718 – Extended Read

Le mois dernier j’avais trop de temps libre. La preuve j’allais boire un café avec Eric qui s’emmerdait au Lavomatic (notons que quand on a pas de machine à laver l’année de ses quarante ans, on est pas près d’avoir une Rolex à 50). Sur le chemin je pensais à un truc, aux EP en musique. Ces espèces de faux albums un peu promo, où l’artiste te colle quelques titres soit pour voir si la sauce prend soit pour annoncer un véritable album un peu plus loin. J’aime bien le concept, à mi chemin entre la cassette démo et le vrai CD bien rempli, espèce de pont entre l’anonymat et la célébrité. Ca tombait un peu en plein milieu de mes tentatives d’écriture de nouvelles et forcément j’ai ruminé un peu le truc en route. Tout ça pour finir par me demander si ça ne serait pas super cool de réaliser un EP, mais en littérature.

J’imaginais un petit bouquin, format poche peut-être. Un truc riquiqui avec genre soixante quinze pages au grand maximum, vendu le moins cher possible, cinq/six euros. Pas trop classe mais pas dégueu non plus. Niveau contenu, presque du chaos organisé, mais principalement des nouvelles. On aurait des versions « studios » de quelques notes de blogs de fiction que vous avez pu voir ici (remasterisées en version longue, revue et corrigée). Forcément quelques inédits, comme celles que j’ai pu commencer mais dont le courage me manque un peu question bouclage. Et puis j’aime bien l’idée d’offrir une piste « remix », avec par exemple un chapitre qui se tient tout seul d’un de mes manuscrits. Mais, attention feinte, réécrit avec un temps différent, passé au lieu de présent, ou d’un point de vue différent (autre personnage, narrateur omniscient). Ca serait une sorte de teaser, amuse gueule, exercice et collector à la fois.

Arrivé au Café où m’attendais Eric, je voyais bien le truc, qui s’appellerait Extented Read, peut-être Volume 1. Vendu en autoprod en attendant une vraie signature d’éditeur, ou en librairies entre deux publications de romans. Un EP littéraire, pas cher, petit et super cool avec de l’amour dedans. Tout fier j’ai raconté ça à Lavomatic Man, qui m’a dissuadé assez rapidement. Faire plaisir à la fanbase par une autoédition, même d’un micro bouquin, ça serait malgré tout se discréditer (autoédition, l’aveu d’échec, scarification éternelle) et ne servirait à rien vu que sans appui ça ne dépasserait pas le cadre de mes lecteurs habituels d’où aucun intérêt sur moyen/long terme. Le pire dans tout ça, c’est qu’il a entièrement raison. Alors j’ai poussé un penaud « Oh, right… » avant de fixer les bulles dans la crème de mon café crème, perdu dans mes pensées en cours d’évaporation.

Preuve que l’idée me trotte encore dans la tête, je le rumine un mois plus tard. Idéalement faudrait que j’aie un éditeur, et qu’un soir de cuite, sur le balcon d’un bar au printemps, je lui dise « Mec, en attendant que mon bouquin sorte, j’ai grave une bonne idée pour faire connaissance avec les gens et les libraires, ça serait genre un EP, mais littéraire ! ». We’ll see.

Frustration en tout cas. Du coup cette semaine vous allez vous manger une note de fiction sans images, ça me détendra. Mais je vais pas vous dire quand. Bwah ah ah !

12 réflexions sur “718 – Extended Read

  1. Et tu feras une compil’ roman+EP littéraire pour la version collector, avec commentaires du réalisateur et scènes coupées aux montages ou tu préfères garder qu’un pied hors de la littérature ?

  2. mais comme tu le dis a 40 ans si on a pas de machine a laver c’est qu’on a pas réussi sa vie :D

    non je déconne et je porte pas de jugement sur ton pote bien qu’il m’arrive souvent d’être sévère en critique mais je crois que sur ce coup il est un peu défaitiste, et a 40 ans il a pas la même vision que notre génération sur la consommation.

    mon avis perso c’est que c’est une super batte d’idée!

    le coté autoprod c’est pas forcément un constat d’échec mais plutôt d’une réussite.

    je m’explique:

    -autoprod de mon point de vue anti-consumériste c’est la classe. c’est ce qui m’a poussé a me mettre auto entrepreneur pour faire mes dépannages info tout en disant fuck aux ssii qui voulaient pas m’embaucher paske j’ai qu’un bac.

    -ensuite le coté ‘ca se limiterai a mes lecteur habituels” je verrai ca autrement. tes lecteurs habituels ne t’assureraient pas forcément un public cible pour ton bouquin car dans mon exemple, bien que féru de lectures intello j’ai une peur maladive du bouquin format papier. enfin c’est pas que ca me fait peur mais quand je lis sur mon pc je suis sur de lire puisque je suis toujours sur mon pc. quand je prends un bouquin a la biblio je suis jamais sur de le finir parce que je consacrerai plus de temps a la lecture de mes flux qu’a ce bouquin. mais malgré tout tes lecteurs pourraient envisager l’achat de ce bouquin pour avoir les director’s cut ou tout simplement pour te donner un coup de pouce dans la vie. et en faire la pub.
    et une place en vitrine te permettrait d’élargir ton public et alors si en plus tu y met l’adresse de ton blog tu pourrai avoir encore plus de lecteurs 2.0

    tout ca pour dire que je pense que c’est une bonne idée et que ca te permettrai peut être d’être plus crédible auprès des éditeurs qui se diraient alors merde si ce mec est prêt a s’autoproduire quitte a perdre la partie promo avantageuse d’une grande maison, c’est qu’il a quelque chose a raconter. ca te permettrai de garder le contrôle sur tes manuscrits et de passer l’étape édition sans passer par l’étape réécriture.

    enfin bref fonce mon grand!

