692 – Book Review 115

Il y a douze ans, Eric Garcia est un jeune wannabe scénariste à Hollywood. Il écrit une nouvelle de treize pages avec un pitch suffisamment bon pour qu’il envisage d’en faire un bouquin (oh, ça corrobore pas DU TOUT ma théorie sur les nouvelles). Un de ses amis scénariste lit le premier draft et lui propose d’en faire un script. Il leur faudra six ans de réécritures pour arriver à vendre The Repossession Mambo à un studio, principalement grâce à l’appui de Jude Law qui tient absolument à faire le rôle titre. Pendant que le film entre en pré-prod et se heurte à un autre film (Repo, The Genetic Orchestra) qui possède « étrangement » le même pitch, Eric Garcia retourne sur Word et boucle son roman, utilisant les avancées faites sur le script et son premier draft pour créer un hybride des deux. Boosté à mort par le film, j’ai donc lu le bouquin.

Dans un avenir proche, la plupart des organes du corps humain peuvent être remplacés par des équivalents mécaniques, les Artiforgs. Leur prix est exorbitant, sans parler de l’explosion des taux d’intérêts dans un contexte de crise mondiale. Mais entre l’endettement ou la mort, la populace préfère se ruiner, quitte à prendre le risque de ne plus pouvoir payer ses mensualités. Remy est un Bio-Repo Man. Ancien militaire, mauvais mari, son job est d’aller reprendre possession des artiforgs impayés, au scalpel. Et tant pis pour le pauvre type qui se retrouve avec deux poumons en moins sur le sol de sa cuisine. Il n’avait qu’à lire les petits caractères. Sauf qu’un jour Remy se prend une décharge électrique et se réveille avec un cœur de métal flambant neuf. Quelque chose en lui a changé, peut-être ce job de trop, mais il est désormais incapable de faire son boulot de Repo Man, de payer ses factures. Et le voilà en fuite, parce qu’en perdant son cœur il a trouvé son âme.

Bon, le pitch est une tuerie sans nom en fait. Disons que ça tape pile dans toutes les bonnes névroses humaines (la vie éternelle) et sociales (l’endettement). J’ai souvent dit que les polars, c’était pas ma came. Mais les polars d’anticipation, ça c’est la classe. Le bouquin est structuré sur trois époques. Remy tape son histoire depuis sa planque et nous raconte sa jeunesse dans l’armée et ses premiers mariages d’un côté, sa vie de Bio-Repo Man d’un autre côté et enfin ce qui lui arrive dans le présent. Petit à petit tout vient se rejoindre et le puzzle prend enfin forme. J’ai un peu regretté que les flashbacks (surtout ceux dans l’armée) s’étendent aussi longtemps, mais le final vient tout rattraper, avec un twist super bien trouvé et un épilogue aussi logique que satisfaisant. J’espère très fort des doigts croisés que cette structure sera conservée pour le film.

Parce que j’ai beaucoup aimé The Repossession Mambo, dévoré en quelques jours, à n’importe quelle occasion. Et je suis d’autant plus hypé vis-à-vis de Repo Men, le film qui sort juste avec trois mois de retard chez nous. Saleté de distributeurs français !

TRAILER STAGE !!!

Le site viral sur l’Union qui vend les Artiforgs est super bien foutu et très fun. Je vous conseille d’aller jeter un oeil aux fausses pubs, ça vaut le coup. Sinon y’a toujours le trailer.

691 – Assholes Are The Ones Killing Theaters

Sérieux, la bien-pensance, ça va cinq minutes non ? Je dis ça parce que ça m’épuise de voir fleurir sur le net des articles sur le soi-disant fascisme d’UGC, des cinémas en général et des tarifs qu’ils pratiquent. Il faut savoir que j’ai grandi sans TV (de zéro à treize ans), avec en échange une a deux sorties au ciné par mois, dans ma petite salle de quartier en banlieue lyonnaise. J’ai appris à respecter et vénérer ce temple du septième art. Maintenant j’ai plus de vingt berges, je paie ma carte illimité depuis plus de six ans et j’en ai vraiment marre des cons. Je veux parler des mecs ou nanas qui ont pleuré dans les médias ces derniers temps après s’être fait sortir de plusieurs UGC par les forces de l’ordre. Il y a eu cette mère qui débarque avec son môme de moins de trois ans dans la salle. Parce qu’une babysitter c’est trop cher, un peu comme un cerveau en état de marche. Elle a eu du bol de se faire escorter à l’extérieur par des flics, parce que je donnais pas cher de la peau de son môme si jamais le chiard se mettait à pleurer pendant le film. Sans parler de la capacité d’attention d’un gosse, qui forcément va emmerder tout le monde à la moindre pointe de début d’ennui.

