Bon, en vrai y’a un autre truc qui m’a grave haché menu les parties (pété les couilles) dans Gainsbourg, c’est les lignes de dialogue du Serge Gosse. Non parce que le môme, c’est limite une brutasse de la rhétorique, à menacer des officiels collabos pour frimer ou arriver à convaincre une bonnasse de poser nue pour lui. Sans parler de ses rêves pour plus tard. Il vouvoie, sort des mots compliqués, fait preuve d’ironie et de cynisme. Tout ça avant la puberté, y’a pas à dire, Gainsbourg, il déchirait sa race dans sa vraie vie d’enfance. A moins que le môme ne soit sur-écrit : trop fort, trop malin, trop instruit. C’est un peu le syndrome Juno (si vous trouvez que la gamine à 16 ans peut avoir autant de recul, de verve et de maturité que ça dans la vraie vie, arrêtez de lire cet article tout de suite et revenez demain), qui cartonne quasiment à tous les coups. Faut dire que les vrais gens, ça trouve ça trop cool la sagesse dans un corps si jeune ! On touche là à une grosse névrose bien franchouillarde, à savoir d’écrire des enfants qui parlent et pensent comme des adultes.

Les gosses c’est notre avenir et tout, d’ailleurs la vérité sort toujours de leur bouche et compagnie. L’enfant-roi, vient à présent s’immiscer dans la littérature sous l’avatar de l’enfant-surdoué. Prenez Paloma dans l’élégance du hérisson, la gamine qui pense se suicider parce que putain la lutte des classes c’est super injuste ! Rha la la c’est trop beau, une jeune fille si profonde ! Au bout de trois pages j’avais envie de jeter le truc par la fenêtre. Même tarif pour la lolipute d’Au secours pardon, qui à 14 ans discute de classiques français et de philosophie bac+5. Je pense donc maintenant à mini-Gainsbourg, qui m’a vrillé les oreilles à chaque fois qu’il l’ouvrait, mais ce n’est pas le seul exemple. Et le public en redemande, principalement parce qu’il est stupide, croit au père noël, à Jésus, aux enfants trop intelligents, ces conneries. Accessoirement ça arrange bien les scénaristes, non parce qu’écrire des dialogues pour un mioche, c’est hyper galère. A votre avis, pourquoi Le petit Nicolas c’est tant de la bombe ? Pourquoi les livres ont traversé les générations ? Parce que Goscinny arrivait à traiter de problématiques d’adultes avec une vision et des paroles d’enfant.

Un vrai gamin, ça ne gère pas le métalangage, très mal l’ironie et pas du tout le cynisme. C’est ce qu’on appelle l’innocence. Vous savez, le truc qu’on perd passé un certain âge. En bonus le phrasé est très différent, avec des fautes de grammaire, des anomalies de vocabulaire et surtout des expressions très étranges. Arriver à parler de thématiques sérieuses et grave, mais dans le véritable cadre de l’enfance, c’est un putain de tour de force d’écriture. Alors oui, l’effet Juno c’est cute, c’est différent, c’est même frais au début. Maintenant c’est devenu simplement de la fainéantise, un effet de manche gratos et qui émerveille son monde. Seulement, Le petit Nicolas est resté, impressionne plus, c’est pas pour rien. Même tarif pour La vie devant soi de Romain Gary.D’ailleurs j’en sais quelque chose. Dans MPLS, mon premier manuscrit, y’a un gosse à un moment, type cinq ans. En deux pages il doit faire passer beaucoup d’informations et d’émotions. Mais pour que le personnage adulte à qui il s’adresse soit réellement déstabilisé, il faut que l’innocence transparaisse dans les propos.