  3. Euh… L’auto-édition c’est très loin d’être la lose question chiffres de vente, quand tu vois que les premiers romans édités s’écoulent difficilement à plus de 400-500 ex. En faisant un vrai boulot de communication tu peux aisément dépasser ce chiffre en autoprod.

    De plus pour une personne passionnée de marketing comme toi, l’auto-édition c’est un vrai challenge avec plein de possibilités en terme de diffusion web originale (promo virale, possibilité de vente d’une version PDF, utilisation des réseaux sociaux…).

    Je ris quand je lis de la part de Jedounet : ” quitte a perdre la partie promo avantageuse d’une grande maison ”
    Cette promo est absolument inexistante quand tu es un petit auteur inconnu ayant eu la chance de signer un premier livre. Seuls les best-sellers ont droit à une promo digne de ce nom.

    Je crois Matthias que tu surestimes
    - les capacités marketing des maisons d’édition
    - le prestige de l’édition classique (mais ça c’est une autre question)

    Je crois savoir que tu n’aimes pas beaucoup Wrath, mais tout ce qu’elle dit n’est pas faux. L’obstination à vouloir être publié dans une grande maison ou chez un éditeur que l’on aime, c’est très flatteur pour l’égo, mais techniquement et commercialement parlant ça n’apporte pas grand chose de plus que les plates-formes d’auto-edit qui commencent à être au point à notre époque.

    Je ne cherche pas à te convaincre, c’est juste que la phrase ” autoédition, l’aveu d’échec, scarification éternelle ” m’a fait un peu tiquer. Et je précise que je n’ai jamais rien écrit, ce ne sont pas les mots d’un aigri !

    • Oui mais non. Je me suis exprimé au moins dix fois sur le sujet, chiffres et argument à l’appui, avec des témoignages en rab’.

      L’auto édition en france, à l’heure actuelle, c’est le suicide de la crédibilité, c’est se couper pour plusieurs années des éditeurs normaux et c’est surtout ne diffuser qu’à sa fanbase et aux égarés.
      Le grand public ne s’intéresse pas à l’auto-édition, n’a pas que ça foutre de s’y intéresser.

      Je ne VEUX PAS publier à tout prix, ce n’a JAMAIS été mon but. J’ai un autre dessein, mais ça aussi j’en ai déjà parlé.

      Enfin, désolé, fatigue.

      Tu as tort, parce que tu es extérieur et optimiste.

  4. Hm, je réponds à un autre commentaire parce que là en fait je suis à peu près d’accord avec LeReilly donc j’ai pas grand chose à dire mais affirmer que seuls les auteurs de best sellers profitent de la com des maisons d’édition c’est… faux.
    Sauf à considérer que la promo littéraire se limite et ne comprend que les passages télé et les articles dans les Inrocks (ou autres)
    Parce que pour 95% des auteurs, 99% de la promo se fait…. en salons. Et là, tout le monde y a droit, tout le monde y va et vend sa soupe. Et c’est souvent comme ça, parce qu’un mec sera passé devant votre stand et que vous, votre éditeur, votre voisin de table/copain auteur, votre couverture, votre quatrième de couverture l’aura convaincu, qu’il aura acheté et lu et qu’il aura aimé, c’est comme ça que le bouche à oreille commence et que vous aurez peut-être une chance d’être un peu plus lu.
    Après ça, l’échelon supérieur (car très difficilement atteignable par les petits éditeurs), c’est le libraire, et là aussi, beaucoup d’auteurs comptent là-dessus, avec peut-être des rencontres et des dédicaces à la clé.
    La télé et les journaux, c’est pour une minorité.
    Les salons et les librairies, c’est pour le gros de la troupe, mais un gros de la troupe pour ceux qui passent par les maisons d’édition, parce que pour les auto-édité il ne reste qu’un seul outil, internet, et c’est loin d’être aussi efficace que le laisse à penser sa propre réputation, sauf à créer un buzz, mais créer un buzz, c’est dur.
    Voilà.

    Bonne soirée Le Reilly, que la Force de l’édition prochaine soit avec toi ! (je te soutiens d’autant plus qu’on ne vise pas du tout le même genre de maison et que donc nous ne risquons pas de nous marcher sur les pieds)

  5. 5/6 euros je n’achèterais pas, trop cher.

    Ca peut être une bonne idée l’EP en littérature, mais avec deux euros de moins.

  6. L’idée de cet EP me plaît carrément; mais tu n’as pas l’air décidé…

    Une idée :
    -Tu publies ton EP en autoprod sous un certain “blaze”; ça marche et tu te fais contacter par les plus grandes boîtes d’édition, là tu gardes le “blaze” ou tu en prends un autre => C’est gagné!
    -Tu publies ton EP en autoprod sous un certain “blaze”; ça marche pas, tant pis, tu pourras continuer comme aujourd’hui : faire le tour des éditions pour publier un vrai bouquin => Nous on est contents, on aura un genre de “goodie” de notre blog favori, et on pourra toujours passe ce bouquin à nos gosses en leur disant “regarde quand j’étais jeune, je lisais des autopro de ouf”.

    6€ pour ça, c’est okay! (tant que ça dépasse les 50 pages et que c’est fait avec du papier de kalitay!)

  7. Le seul moyen de de faire dans l’auto-édition sans se cramer, c’est pas en lançant une revue littéraire… ? C’est un bon moyen pour être publié, faire des salons, connaître des éditeurs, sans faire le desesperé. ;)

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