Reste la question de la bouffe. Effectivement, manger un sandwich acheté ailleurs que dans un ciné, saymal. Enfin, je veux dire c’est interdit par le règlement, vous savez, celui qui est affiché dans TOUS les halls de ciné. On peut en penser ce qu’on veut (en s’appuyant ou pas sur le fait que les cinémas font leur thune sur la nourriture plus qu’autre chose et que c’est donc une nécessité pour eux) mais les règles sont claires. Quand tu viens chez UGC avec une canette de coca d’ailleurs ou un panini, tu sais ce que tu risques. Si la même personne grille un feu rouge ou se fait gauler sans son ticket dans le métro, il fermera sa gueule et baissera les yeux et ne s’étonnera pas non plus que l’agent RATP appelle la Police en cas de refus d’optempérer. Mais sous prétexte que les multiplexes c’est des sales corporations maléfiques, là ils peuvent se rebeller et s’étonnent de se faire virer par des policiers quand ils refusent de virer leur dwich ou de sortir, quitte à sortir les avocats pour se justifier. Y’a un moment dans la vie faut être logique les mecs. Ou alors planquer sa bouffe dans un pull en boule au fond d’un sac et d’attendre que les lumières s’éteignent pour la sortir. Mais oui, l’intelligence, chez les abrutis ça vient en option. Six ans de ciné hebdo avec Pollux, avec quasi systématiquement de la bouffe d’ailleurs. On s’est JAMAIS fait gauler, et si c’était le cas on accepterait les conséquences, parce qu’on était prévenus. La vente de nourriture représente la majorité du chiffre d’affaire d’UGC, c’est leur business model. Ils sont en droit de le défendre et de faire appliquer les conditions d’accès aux salles. S’ils laissent filer ils créent un précédent, perdent la face et suicident leur business model. Et comme les gens sont trop des raclures pour obtempérer sans police, bah UGC est obligé de passer à la manière forte. C’est aussi logique que légitime.

Anyway, ce qui m’a peut être le plus choqué, c’est ce groupe Facebook de crevards de merde qui vient te dire que ce qui tue le cinéma, c’est la place à 9€. Oui parce qu’on peut éventuellement argumenter du fait que si les gens viennent avec leur propre nourriture, c’est que le prix du ciné en soi est exorbitant. Okay, nouveau débat, je craque mes doigts, on y retourne. Déjà une place étudiant/chômeur c’est moins de 7€. Ensuite y’a des cartes d’abonnement, de réduction, de fidélité. Mais surtout, la carte illimitée est à 20€ par mois dans la plupart des moyennes/grandes villes. Vingt putain d’euros. C’est rien. C’est le néant, c’est microscopique dans un budget. C’est moins de quatre paquets de clopes, c’est le prix d’un DVD récent, c’est un restau pour une personne, c’est un tiers moins qu’un abonnement internet. C’EST RIEN. Si tu dis le contraire c’est que tu mens, c’est que le cinéma n’est pas si important pour toi. Si l’accès illimité à des dizaines de salles à travers la France vaut pas vingt euros par mois à tes yeux, mais reste chez toi putain, et télécharge tes DivX puisque t’es pas capable d’apprécier ce divertissement à sa juste valeur ! Effectivement neuf euros c’est cher, sur le principe. Mais t’achètes pas ton Nutella en pot de 10cls dès que tu veux te faire une tartine. T’achètes le gros pot avec plein de Nutella  d’un coup pour plus cher. Ca s’appelle l’intelligence, ça s’appelle faire des économies d’échelle.

Le plus ridicule dans tout ça, c’est la réaction de cette pauvre fille dans l’article de Rue89. Ayant assisté à la verbalisation de contrevenants au règlement, elle est suffisamment choquée (pourquoi ? ça doit être bien d’être un kikoolol au dessus des lois) pour nous dire qu’elle aura passé la moitié de la séance à prévenir la presse avec son iSheep. Elle aussi elle a eu du bol que je me sois pas retrouvé dans la salle, parce que son portable de merde a l’écran allumé pendant une heure, il aurait fini contre un mur. Mais elle te raconte ça trop fière d’elle. En même temps, qu’une nana qui ne respecte pas les salles obscures et préfère tripoter son téléphone plutôt que regarder le film défende un couple qui ne la respecte pas non plus, c’est cohérent.

Sérieux les gens, restez chez vous pour manger votre thon mayo qui pue, pour envoyer des mails autant que vous voulez et pour cracher à la gueule des studios en estimant que leur travail ne mérite pas votre effort financier. On aura plus de place pour nous gâcher, moi et les autres mecs qui adorons et respectons le cinéma.

Demain critique littéraire, parce que c’est bien les livres pour les connards qui aiment pas le cinéma, on peut manger en lisant, la police nous emmerde jamais et on peut l’acheter en occase pour pas cher tout en ne payant pas l’auteur au passage. Les livres, cékool.

BONUS DEBAT !!!

