726 – Hair Condom

Je ne me rappelle pas du tout de quand ça date. Mais un été quand j’étais jeune ado, en vacances en famille, on squattait un angle de rivière au fond d’une vallée. Ca formait une sorte de micro lac, et tous les vacanciers du coin venaient se baigner jusqu’à ce qu’ombre de la montagne sur l’eau s’en suive. Un de ces jours là, j’ai vu émerger une fille que je n’avais pas repérée avant. Elle s’est dressée à la surface dans un mouvement vertical. Ses cheveux lui tombaient jusqu’aux deux fossettes du bas du dos. Trempés, ils étaient collés contre sa cambrure, bien droit, comme aimanté à son dos. Et je me souviens avec une précision infinie de ce cliché là de mémoire. Si ma mâchoire était détachable, elle aurait finie au fond de l’eau. J’avais trouvé mon nouveau plus beau jour de ma vie, et le point de référence de mon regard pour le reste de la journée.

J’ai toujours aimé la flotte. C’était à une époque limite une malédiction. Si au détour d’une promenade on passait à côté d’un ruisseau, d’une rivière, de n’importe quoi, j’allais me péter la gueule dedans. C’était invariable. Magnétique. Logique que la natation devienne un des rares sports dans lequel je ne suis pas trop mauvais (au grand étonnement de mes profs d’EPS, qui n’avaient jamais vu un type déplacer autant de flotte pour avancer). J’étais un peu le Percy Jackson du lycée St Ex. Conséquemment je me suis inscrit à la piscine à la fac avec Pollux, où on allait faire les andouilles une fois par semaine avant d’abandonner pour des raisons logistiques (le bassin était dans une autre fac). Depuis, je ne crois pas avoir taquiné la flotte des masses. La faute en revient principalement aux collabos de la bien-pensance qui gèrent les piscines publiques, ceux qui ont instaurés cette loi liberticide et fasciste qu’est le port obligatoire du bonnet de bain.

Les cheveux font intégralement partie du plaisir de la nage. Je pense bien sûr à la sirène de mon enfance, celle qui s’est carbonisée à jamais derrière ma rétine. Mais je kiffe aussi à mon propre niveau. Je ne peste pas quand j’ai les mèches qui viennent se coller devant les yeux, je trouve ça fun. Tout comme j’aime replonger, la tête en arrière, sous l’eau pour ressurgir le visage dégagé. Sans parler des mèches trempées qui me ravissent toujours autant à chaque passage devant le miroir des douches. Le bonnet de bain, c’est un peu la capote de la piscine, ce bout de plastique qui fait que malgré le plaisir, tu sens qu’il te manque un truc, que l’expérience n’est pas complète. Sauf que s’en dispenser n’est pas mortel. A mon petit niveau, ça me bloque. Je ne peux pas refoutre les pieds à la piscine avec un putain de bonnet.

Ce weekend on m’expliquait par Twitter interposés que les cheveux, c’est sale. Ah. Okay. Ca bouche les filtres d’évacuation d’eau et ça propage les poux. Perso un connard qui est assez fou pour aller se baigner avec des poux mérite une balle dans la nuque. Tout comme ceux qui ne se lavent jamais les cheveux. A cause de ces fils de chien les mecs à la cool dont la force réside dans leur flamboyante crinière sont esthétiquement et sensoriellement castrés. Le bonnet de bain, c’est le DRM de la piscine publique, tout le monde trinque pour une poignée de gros dégueulasses. Me donnerait presque envie de pisser dans l’eau par esprit de contradiction. Sauf que chaque fois que je passe devant la piscine publique Parmentier à côté de chez moi, je me souviens pourquoi j’y fous jamais les pieds.

Oui, j’ai des véritables graves problèmes dans ma vie. Mais 1984 ça a commencé comme ça. J’en suis certain. Sans déconner. Et je ne collaborerai pas.

Demain, critique d’un classique français.

725 – Quality Check

Je me souviens le premier mois où j’ai commencé à bloguer. J’étais encore chez Ubisoft, good times. Un weekend je me retrouve à squatter le Citadium (magasin de fringues pour branleurs parisiens) avec un pote de fac. Le mec me dit que clairement, là, en troisième semaine de blogging, je m’essouffle. J’aurais passé une bonne partie des deux heures qui ont suivies à tenter de lui tirer les vers du nez. Comment ça j’étais moins bon ? Je racontais de la merde ? Que faire pour améliorer le bousin ? J’avais besoin de savoir ! Et je pense que lui s’est mordu la langue d’avoir osé émettre un début de critique, vu que je m’étais changé en relou-garou. Avec le temps j’ai un peu progressé question encaissement de critiques (« un peu » étant à comprendre dans le sens « presque pas ») et les avis en creux continuent à me sauter au visage de temps en temps.

Ca peut prendre la forme d’une copine à qui j’envoie les notes à venir qui me dit qu’en ce moment je suis un peu chiant, enfin que c’est moins bien que d’habitude. Ou alors un total inconnu qui bitche que je dis tellement de la merde qu’il préfère encore arrêter de passer. En combo avec ceux qui partent du principe que je dois être brillant, secouer un peu le lectorat, et qui quand je suis moins inspiré ou juste sympa sont forcément déçus. C’est ça qui est bien avec l’interweb, c’est que y’a a peu près n’importe qui dessus. Et j’ai bien vu que j’avais une forme de lectorat rotatif, avec des gens qui commentent pendant plusieurs mois avant de simplement disparaître, ou des amis de la vraie vie qui ne le lisent plus. On peut appeler ça une forme de turnover du lectorat. Pour autant je ne me prends plus la tronche.

