734 – Book Review 122

Lorsque Joe Hill sort son premier bouquin il y a trois ans, les médias ne comprennent pas trop qui est ce type trop secret sur lequel on ne sait rien. Surtout que son roman, une histoire de fantômes, se vend vraiment bien chez un gros éditeur. Il faudra quelques mois à la presse spécialisée et l’interweb pour éventer la supercherie. Hill est le fils de Stephen King qui, a l’instar de son père à une époque, aura choisi de publier sous pseudonyme, principalement pour éviter de profiter de son nom. Sur le principe, ça se respecte. Mais quand j’ai découvert ça quelques mois plus tôt, j’ai passé précommande son second roman Horns, avec un pitch bien alléchant. Et comme je suis un nazi de la couverture, j’ai préféré l’édition anglaise avec son miroir intégré pour se regarder avec des cornes de Satan directement sur le bouquin. Marketing genius !

Ig s’est payé une bonne cuite. Il faut dire qu’un an plus tôt sa petite amie était retrouvée assassinée et violée dans les bois. Principal suspect, Ig ne doit sa liberté qu’à un incendie du commissariat qui aura détruit toutes les preuves. Le lendemain de l’anniversaire de la tragédie, le jeune homme se réveille avec une foutue gueule de bois et deux protubérances osseuses sur son front, des cornes. Très vite Ig s’aperçoit que ses nouveaux appendices lui confèrent d’étranges pouvoirs, comme faire confesser à ses interlocuteurs leurs pires pulsions ou bien visualiser les souvenirs d’une personne au moindre contact. D’abord paniqué, Ig finit par se demander si cette étrange malédiction ne pourrait pas l’aider à résoudre le viol et meurtre de sa petite amie, et lui permettre ainsi de se venger.

La première page de Horns est magistrale. Courte, bien menée et ultra stylée, elle donne le ton d’entrée de jeu. Les cinquante suivantes sont extraordinaires, vous prennent aux tripes comme un top model qui a décidé arbitrairement de vous chevaucher sans prévenir. Puis d’un coup elle se retire, vous laissant le désarroi à l’air, et décide de vous raconter l’histoire de sa vie avant de finir de baiser. C’est complètement dégouté que j’abordais le gros morceau du bouquin, un gigantesque flashback de la rencontre entre Ig et Merrin, sa promise. On suit leur adolescence, leur amitié avec Lee, le mec à la cool, et Terry, le grand frère d’Ig. C’était comme dans rentrer dans un second bouquin, sans fantastique ni dialogues bien vénères. Mais je me suis attaché à cette storyline, et j’ai eu le cœur vrillé dans les derniers instants du jeune couple, tellement les scènes et caractères ont su toucher juste.

La seconde moitié réserve bien d’autres surprises que le simple « kikilatué ». Toutes les interrogations se rejoignent avant la fin et j’en suis ressorti plus que contenté. Horns est étonnamment propre et bien construit, loin des délires parfois foutraques du papa King. Ce sont les personnages qui m’auront le plus soufflé, à me faire adopter leur point de vue ou à me convaincre qu’untel ou unetelle est une véritable ordure alors que non. Et inversement. Bien joué Joe Hill. Ca valait vraiment le coup.

Demain on parlera névrose du tee shirt.

733 – The Biggest Bookstore

Ces derniers jours c’était donc le salon du livre. Encore. J’en avais parlé l’année dernière, ayant résumé mon expérience globale avec le truc. Chaque fois c’est forcément décevant. C’est l’évènement à la con dont je sais pertinemment que je vais ressortir frustré et un peu plus dépressif qu’avant. Déjà cette année c’était mal parti sur le principe. La plupart de mes potes dans la BD n’étaient pas présents, la faute à Soleil qui n’a jamais de stand et à un planning de sortie pas compatible avec les beuveries habituelles. Ensuite Hachette avait décidé de dire merde à la manifestation, pour une basse raison (entre autre) de réduction des coûts. Il faut dire qu’un stand dans la plus grande librairie de France, ça coûte une blinde. L’année dernière je disais que je ne foutrais pas les pieds au salon sans un plan pique assiette. Bingo. J’ai réussi à gratter une invitation pour l’inauguration VIP sa race.

En vrai merci à Henscher pour avoir grillé son +1 pour mes beaux yeux.

Enfin, VIP, ça se discute vu le nombre de personnes présentes. Sincèrement on se serait presque cru un samedi aprem’. Entre deux allées je croise même mon patron, celui de cette année, mais aussi celui de l’année d’avant. Mains moites, cœur qui s’explose contre la cage thoracique. Je n’oserais pas lui dire bonjour. Par contre je discute avec ce jeune dandy qu’est Charles, éditeur en culotte courte au Diable Vauvert. Puis j’escalade le stand Robert Laffont pour aller dire bonjour à cette raclure de William Rejault avant de retrouver des potes de la vraie vie, avec ou sans leurs ambitions de publication. Au final je me tire presque tôt, deux heures après l’ouverture des portes. Trop de gens, trop de discussions auxquelles je ne suis pas invité. Je vole quelques tucs au Diable avant de me rentrer. Finalement, pas le choix, je vais devoir y retourner samedi pour croiser d’autres copains.

