731 – Cine Club 93

J’ai pas envie de voir Kick Ass. Ca peut paraître un peu absurde, étant donné que je vous ai vanté les mérites du film y’a pas si longtemps. Mais rien à faire, j’ai la flemme à l’avance d’aller bouger mes fesses jusqu’au cinéma. Les raisons sont multiples et plus ou moins valables. La première c’est que j’ai déjà lu le comic, et que l’adaptation semble être vraiment fidèle. Le comic étant un médium déjà imagé, l’univers visuels, certaines actions ou séquences sont présentes dès le départ. Le fantasme de l’illustration par le cinéma n’est pas là (sur un film comme Hulk ou Batman le scénario est original et pas copié directement, de plus les personnages ne sont pas des humains, magie des effets spéciaux). Au-delà de ça, je me sens complètement dépossédé de l’œuvre, en tant que lecteur de comics et fan de la première heure. Kick Ass ne m’appartient plus.

Les médias s’en emparent, les blogueurs sortent des projections privées. Et à chaque fois que je vois un kikoolol dire avoir découvert un film trop ouf alors que ça fait plusieurs années que je suis le truc, je trouve toujours ça un peu pathétique. Le non journalisme cinématographique. Découvrir la lune. Mais peut-être que je suis trop blasé. Après tout j’ai vu l’annonce du comic, les interviews promo, la bd en elle-même, l’annonce du film, le casting du film, les interviews making of, les visites de tournage et enfin les pubs et bande annonce. Sans parler des critiques. Je n’ai pas besoin de le voir pour savoir que c’est un bon film, que l’adaptation est fidèle, que Nicolas Cage est jouissif, McLovin bon acteur en mode vénère et la petite Chloé le véritable atout du casting. Je sais que le film est bon. Je sais que je vais l’aimer. Mais entre mon overdose d’information et la migraine causée par le battage médiatique des blogueurs et journalistes qui ne se réveillent que maintenant, je préfère passer mon tour.

Surtout que pour moi, qui ai déjà digéré l’histoire, les thèmes et l’héritage que ça représente pour la culture comic, ce qui m’intéresse vraiment c’est les coulisses. Kick Ass est un film tellement violent et parfois amoral qu’aucun studio ne voulait le financer. C’est l’auteur Mark Millar et le réalisateur Matthew Vaughn qui se sont démerdés seuls pour lever les fonds et produire le film dans leur coin, sans aucune promesse de diffusion. Juste à la force de leurs testicules de platine. A la manière de District 9, Kick Ass a été tourné sans aucune promesse de sortie en salle. Et c’est finalement la qualité du produit fini (qualité car sans concession vu que produit hors de l’influence marketing et paranoïaque des studios) qui déclenchera un bouche à oreille de fou furieux lors des premières projections. Plusieurs studios se sont battus pour diffuser un film qu’ils n’auraient jamais produit. Jusqu’à ce que LionsGate finisse par rembourser intégralement le tournage pour avoir les droits.

Pour moi, la vraie force du film est là. Le pouvoir aux créateurs, aux visionnaires qui vont à l’encontre du système pour faire de la qualité. En tant qu’observateur de l’industrie, c’est ça qui moi m’intéresse vraiment. Quant au film. J’espère que vous allez aimer. J’en doute pas en fait. Juste je préfère passer mon tour, pour cette fois. Peut-être que j’irai, finalement, motivé par des potes ou un surplus de temps libre. Mais si je le loupe, ça ne sera pas si grave. Mon cul a été botté il y a déjà plusieurs années.

TRAILER STAGE !!!

Du coup je préfère vous mettre le teaser de Scott Pilgrim, d’une part parce que le comic de base est extraordinaire, ensuite parce que le film va dévier un peu de la trame originale et surtout parce que la production s’est faite dans le plus grand secret jusqu’ici !

