698 – There Can Be Only One

Je me souviens très précisément du jour où j’ai acheté le premier numéro de Y : The Last Man. C’était en septembre 2002. J’avais donc seize ans. A l’époque j’achetais pas de comics Vertigo, le label adulte de DC Comics. Les dessins n’étaient pas très flashy, les histoires semblent un peu reloues. Mais la couverture de Y, putain, cette peinture de JG Jones, elle a réussi à me bouffer le cerveau. Sans lire le truc, j’ai déboursé ma poignée d’euros et je suis rentré avec. En janvier 2008, j’achetais le dernier numéro, le 60, de ce qui est et restera autant une révélation pour moi que le meilleur comic que j’ai pu lire de ma vie. J’ai conscience que c’est tout sauf objectif, mais que peu de gens peuvent oser prétendre que The Last Man n’est pas un petit chef d’œuvre. La série remportera d’ailleurs un Eisner Award (la plus prestigieuse récompense US possible) pour une série à suivre l’année où elle s’acheva.

Comme quoi, une belle couv' ça joue.

Y : The Last Man, c’est l’histoire, comme son titre l’indique, de Yorick Brown, le dernier homme sur Terre. Un mal mystérieux s’est abattu sur la surface du globe, tuant chaque homme ou animal porteur d’un chromosome Y. Seuls ont survécu Yorick et son capucin, Ampersand. Pour l’ado attardé qu’est Yorick, une seule chose compte, retrouver Beth, sa petite amie, disparue à l’autre bout du monde au moment de la catastrophe. Mais sa mère, politicienne promue au gouvernement avec la mort des males, est bien décidée à ce que Yorick sauve la race humaine. Pour ça il aura besoin de l’aide du docteur Mann, une spécialiste en clonage et génétique. Traqué à la fois par des Néo-Amazones gynarchistes qui veulent l’assassiner et par des soldats étrangers qui veulent le kidnapper, Yorick peut compter sur l’agent spécial 355, machine à tuer rompue à toutes les techniques de combat. Mais le plus dur reste peut-être de supporter d’être le dernier homme sur terre, potentiellement à jamais.

La série possède trois atouts scénaristiques qui la différencie de la masse. Déjà le worldbuilding est en béton. Une bonne partie du plaisir de la série est de découvrir comment pourrait fonctionner un monde sans hommes, avec les carences et réorganisations que ça suppose. Chaque numéro ajoute sa pierre à l’édifice du tableau d’un univers fascinant et incroyablement bien construit. Ensuite la série use et abuse de la décompression narrative, laissant une place importante aux dialogues et à l’évolution des personnages. Bien sûr qu’on se demande le pourquoi du comment et s’ils vont s’en tirer. Mais c’est presque moins important que d’observer Yorick, 355 et les autres évoluer au fil de l’aventure, étudier leurs états d’âmes et sentiments. Enfin, et peut-être le plus important, Brian K. Vaughan, le scénariste, est une brute épaisse en cliffhangers, ces petits suspenses de pute en fin de numéro. J’ai rarement autant appris qu’en étudiant la manière dont il a construit chacun des soixante chapitres de sa saga tout en hurlant à la mort à l’idée de devoir attendre un mois pour avoir la suite à chaque fois.

Une qualité d'écriture qui aura value à Vaughan de rejoindre le staff de Lost, qui lui rendra bien. La preuve dans cet épisode de l'année dernière. Epic win.

Alors tout n’est pas rose, quelques arcs narratifs sont un peu moins bons, surtout dans le troisième quart. Mais la fin est à la hauteur des attentes, m’ayant fait mouiller l’œil au dessus du dernier numéro. Longtemps j’ai dit que je ne voulais pas crever avant d’avoir lu la fin de Y, maintenant que je l’ai fait, ces personnages continuent à me hanter, à me manquer. Peut-être le moment de tirer mon chapeau à Pia Guerra, la dessinatrice qui, durant la quasi totalement de l’aventure, a su avec un style simple et clair insuffler vie et émotion à ce monde et ces héros inoubliables. Il me reste mes éditions reliées, celles que je prête à quiconque s’intéresse un peu aux comics. Brian Vaughan n’a pas fait que relancer le label Vertigo en perte de vitesse, il a créé une histoire qui dépasse les conventions, qui plaît autant aux adultes qu’aux ados, et qui reste le comic qui se passe le plus facilement aux réfractaires de la bande dessinée. Y compris, et peut-être surtout, aux filles.

