700 – Half(No)Life

Entre huit et dix heures. C’est le temps que je passe à bloguer. Par semaine. Depuis presque deux ans. Ouille. Et attention je n’inclue pas le temps passé à twitter, squatter les billets des autres et compagnie. Entre huit et dix heures, c’est ce qu’il me fait pour écrire, faire mes petites images, mettre en ligne et administrer. Quand j’y pense, c’est presque un boulot à mi-temps. Faut dire que je continue à m’astreindre à la régularité, à si possible une heure fixe (minuit GMT remember) et à une certaine quantité de texte minimale, mesurée au paragraphe près. Chaque fois que j’en parle les gens me regardent avec des yeux un peu flippés. Je fais parfois peur à d’autres blogueurs dits « influents ». Mais je m’épanouis sous le joug de mes propres contraintes arbitraires. Même s’il m’arrive de trouver que ce blog passe parfois pas loin d’un vrai job. En tout cas ça y ressemble beaucoup.

Comme dans un vrai job j’ai des collègues, des gens que je vois pour boire des coups et partager un MacDo à deux heures du matin devant You Don’t Mess With The Zohan sur Canal + Décalé (true story). On se tient au courant de nos affaires en cours, de l’avancée de nos objectifs chiffrés. Lundi je me suis réveillé avec quatre followers Twitter en moins, c’était la déprime de bon mat… aprem’. Au moins je suis nettement moins sensible aux stats qu’avant. Disons que je les regarde du coin de l’œil une fois par jour. C’est à peu près stable, en progression très lente. La masse critique a été atteinte y’a un petit moment. Comme un vrai job le blog m’apporte des tonnes de trucs, des rencontres avec des lecteurs, des gens improbables Et surtout, car c’est la moitié de son but (l’autre étant de produire du contenu, divertir et instruire), il m’offre moult opportunités, qui vont des offres de stage aux correcteurs de manuscrits pas payés du tout. Mais comme un vrai job, le blog, il faut savoir en prendre des vacances.

Ma meilleure amie me gave depuis plusieurs mois. Elle voudrait faire un blog BD. Après tout elle dessine mieux que 99% de la blogo BD et pour une autiste sociale comme elle, ça serait un bon moyen de se faire de la pub, de rencontrer des gens. Cette simple idée me déprime. Parce qu’elle, comme quelques autres, sont ma bouffée d’air. Des gens importants de ma vie qui n’ont pas de blog, pas de twitter, ne se branlent pas sur des opérations marketings qui n’intéressent personne dans le monde réel. Pour que la blogo et cet exercice quotidien ne me bouffent pas, pour que les bons côtés ne finissent pas submergés par les contraintes, j’ai besoin d’une échappatoire. De décrocher quelques heures le temps d’un ciné, d’une partie de Xbox, d’un restau où ça ne capte pas, d’une nuit avec une fille loin de ces considérations absurdes. Ces temps-ci je me fais parfois peur rien qu’à voir certaines personnes, esclaves de la machine 2.0. Et je sais que je possède moi aussi une partie de leurs tics qui m’effraient.

Je dis souvent (je radote, je sais), que quand j’aurais signé et touché un vrai chèque de publication, je me tirerai loin, avec juste Word et un boxer de bain. En vérité j’ignore si j’aurai l’occasion de le faire. Ce qui est certain, c’est que si jamais ça doit arriver, je l’aurais clairement putain de mérité.

Mais c’est pas pour tout de suite, ce qui explique que demain on parle de négation de l’envie.

699 – Blowing A Smoke

Finalement ils l’ont lancée cette campagne anti-tabac. Enfin, lancée, disons qu’elle apparaît sur le web, accompagnée d’une levée de boucliers. La secrétaire d’Etat à la famille va même lancer une procédure pour l’interdire. On y voit des teens, à priori mineurs, sucer une cigarette qui dépasse d’un pantalon à pince avec une main qui leur caresse les cheveux. Slogan d’en dessous, « Dude, si tu fumes t’es l’esclave du tabac ! ». Du coup ça pète un peu des câbles à droite et à gauche. Les réactions sont épidermiques, on ne comprend pas comment on peut traiter les gens d’esclave, amalgamer une fellation à l’esclavagisme. On traite les créatifs de gros abrutis qui sniffent de la poudre et tout. Sauf que j’étais là quand la campagne a été créée. C’était quelques semaines avant mon départ de l’agence. Et sur le moment franchement moi je l’aimais bien cette pub. En tant qu’anti fumeur je la trouvais bien burnée et pile à la limite du mauvais goût. Du bon côté de la limite. Sauf qu’à l’époque, le slogan, c’était pas exactement le même.