730 – Believers Never Die

Le verre à whisky de Terry était vide. Le trentenaire aux cheveux blonds en bataille se mit en quête de la bouteille en tâtonnant sous son siège. Rien. Elle avait du rouler au grès des ballotements de l’avion. Un rapide coup d’œil par le hublot confirma que la tempête faisait toujours rage dehors. Moins éthylé, le cerveau de la rock star se serait inquiété de la petitesse du jet privé face aux intempéries qui agitaient le ciel au dessus de l’océan atlantique. Un éclair révéla le teint livide de Terry en reflet contre la vitre. Le trentenaire cligna des paupières, préférait ne pas se poser de question, pester contre cette tournée, pester contre ces connards de Liverpool qui vont acclamer un chanteur qui n’y croit plus. Rassemblant le peu de forces qui lui reste au milieu de la nuit, il s’arracha péniblement de son fauteuil, estima la distance qui le sépare du minibar et se mit en marche, s’agrippant aux fauteuils pour ne pas chuter.

Le reste du groupe était là, à l’arrière. Enfin, ce qu’il en restait. Il faut dire qu’il ne subsistait plus que Travis, le batteur de la formation intiale et ami d’enfance de Terry. Les autres ont tous quitté le navire, remplacés par de nouveaux guitaristes et bassistes d’appoint. La dernière addition, Paul, accordait méticuleusement sa basse. Il leva les yeux vers le fantôme de Terry qui titubait seul dans son coin du jet. Plutôt que de trahir sur son visage son ressentiment, il préféra retourner à son instrument. Le chanteur était enfin arrivé à hauteur du mini bar. Ou plutôt de l’open mini bar, eu égard à la quantité, diversité et qualité des bouteilles qui peuplaient le meuble. Face à l’illustration ultime de l’embarras du choix, Terry hésitait, handicapé par sa vision vacillante et la relative obscurité de la cabine. Sa main était sur le point de se saisir d’une bouteille de vodka lorsque la rock star se retrouva projeté en arrière, brutalement réveillé par la douleur qui lui parcourait le dos. L’avion était déséquilibré, la pièce penchant de plus en plus. De l’autre côté des hublots, une lueur orangée. Le moteur gauche avait pris feu, frappé par la foudre.

Terry tenta de se redresser, mais le minibar vint s’écraser contre ses côtés, lui coupant le souffle. Sonné, le sang pulsant contre ses tempes, il parvint à s’extirper de là et se redresser. Le reste du groupe était agité. Ils s’affairaient autour de leurs instruments, branchant câbles et autres fils électriques. Terry ne comprenait pas plus que le pilote qui avait fait irruption dans la cabine. Il hurlait que l’avion était en chute libre, que leur seule chance était de sauter en parachute, qu’il fallait partir. Mais personne ne semblait se soucier de lui. Terry ne comprenait pas, il tentait de rassembler le minimum de contenance nécessaire à la moindre prise de décision. C’est alors qu’un son emplit le jet, celui d’une corde qu’on taquine pour tester les amplis. Paul, le bassiste, était debout, un genou plié pour rester en équilibre. Sa guitare autour du cou, il entama un léger riff, l’intro d’un des classiques du rock. Un bruit de fût qu’on frappe se mit à l’accompagner. Travis avait sorti une partie de sa batterie et frappait frénétiquement contre la peau. Le guitariste était lui à genoux, maintenant son instrument dans un équilibre précaire, n’attendant que le début de sa partition pour jouer.

La cabine du jet faisait caisse de résonnance. La mélodie emplissant l’air, l’épaississait. Le pilote hurla qu’ils étaient tous fou. Terry, quand à lui, restait interdit, incapable d’appréhender l’absurdité de la vision d’un groupe de rock jouant au centre d’un avion en flammes qui chute tout droit vers une mort certaine. D’ailleurs, pourquoi personne n’était encore mort ? Terry baissa les yeux sur ses pieds nus sur la moquette du jet. Le sol était moins penché qu’il y a encore quelques minutes. Impossible. L’avion semblait se redresser lentement. La star hurla par-dessus la musique.

- Mais qu’est-ce qui se passe ?

Travis leva la tête.

- Quoi ? Tu as déjà oublié ? On fait du rock putain !

Profitant d’un solo de guitare, le bassiste s’empara d’un micro sans fil et le lança en direction de Terry, sous le regard éberlué du pilote. Le plastique était froid sous les doigts du rockeur, et pourtant il eu l’impression de recevoir une décharge électrique. Il porta le bout tout contre ses lèvres, et expira un son surgissant du plus profond de ses tripes.