Après tout on a un comic où 99% des persos sont des filles et où elles sont toutes complexes, fortes et indépendantes. Approuvé par mes amies de la vraie vie.

La place me manque plus que les mots, tant je pourrais discourir sur cette série pendant des notes et des notes. Des dizaines de sites l’ont déjà fait de toute façon. Si jamais vous ne deviez lire qu’un seul comic, lisez celui-là. De toute façon on en reparlera, vu qu’une adaptation cinéma est quasiment certaine. D’ailleurs la semaine dernière le script a circulé avant de se faire descendre par le studio, bien vénère. Oh, wait, je l’ai. Et je l’ai lu. On en parle demain.

AMAZON STAGE !!!

Si vous êtes francophone, ruez-vous sur le T1, pas assez cher mon fils putain ! (Marche aussi en cadeau de dernière minute pour un anniv’)

Ou si vous êtes anglophones, ruez-vous sur l’édition deluxe couverture cartonnée papier glacé et format géant pour clairement pas assez cher mon fils putain ! (Prix à la page bien inférieur à l’édition française, pourtant moins luxueuse)

CHEAP STAGE !!!

Ou si vous n’avez pas de thune, vous pouvez toujours télécharger le premier numéro pour pas un rond sur le site officiel de Vertigo.

697 – The Sum Of All Fears

Je suis nul pour retenir les anniversaires, mais pour les dates auxquelles j’écris des trucs, y’a aucun problème. Par exemple je suis capable de vous donner la quantité de texte que j’ai pu rédiger ces derniers mois. Mon nouveau manuscrit aura été écrit au rythme de 2/3 heures par jour à partir du 11 mai 2009 sur une période ininterrompue de cinq semaines. Il m’aura fallu cinq semaines de plus en octobre pour le réécrire. Ensuite j’ai commencé Perfect Ten en écrivant le premier chapitre à cheval entre le 1er et seize décembre. Depuis, j’aurais commencé deux nouvelles qui rament leur race à avancer. Parce que, rappelons-le, ça me casse prodigieusement les couilles. Si je vous dis tout ça, c’est d’une par pour faire un ti bilan, d’autre part parce que ça fait quelques temps que j’ai l’impression de plus rien foutre niveau écriture. Même si en fait, finalement, quand même pas mal.

Heureusement que mon année sabbatique de redoublement dépressif touche à sa fin. Parce que l’errance semble avoir des effets néfastes sur ma production. A moins que ce ne soit la peur. En réalité mon nouveau manuscrit est, ou est en passe d’être, entièrement corrigé orthographiquement, syntaxiquement. Un coup de mise en page et d’impression et c’est bouclé. Et faut partir au front. Encore. Le truc c’est que si j’ai toujours autant la trouille de me vautrer cette fois encore, j’ai une nouvelle peur, celle de galérer à mort pour repartir derrière. C’est peut-être une passade, mais je suis vraiment épuisé. Ouvrir Word me file un mal de crâne pas possible tandis que les idées et les envies se bousculent sous mon crâne. L’idée de devoir repartir à zéro, de jongler avec un projet supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux réécritures en attente, ça m’angoisse, au sens premier du terme.

L’autre nuit j’ai rêvé qu’un auteur à succès me disait que mon bouquin, c’était de la merde. Je ne me suis pas réveillé en nage, mais pas loin. Tout ça dans un climat un peu merdique. Avec des potes qui me disent que ouais, vu le milieu de l’édition en ce moment, franchement je devrais accepter à peu près n’importe quoi j’aurais pas à me plaindre. Ou d’autres qui me disent avec l’œil de l’ancien que bon, c’est cool hein mais c’est tellement de la merde le marché en ce moment, que bon, faut rien espérer. Je ne vais pas pointer du doigt la crise, mais j’ai l’impression que les gens sont assez déprimés et j’en suis une sorte de dommage collatéral. On me demande parfois comment je fais pour avoir à ce point confiance. C’est pas de la prétention, enfin si, un peu, mais c’est surtout de l’espoir concentré, du sirop d’optimisme, de la force de volonté en mithril.