Je crois bien que c’est le dialogue que j’ai le plus rebossé, et dont je n’ai jamais été totalement satisfait. Alors oui, le garçon pourrait balancer des vraies phrases, genre « ça alors il est vraiment fin ce gosse ! ». Mais ça aurait été tellement céder à la facilité, au putain de cliché à la mode.
Tout ça pour expliquer pourquoi, en ce moment, ça m’arrive de grincer des dents quand je vais au cinoche, ou quand je regarde un film. Tous des branleurs namého !
Demain, je vais être relou, je vais disserter sur mon nouveau nouveau téléphone.
Et whataboute Malcolm ?
Il enchaîne erreur sur erreur, connerie sur connerie, a un vocabulaire plein de “hein”, “heu”, “même pas vrai” etc.. etc…
Son cerveau est super intelligent, mais il n’est pas mature et fais toutes les conneries de son âge tout en ayant un vocabulaire et des structures grammaticales d’enfant/ado.
J’ai connu une fille qui lisait du Nietzsche à 14 ans. Faut croire que ça existe.
Cela dit, à l’époque du jeune Serge, les enfants vouvoyaient bien plus qu’aujourd’hui et je suppose que ses parents appréciaient un peu de culture. Après, ouais, ironie & cynisme, ça se faisait peut-être moins.
Enfin bon, oui, tu as raison, un enfant “naturel” dans une œuvre de fiction, c’est difficile et on peut être tenté de céder à la facilité. “On dirait que l’enfant serait très mûr pour son âge.” (Lis donc “Le fils de l’homme Invisible”, le jeune François du début du livre est très bien retranscrit
)
Ta copine de 14 était russe d’origine pauvre lisant dans du français dans le texte et faisant des analyses de texte sur un blog ? (beigbeder, suicide toi)
Ah nan, franco-française peu présente sur la toile et qui a même lâché le lycée pour cause de rébellion (elle a quand même eu son bac en candidat libre).
Ah, elle me manque, v (rerere)réessayer de la (rerere)contacter.
Je ne peux que plussoier cette théorie avec laquelle tu m’as déjà suffisamment rabattu les oreilles…
Malgré tout j’ai adoré Juno, parce que pour le coup à 16 ans ça reste un poil plus crédible que la gamine de l’élégance du hérisson que j’ai bien aimé aussi BTW…
Arf je dois être une saleté de bobo qui cherche à se sentir faussement intellectuel :p
^^
En fait je pense que si les ados génies sont si populaire c’est surtout qu’a leur âge on était (enfin disons la majorité tout du moins, autrement certains vont crier) complexés et mal à l’aise à l’oral (et un peu stupide aussi), alors bon, voir un gosse de seize ans mettre à mal une logique d’adulte par la supériorité de sa répartie, c’est un peu un fantasme qui se réalise.
Mais en vrai l’ado s’embourbe, balbutie et manque de tourner de l’oeil (ou dit juste d’énorme conneries, au choix).
Je suppose quand même qu’il doit bien exister quelque part un ou deux petits génie de la rhétorique. (Pas très loin de la maison du Père Noël et de la grotte de l’Hommoursporc)
De toute façon la plus grande maîtrise de l’enfant géniale mais terriblement gosse en même temps ça reste calvin de calvin & hobbes, period!
Je suis donc une bobo qui me prend pour une intellectuelle.
Ahah!
Oh tu me fais tellement plaisir en disant ne pas avoir aimé Juno. Je désespérais, je ne pensais plus ça possible. Ce personnage improbable qui se fait engrosser et accouche sans que ça lui fasse rien ou presque qui sort un milliard de répliques trop cool, que même Daria à côté, elle en fait pas autant… (erreur de base, Daria est un personnage de dessin animé, on lui pardonne tout, et Juno n’est pas une sitcom non plus, c’est quand même un film indé avec des vélléités de réalisme).
Pour le film tiré du Petit Nicolas c’est un autre genre de bourdes car le gamin le plus tête-à-claques du film c’est lui. Bien peigné, bien repassé, il n’a plus rien à voir avec le gamin espiègle à la mèche en épi du bouquin (rappelons en plus que Sempé a été totalement écarté de la réalisation du film et que la fille Goscinny a su bien faire fructifier son porte-monnaie comme elle l’a toujours fait).
Moi aussi j’ai connu une fille surdouée pour son age (14): lisait littérature avec un grand “L” et une superbe repartie, très intelligente, quoi.
Mais tu as raison, elle avait pas la capacité de gérer un savoir et une sentimentalité d’adulte…. du coup elle était un peu hystérique, à base de “tu peux pas comprendre” (larme à l’œil). C’est bien dommage, je suis sûr qu’une bonne tarte dans sa face l’aurait remis dans le droit chemin!
@Mindan: ultra +1
“…et surtout des expressions très étranges.”
Compote de cul ?
Non mais ce qu’il faut dire aussi c’est que le gamin dans Gainsbourg, il joue super mal.
J’ai pas l’impression que c’est un probleme récent, ou spécialement a la mode maintenant. J’ai pas d’exemples en tete (“citation needed” fail), mais ca fait des années que des gamins qui se comportent comme des adultes (parce que écrits par des adultes qui se font pas chier a repenser a ce que cela fait d’etre un mioche), t’en vois/lis.
Mais a cette exception pres je suis toutaffay d’accord.
Le dernier film que j’ai vu qui a échappé a ce travers, c’est “The Fall” the Tarsem. Et il l’évite super bien (mais genre vraiment bien). Remarque, c’est normal, la prémisse du film repose la-dessus…
J’aimerais me permettre quelques remarques. J’ai actuellement 15 ans, j’ai lu Shakespeare, Voltaire, Rousseau et autres “Grands Auteurs”, de même que j’ai lu des ouvrages de Kant, de Descartes ou les Pensées de Pascal, j’étonne fréquemment mes professeurs en faisant des références à Montaigne ou autres et j’ai déjà plusieurs triomphes à mon actif dans le domaine du débat rhétorique. D’un autre côté je maitrise aussi une partie des mathématiques de niveau Première Année de Maths Sup Maths Spé et discute fréquemment de quaternions et autres joyeusetés avec mon professeur.
Donc l’affirmation selon laquelle “l’enfant surdoué n’est qu’un mythe”, je n’y crois pas trop. Après, je n’affirme pas que les adolescents comme moi se trouvent à chaque coin de rue, je sais très bien que je suis une exception mais ce qu’il faudrait plutôt reprocher au cinéma c’est plus d’employer le même cliché à la pelle plutôt que tenter de revenir dans quelque chose de plus courant dans le monde qui nous entoure.
Parce que sur ce point là je plussoie ce qui a été dit précédemment, l’adolescent logique et cultivé n’est pas une banalité.
(@Ako : Pourtant, je reste généralement assez éloigné de la maison du Père Noël et de la grotte de l’Hommeoursporc, ils sont souvent de mauvaise humeur =) )
C’est bon, je suis satisfaite, quelqu’un a cité Calvin. Mon ultime référence en terme de ” je suis beaucoup trop éveillé pour mon age”. Parce que plus gosse, on ne fait pas, et plus awesome, on ne fait pas non plus.
Bon, après, j’aime aussi Juno, L’élégance du hérisson, et je m’endors en lisant Kant.