues comme « Une dernière volonté ? », « Toujours rien qui me vient… », « Humour flashback, très bon. » Ou pour l’effet sixième sens avec au bout de trente secondes de films le personnage qui te dit « Je le sais parce que Tyler le sait » ou quand il s’auto-frappe dans le bureau de son boss « Je ne sais pas pourquoi mais soudain j’ai repensé à mon premier combat avec Tyler ». Bon allez je me tais avant de commencer ma thèse.
Demain on parlera des choix.