Je l’aimais tellement bien cette affiche que je m’étais même proposé pour faire le photoshoot prototype, celui qui sert de prototype à exhiber en réunions pour validation avant un véritable shooting. Sachez que c’est particulièrement perturbant de prendre appui contre une braguette avec une cigarette, y compris pour de faux. Mais on s’était bien marré et le résultat final était même assez sympa. Il existe donc dans un de leurs ordinateurs une version de cette affiche avec ma tête, mon visage. J’en avais fait une copie mais j’ai pas eu le temps de la récupérer avant de filer. Dommage. Vraiment. Ca aurait fait un beau collector. Tout ça pour dire que la campagne a été conçue dans le fun le plus total, bonne ambiance. A aucun moment qui que ce soit n’avait trouvé ça too much, trop osé, trop à côté de la plaque. Moi y compris. Les médias et blogs avancent comme explication à cette hystérie collective la cocaïne qui, dans l’imaginaire collectif, est légion sur les bureaux des créatifs (en ce qui me concerne j’avais des Oreos blancs, chacun son truc). Perso, je pense juste que le premier slogan était bien meilleur et s’est simplement perdu en chemin.

A l’origine, l’accroche en bas de la photo disait textuellement « Faites plaisir à l’industrie du tabac, continuez à fumer ». Maïa serait contente. On assimile bel et bien la fellation à du plaisir et non une contrainte. Une révoltée de moins. Ce n’est plus les fumeurs qui sont pointés du doigt, mais l’industrie du tabac. C’est contre eux que cette première accroche se battait, engageant les fumeurs par ricochet à arrêter, pour cesser d’engraisser des gangsters en col blanc. On ne les prenait plus pour « des esclaves du tabac », qui est trop fort et peut-être un peu à côté de la plaque. Après qu’est-ce qui a bien pu se passer entre mon départ et la diffusion pour justifier les modifications de l’accroche ? Je n’étais plus là, je n’en sais donc rien et ne peut que supposer. Les filtres (see what I did there ? ^^) sont tellement nombreux qu’une bonne idée est souvent dénaturée en route pour des raisons plus ou moins valable. Je ne peux pas me permettre de m’avancer pour eux. Tout ce dont je suis certain c’est qu’à l’époque la campagne, je la trouvais vraiment bonne, et que maintenant, bah je crois que je comprends un peu ce lynchage généralisé.

Si vous voulez ne retenir qu'une chose de cet article, retenez bien ça.

Alors oui, même avec l’accroche de base ça aurait choqué, mais peut-être un peu de moins, en tout cas pour des raisons moins “glauques”. Et je l’aurais défendue jusqu’au bout, clairement. Tout ça pour peut-être dire que les créas ne sont pas forcément tous cokés, et qu’en fait la pub, c’est un boulot de précision, où c’est pas mal utile d’avoir un bon dico. Parce qu’il est facile de manier une image de travers, de renvoyer le mauvais message et stigmatiser les mauvaises personnes. Ceci tend à prouver deux choses. Que la première idée est souvent la meilleure (facile à dire, très dur à défendre dans la vraie vie). Et surtout que quand tout une équipe à la tête dans le guidon, elle ne réalise pas forcément que le message de base se dénature, puisque tout le monde a en tête l’intention et ne prend pas conscience de ce que devient le résultat.

Bon du coup ma critique du script de Last Man est repoussée à samedi, actualité parasite oblige. Demain, note 700, anniversaire, bilan, toussa.

699 Bis – Quick Book Review 116

Non mais cette semaine j’ai lu un livre hein, juste c’était un peu naze. Mais bon, première partie d’une trilogie best seller, grosse licence pour ados, adaptation ciné en pourparler. Sur le papier ça pouvait le faire. Sauf que non.

En gros c’est l’histoire d’une nana qui quand elle dort s’incruste malgré elle dans les rêves des autres et ça lui pourrit la vie. Jusqu’à ce qu’elle tombe dans le rêve du beau brun ténébreux de l’école qui cauchemarde des trucs bien glauques. Alors elle essaie de l’aider et ils font des bisous au fur et à mesure qu’elle maitrise son pouvoir. Voilà. C’est pour les minettes et le genre tout laid écrit à la va vite. L’enchaînement des phrases est souvent malheureux, les règles de l’univers changent tout le temps et à part quelques trucs un peu cul par ci par là, rien qui ne vaille la peine de se relever la nuit (See what I did there ? ^^).

Next.