Oh et un dernier mot sur ce billet complètement à côté de la plaque qui insinue que les descentes dans les UGC ne sont qu’un coup de pub pour affirmer que les salles du réseau sont safes et que les gens peuvent venir. Précisons qu’UGC sont les premiers emmerdés par tout ça, mais pour le savoir il faut lire leurs communiqués de presse et pas seulement survoler. Accessoirement, l’info est à chaque fois remontée indépendamment d’UGC et si les exemples se multiplies c’est que le sujet est médiatisé et que du coup les journalistes font plus attention. Emballement de la machine médiatique quand tu nous tiens. Et puis pour Rue89 c’est super rentable, des dizaines de milliers de visites, des centaines de commentaires, ça faut bien quelques entorses à la déontologie.

C’est tellement plus simple de taper sur la grosse entreprise sans âme à coup de théories du complot que de voir la vérité en face, à savoir que les gens sont des gros beaufs sans éducation ni respect. Vous reprendrez bien un abonnement à Télérama ?

690 – Are You On The List ?

Les choses se précisent pour mon nouveau manuscrit. Assez pour que j’en parle autour de moi, que je tente de voir qui peut mobiliser un bout de réseau pour me filer un coup de main le moment venu. C’est aussi ça d’être mieux armé qu’il y a dix huit mois pour mon précédent projet, quand j’ai fait mon touriste chez les éditeurs. Alors ça m’arrive d’être tout content et de mailler des ami(e)s parce qu’on m’a proposé de faire passer mon manuscrit à un éditeur (sérieux c’est arrivé assez de fois ces derniers mois pour que personne ne se sente visé par ce que je vais dire). Même si parfois, cet éditeur, bah je m’en fous un peu (ou l’inverse). D’où réaction légitime, mais fuck Le Reilly tu craches dans la soupe et ça c’est mal ! A un moment faut savoir ce qu’on veut et arrêter de faire la fine bouche ! Ou comment je finis trop coupablisé. Non parce que techniquement, c’est pas méga faux. Mais d’un autre côté, je sais ce que je veux. En réalité, j’ai une liste. Elle est dans mon petit calepin en papier, celui qui ne quitte pas la poche de ma veste.

J’ai listé tous les éditeurs chez qui j’aimerais publier, par ordre de préférence de si jamais on habitait le pays des bizoonours. Et par conséquent j’ai aussi listé ceux chez qui je ne suis pas prêt à publier. Parce que par exemple je considère qu’ils traitent mal leurs auteurs, que ce serait sacrifier un livre par simple pulsion égotique, pour arriver avec quelque chose qui n’aura pas la possibilité d’avoir la moindre chance de trouver son public. Par exemple encore, c’est peut-être une question de ligne éditoriale, ou de street cred. La France est un pays où il est extraordinairement difficile de sortir d’une case. Genre tu publies chez XO (avec Guillaume Musso), ta crédibilité est morte, violée et poussée dans un ravin après avoir été recouverte de chaux vive. Dans ces conditions, un mauvais choix d’éditeur (oui je dis « choix » mais je me comprends) peut vous flinguer en termes d’image, aussi bon soit le chèque, aussi énorme soit le tirage. Tout ça parce que j’ai un certain nombre de buts, de cerveaux à retourner et de bordel à mettre. Tout ça parce que, rappelons-le, j’ai un plan à long terme. Un vachement meilleur et mieux construit que celui des cylons.

Alors de temps en temps je regarde mon petit calepin, sors le Staedler volé chez mon ancien employeur (BWAH AH AH !!!) et je rature. Je réorganise les listes au grès des sorties, des annonces. Mais dans l’idée, si l’éditeur n’est pas sur la Master List, c’est à priori dead, je refuserai à priori toute publication là bas. Tout comme il existe plusieurs paliers sur la liste. Je ne peux contacter le Tier 2 que quelques semaines après avoir contacté le Tier 1 et ainsi de suite. C’est dans le même ordre d’idée que je me suis retrouvé à préférer gérer une ou deux offres de stage à la fois. Je ne peux pas m’empêcher de me bouffer le cerveau à flipper de dire oui à quelque chose alors que j’ai mieux après, tout ça parce que je n’ai pas temporisé. Oui, je confire que c’est super fatiguant de vivre sous mon crâne. Vous n’avez pas idée à quel point j’ai envie d’être vous. Sans déconner. Mais en attendant, je garde mon calepin, j’attends la fin des corrections sur mon manuscrit et je partirai à l’assaut des éditeurs. Méthodiquement, froidement, dans l’ordre.

Enfin, la charrue avant les bœufs, tous ces trucs. Pour finir je tiens à vous rassurer, la liste n’est pas si restrictive que ça, je reste réaliste et je ne suis pas à l’abri de me laisser convaincre. Pour des raisons évidentes, je ne peux pas dévoiler les noms qui la composent, mais ils sont un peu plus de dix. On en reparlera sûrement. Un jour dans longtemps.

Demain on parlera d’acheter des films, vous savez sur des disques, avec de l’argent (samedi finalement, mode vénère oblige) des sandwichs dans les UGC.