Quel chic type ce Charles, à assumer comme ça !

Bis repetita comme on dit. Le samedi c’est l’enfer. Les files d’atteintes qui bloquent tout le monde dans les allées, l’odeur de sueur, la chaleur et les réflexions merdiques des vrais gens lorsqu’ils croisent une célébrité. On m’a rapporté que les badauds cerclaient Beigbeder de leurs doigts tendus sur son passage. Je ris des stands de Le Dilettante et XO éditions qui ne sont là que pour accueillir leur auteur star de la mort. Pendant ce temps là, Werber gueule en conférence que les éditeurs n’acceptent pas des bouquins de SF et Eric Naulleau trouve que lire sur un écran, ça sert à rien. Je zappe les conférences et reste avec mes coupains. L’éditeur de Florian Zeller chez Flammarion, Guillaume Robert, passe dans le coin. Je le salue, toise sa coiffure et comprend pourquoi Florian a été publié (faut le voir pour le croire, une coupe pareille, très street cred).

Finalement je suis tellement épuisé, assommé par la chaleur et le rhume carabiné qui m’habite depuis dix jours, que je finis par être pris en défaut sur Bad Boys II par Charles, lors d’un retour sur le stand du Diable. Je ferais la fermeture, à discute avec coupine Dhalia, à refaire le monde entre deux cocas. Puis je rentre, comme chaque année, un peu dépité, autant par l’attitude des vrais gens que celle des professionnels. Mais bon, j’y étais, comme si c’était logique, incontournable, un appel que je ne comprends ou digère pas vraiment. A l’année prochaine du coup.

Demain on parlera bouquin, du genre bien, qu’on trouve pas chez nous.

732 – The Road Taken

Ce n’est pas un scoop, je déteste trouver des titres à mes bouquins. Et généralement, une fois que je trouve enfin l’illumination, je souffre comme pas possible si jamais je dois changer. Du coup, je crois que si je ne vous ai pas livré en pâture le titre du manuscrit que j’essaie de vendre en ce moment, c’est par bête superstition. Car je suis convaincu depuis plusieurs mois que la traduction d’une réplique de Southland Tales ferait on ne peut plus l’affaire. J’adore, pas mal de mes potes adorent et je trouve ça assez putassier pour convaincre le chaland d’aller jeter un œil à la quatrième de couverture. Puis j’ai découvert que le titre original du bouquin de Caroles Fives, dont j’ai déjà parlé, avait du sauter, pour des problèmes de droit (paroles d’une chanson française). Début du stress, rongeage d’ongles et compagnie. Parce que putain, j’y tiens à mon titre : Les proxénètes ne se suicident pas.

Dans le film, la phrase est riche en sens tout en étant prodigieusement grotesque. On peut, dans le contexte de Southland Tales, échafauder bien des interprétations. Dans le contexte de mon manuscrit j’ai moi-même quelques idées du sens à donner au titre. Ce qui est certain, c’est que ma traduction est discutable. « Pimp » signifie littéralement « proxénète », mais peut aussi référer à quelque chose de très classe, dans le sens « Pimp my ride ». C’est de façon que l’ont entendu les traducteurs du film, qui offrent pour le doublage « Les beaux gosses ne se suicident pas » et « Les mecs cools ne se suicident pas » pour les sous-titres. A titre personnel je doute plus que fortement que les ayant droits hollywoodiens d’un film jamais sorti au ciné chez nous, déjà ultra déficitaire et surtout indé intello chelou aillent chercher des procès à un pauvre écrivaillon français. Alors dans une traduction discutable en plus.

Okay, c'est une référence geek un peu subtile en fait.

Sauf que mon coupain Nerval, avocat le jour, écrivaillon la nuit, ne l’entend pas de cette oreille. Il a été formé pour être paranoïaque, ultra pointilleux du respect des lois. D’après lui, pour être peinard, il faudrait que je demande l’autorisation d’un ayant droit, avec une trace histoire de se couvrir les fesses. Comme quand je veux vraiment quelque chose je suis capable d’avoir des testicules de platine, je suis allé récupérer le mail de Darko Entertainment, la boîte de production. Dans l’opération, j’ai chopé le Twitter du réalisateur/scénariste/producteur et donc ayant droit du script et du film qu’est Richard Kelly. Et en début de semaine dernière, je me suis lancé.

“Qui ne tente rien n’a rien”, c’est pas ça qu’on dit ? A moins que ce ne soit “HOLY FUCKING EPIC WIN” !!! Merci dieu des internets, grâce à vous non seulement Richard Kelly me parle, mais en plus il adoube mon titre, me fait chevalier des Terres du Sud.

Bien entendu j’ai pris moult captures d’écran et enregistrement de pages web. Certes un Twitt ça se supprime et compagnie. Mais disons que déjà que je n’avais pas super peur avant, là avec le big boss en personne qui valide, je dors comme un bébé. Parce qu’en fait, plus que pour éviter un procès, je cherchais à obtenir cette autorisation pour peser dans la balance en cas de signature, en cas d’éditeur un peu flippé par ce titre, le lexique employé.

Hollywood approved, motherfucker.

Demain je ferai un petit bilan de mon salon du livre.