La procrastination a ses limites. Va falloir y aller. D’ailleurs je reprendre bientôt le boulot, genre en stage. Et j’ai réussi à remailler ma directrice de mémoire, pour la première fois depuis le 17 septembre (encore une date tiens). Faut juste survivre aux naysayers et prouver, une fois encore, que putain j’ai raison d’y croire. Si si.

Demain on parlera d’un comic.

696 – Cine Club 88

Mercredi dernier sortait The Wolfman, ou comment Universal tente de relancer son catalogue de monstres classiques. Le film aura été retourné, remonté plusieurs fois, engueulades et compagnie. Normal que le résultat soit relativement moche, enfin, disons que c’est sympa mais pas top. Sachant qu’à titre personnel revenir aux origines une fois de plus ça me les brise menu. Pourtant je suis fan absolu du loup-garou comme créature mythologique. Trop peu exploité, le monstre peut revêtir un tas de formes et se prête à des métaphores et autres considérations psycho beaucoup plus denses qu’un vampire (owi la jeunesse, l’immortalité, la séduction trop profooond). A l’occasion on parlera du Loup-garou de Londres, qui est un film avec lequel faut pas déconner. Mais sinon, on peut faire du werewolf complètement bourrin et crétin avec trois centimes et obtenir un résultat plus que classieux. Aujourd’hui on va parler du petit film classe qu’est Dog Soldiers.

Une des affiches les plus cheap de tous les temps, ever.

La campagne anglaise, c’est de la merde. Non seulement il pleut, y’a du brouillard et il fait froid, mais si tu pars camper avec ta meuf, tu te fais dévorer tout cru. Quelques jours plus tard, une team de soldats britanniques font un exercice à balles réelles dans la même forêt (don’t ask). C’est peu avant la tombée de la nuit qu’ils tombent sur un soldat d’un autre commando dont il est le seul survivant. L’homme peine à être cohérent et alors que nos bleusailles tentent de le ramener à la voiture, ils se retrouvent attaqués par des gros loups et forcés d’aller se refugier dans une cabane au milieu d’une clairière. Là bas ils subissent les assauts quasi ininterrompus de ce qui s’avère être une bande de loups-garous qui ont sérieusement la dalle. Pour l’escouade de soldats, le survivant et une scientifique récupérée au passage, leur seule chance de survie consiste à tenir le siège jusqu’au l’aube, dans l’espoir que les werewolves reprennent forme humaine.

Bon, en gros, Dog Soldiers c’est Aliens dans la campagne anglaise avec des loups. Ici on ne se pose pas la question de l’historique de la maladie ou du virus de sa mère je sais pas quoi. Y’a juste des loups garous, ils ont faim, et puis voilà. Parce que les bases, dans l’horreur, c’est efficace. Derrière la caméra, Neil Mashall réalise son premier film avant son premier vrai succès international que sera The Descent. Mais déjà Dog Soldiers était bien burné, avec des décapitations, du sang qui gicle et des bidasses qui jurent en anglais. Comme la production n’a pas de thune, les loups sont presque toujours des costumes ou animatronic, le charme discret des poupées géantes permet au film de ne pas avoir vieilli. Alors oui, ça casse pas trois pattes à un canard, mais pour une production européenne à petit budget, ça défonce.

Puis le design des monstres dans celui là, bah il est cool. Avec en mention spéciale tous les twists bien débiles sur la fin et une énième resucée du « Bon on a un mec dans l’équipe qui a été mordu, qu’est-ce qui pourrait nous arriver d’affreux si on le bute pas ? ». Bête, méchant et drôle, Dog Soldiers, c’est la classe du samedi en deuxième partie de soirée.

Demain, je sais pas du tout de quoi on parlera.

CHEAP TRAILER STAGE !!!

Dieu que ce trailer est cheap… C’est honteux.