Je me souviens très précisément du jour où j’ai acheté le premier numéro de Y : The Last Man. C’était en septembre 2002. J’avais donc seize ans. A l’époque j’achetais pas de comics Vertigo, le label adulte de DC Comics. Les dessins n’étaient pas très flashy, les histoires semblent un peu reloues. Mais la couverture de Y, putain, cette peinture de JG Jones, elle a réussi à me bouffer le cerveau. Sans lire le truc, j’ai déboursé ma poignée d’euros et je suis rentré avec. En janvier 2008, j’achetais le dernier numéro, le 60, de ce qui est et restera autant une révélation pour moi que le meilleur comic que j’ai pu lire de ma vie. J’ai conscience que c’est tout sauf objectif, mais que peu de gens peuvent oser prétendre que The Last Man n’est pas un petit chef d’œuvre. La série remportera d’ailleurs un Eisner Award (la plus prestigieuse récompense US possible) pour une série à suivre l’année où elle s’acheva.

Comme quoi, une belle couv' ça joue.
Y : The Last Man, c’est l’histoire, comme son titre l’indique, de Yorick Brown, le dernier homme sur Terre. Un mal mystérieux s’est abattu sur la surface du globe, tuant chaque homme ou animal porteur d’un chromosome Y. Seuls ont survécu Yorick et son capucin, Ampersand. Pour l’ado attardé qu’est Yorick, une seule chose compte, retrouver Beth, sa petite amie, disparue à l’autre bout du monde au moment de la catastrophe. Mais sa mère, politicienne promue au gouvernement avec la mort des males, est bien décidée à ce que Yorick sauve la race humaine. Pour ça il aura besoin de l’aide du docteur Mann, une spécialiste en clonage et génétique. Traqué à la fois par des Néo-Amazones gynarchistes qui veulent l’assassiner et par des soldats étrangers qui veulent le kidnapper, Yorick peut compter sur l’agent spécial 355, machine à tuer rompue à toutes les techniques de combat. Mais le plus dur reste peut-être de supporter d’être le dernier homme sur terre, potentiellement à jamais.

La série possède trois atouts scénaristiques qui la différencie de la masse. Déjà le worldbuilding est en béton. Une bonne partie du plaisir de la série est de découvrir comment pourrait fonctionner un monde sans hommes, avec les carences et réorganisations que ça suppose. Chaque numéro ajoute sa pierre à l’édifice du tableau d’un univers fascinant et incroyablement bien construit. Ensuite la série use et abuse de la décompression narrative, laissant une place importante aux dialogues et à l’évolution des personnages. Bien sûr qu’on se demande le pourquoi du comment et s’ils vont s’en tirer. Mais c’est presque moins important que d’observer Yorick, 355 et les autres évoluer au fil de l’aventure, étudier leurs états d’âmes et sentiments. Enfin, et peut-être le plus important, Brian K. Vaughan, le scénariste, est une brute épaisse en cliffhangers, ces petits suspenses de pute en fin de numéro. J’ai rarement autant appris qu’en étudiant la manière dont il a construit chacun des soixante chapitres de sa saga tout en hurlant à la mort à l’idée de devoir attendre un mois pour avoir la suite à chaque fois.

Une qualité d'écriture qui aura value à Vaughan de rejoindre le staff de Lost, qui lui rendra bien. La preuve dans cet épisode de l'année dernière. Epic win.
Alors tout n’est pas rose, quelques arcs narratifs sont un peu moins bons, surtout dans le troisième quart. Mais la fin est à la hauteur des attentes, m’ayant fait mouiller l’œil au dessus du dernier numéro. Longtemps j’ai dit que je ne voulais pas crever avant d’avoir lu la fin de Y, maintenant que je l’ai fait, ces personnages continuent à me hanter, à me manquer. Peut-être le moment de tirer mon chapeau à Pia Guerra, la dessinatrice qui, durant la quasi totalement de l’aventure, a su avec un style simple et clair insuffler vie et émotion à ce monde et ces héros inoubliables. Il me reste mes éditions reliées, celles que je prête à quiconque s’intéresse un peu aux comics. Brian Vaughan n’a pas fait que relancer le label Vertigo en perte de vitesse, il a créé une histoire qui dépasse les conventions, qui plaît autant aux adultes qu’aux ados, et qui reste le comic qui se passe le plus facilement aux réfractaires de la bande dessinée. Y compris, et peut-être surtout, aux filles.

Après tout on a un comic où 99% des persos sont des filles et où elles sont toutes complexes, fortes et indépendantes. Approuvé par mes amies de la vraie vie.
La place me manque plus que les mots, tant je pourrais discourir sur cette série pendant des notes et des notes. Des dizaines de sites l’ont déjà fait de toute façon. Si jamais vous ne deviez lire qu’un seul comic, lisez celui-là. De toute façon on en reparlera, vu qu’une adaptation cinéma est quasiment certaine. D’ailleurs la semaine dernière le script a circulé avant de se faire descendre par le studio, bien vénère. Oh, wait, je l’ai. Et je l’ai lu. On en parle demain.
AMAZON STAGE !!!
Si vous êtes francophone, ruez-vous sur le T1, pas assez cher mon fils putain ! (Marche aussi en cadeau de dernière minute pour un anniv’)
Ou si vous êtes anglophones, ruez-vous sur l’édition deluxe couverture cartonnée papier glacé et format géant pour clairement pas assez cher mon fils putain ! (Prix à la page bien inférieur à l’édition française, pourtant moins luxueuse)
CHEAP STAGE !!!
Ou si vous n’avez pas de thune, vous pouvez toujours télécharger le premier numéro pour pas un rond sur le site officiel de Vertigo.