A l’extérieur, la tempête faisait toujours rage. Mais le moteur gauche du jet n’était plus en feu. La pluie avait étouffé les flammes. Et bien que les turbines demeuraient aussi silencieuses qu’immobiles, l’avion volait droit, horizontal, fier et invincible. Car en son ventre vivait le véritable rock, celui que l’on oublie pas au fond d’une bouteille, celui qui reste malgré tout gravé à la surface des os.

Et ce rock là ne meurt jamais.

729 – Keep Your Free Hug

L’ex femme de ma vie est une fanatique absolue de Friends, le genre à regarder la série intégralement, en boucle, des années après. Maudite intégrale DVD. Du coup, même si je ne suis pas particulièrement fan, je me suis farci je ne sais pas combien de fois le visionnage complet de la série. Et si y’a un épisode que je trouve moins lou… meilleur que les autres, c’est bien celui où Chandler lutte pour échapper au dodo câlin de sa copine, qui tient absolument à s’endormir dans ses bras. D’où l’explication de la feinte de Ross : repousser la fille endormie, et tirer son bras d’un coup sec pour se dégager. Dans l’épisode, forcément, la meuf se retrouve éjectée du lit. Insérer rires enregistrés. Pour info, j’ai tenté dans la vraie vie, bah ça marche pas vraiment mieux. Car oui, moi aussi, je suis parfaitement incapable de dormir dans une étreinte.

En fait je dois être une des personnes les plus reloues quand il s’agit d’arriver à dormir. Grand anxieux, angoissé, cérébral, j’ai un mal fou à m’éteindre le cerveau. Puis y’a la position aussi. Sur le côté, ça va, sur le ventre, ça va, mais sur le dos, ça va pas. Je suis trop cambré, soucis de colonne et de posture. Au final c’est juste la misère, sans parler de mon besoin de changer de position toutes les 5/10min, comme si le fait de m’agiter allait m’aider à me détendre. Alors ajoutez une fille plus ou moins nue à cette équation et c’est le foutoir démultiplié. En vrai j’adore dormir avec quelqu’un, pouvoir marmonner des trucs alors que je sombre dans le sommeil, qu’on me gratouille le dos ou que je caresse une fesse. Ce que je préfère, et m’aide plus que tout au monde à m’endormir, c’est la certitude absolue que quand je rouvrirai les yeux, je ne serai pas seul.

Subsiste le problème de la fille qui tient absolument au mélange des genres, enfin à l’empilement hasardeux des corps jusqu’à ce que ronflements s’en suivent. Perso, je peux pas. La dernière fois où j’ai bien dormi, j’étais un putain de fœtus, peinard, avec personne pour m’emmerder ET la certitude absolue de ne pas être seul au réveil. C’était le pied. Vingt trois ans plus tard, le moindre contact m’électrise, force un de mes muscles à se contracter pour tenir la position, envoie des tonnes de signaux sensoriels dans mon crâne, qui du coup n’éteint pas la lumière. Je ne supporte pas le dodo câlin. A tel point que je m’endors presque mieux dos à la personne. C’est abominable, je vous le confesse (sauf si la fille fait de même et qu’on se retrouve en contact par nos fesses [le fesse-fesse], et là, c’est cool). De toute façon, même de dos, la fille sangsue trouve tout de même l’abnégation de venir se coller, glisser ses bras tout autour du torse.

Alors je me dégage, je pousse, je tente de faire comprendre, j’esquive l’ombre qui fond sur moi. Puis des fois, au milieu de la nuit, réveillé par un contact intentionnel, je grogne et je mords un peu. Inversement j’éprouve un respect et un amour immense pour celle qui sait profiter de son bout de lit tout en respectant mon petit moment en tête à tête avec mon coussin. Celle là, au petit matin, j’ai envie de lui offrir tous les câlins que j’ai à rattraper d’une nuit de sommeil en solitaire. Ultrahug !

Sinon, demain, quelque chose de complètement différent.

90′s STAGE !!! (VO)