J’ai toujours dit que pondre une note par jour permettait ponctuellement d’écrire de la merde. Parce que le billet peu inspiré ou à la logique vacillante sera remplacé quelques heures plus tard par un autre, tout neuf. Et dans un autre ordre d’idée je préfère balancer un truc moyen que rien du tout. Ne serait-ce que parce que céder une fois, c’est commencer à céder tout court et que quelques mois plus tard je serai redevenu 1.0, a espérer devenir un grand publicitaire dénué de toute autre ambition artistique (si si). Puis, plus simplement, il est fort probable que je change avec le temps, avec mes humeurs. Je sais pertinemment que je finirai vieux con has been. J’en discutais d’ailleurs la semaine avec un vieux con bien conscient d’être has been, sur ce côté inéluctable de la lose. L’important c’est de s’y préparer, et de continuer à écrire en attendant.

De toute façon même quand je raconte n’importe quoi parfois ça déclenche les passions. Après le clavier neuf, le sèche-cheveux et les cartes de magiciens je me demande quelle va être ma prochaine surprise niveau réactions enthousiastes. Ou alors je prends pas de risques et je redis que Tim Burton fait de la merde. Mais c’est trop facile.

724 – “C’est pas une super nouvelle ça ?”

[Cette note est sans images pour cause de vie sociale et urgences amicales à gérer. Mais mais mais je serais vous je resterais aux aguets en cas de note bis 100% pics]

Le week-end dernier, poussé par mon propre article de blog, je regardais de nouveau Ma vie en l’air, le premier film de Rémi « Le premier jour du reste de ta vie » Bezançon. Cinquième vision oblige, j’analysais les plans, les dialogues, la structure et tous ces trucs. Une fois le Div… DVD terminé, je debriefais le film avec une amie jusqu’à décréter que ce mec, tout de même, c’est un peu le futur du cinéma français. Puis je me suis demandé, come on, il fait quoi depuis deux ans ce type ? Parce qu’en vérité, j’en sais rien. Alors je google un peu, je trouve une fiche sur allociné sans infos, pareil sur wikipédia, pas vraiment de news. Et je trouve pas ça normal. Vraiment pas. J’éteins le navigateur, dépité, et je me pose tout doucement la question. Pourquoi on a pas de site d’infos semi-confidentielles en France ? Où est notre Aint It Cool New à nous ?

Ain’t It Cool c’est le site mondial de référence sur le cinéma. C’est depuis plus de dix ans quelques mecs dans un garage qui postent des scoops, analysent des rumeurs, interviewent les acteurs du milieu du cinéma et critiquent sans concession les grosses sorties. Autant au début Hollywood les détestaient, autant à présent la grosse machine plie souvent face à la force de frappe d’un site gigantesque avec une communauté aussi massive que vénère. La passion surmonte tous les obstacles et la joyeuse bande de geeks qui gère Ain’t It Cool a tissé des liens durables et profonds avec certains réalisateurs et acteurs. Ca va de James Cameron joignable au téléphone pour démentir des rumeurs jusqu’à Stallone qui répond aux commentaires de temps en temps. Ceci expliquant pourquoi je passe sur Ain’t It Cool (et ses petits frères comme Latino Review) une bonne dizaine de fois par jour, au point de reconnaître tous les rédacteurs et de me sentir à la maison. Pourquoi on n’a pas pareil en France ?

A vue de nez les raisons sont multiples. La première, très simple, est que le cinéma de genre est très peu présent en France (tout comme les blockbusters), ce qui ne motive pas les geeks à créer des sites généralistes. Ceux là qui pourraient créer une grosse structure organisée se retrouve dans Mad Movies et restent dans leur niche (au sens marketing du terme). Ensuite la France est encore très (trop) cadrée par les attachés de presse. Les seules infos sur les films à venir sont distillées à coup de communiqués de presse et repris par Allociné ainsi que les sites de cinéma généralistes. Personne n’est dans une logique de coup de pied dans la fourmilière, et c’est prodigieusement dommage. Y’a pas longtemps un ami à moi m’a parlé du prochain Eric & Ramzy, pour l’instant au stade de script et m’a fait une micro critique du truc. Ca m’a tordu les tripes qu’il ne puisse pas avoir la structure à laquelle envoyer un gros report anonyme. Parce qu’au-delà de la curiosité, je pense que les fuites peuvent être bénéfiques.

Du moment que le processus créatif est éventré et jeté en place publique (avec un minimum de respect s’entend), les consommateurs de ciné, les passionnés, peuvent émettre des débuts d’avis. D’une part ça participe au bouche à oreille, ça fait du buzz et de la promo gratuite pour les studios. Mais je pense aussi que ça permet au public de se réapproprier une industrie de laquelle ils sont trop éloignés. Le cinéma français ce n’est pas que la dichotomie entre film branlette et film d’horreur petit budget. Il existe un entre deux bourré de personnes talentueuses, désireuses d’échanger. J’en suis convaincu. Puis, à titre purement personnel, avoir trois communiqués de presse sur un film, des avant première promo pour blogueurs et la tournée des TV, je trouve ça aussi triste que malsain. J’ignore si créer un site basé sur des scoops, critiques et contributions anonymes serait possible en France, s’il y aurait un public pour ça. Je sais juste que ça me manque, à titre personnel.

Si j’avais le temps, l’argent et le courage nécessaire j’aimerais bien essayer. Que les retours sur un script, un tournage ou des extraits visionnés par des contacts dépassent le cadre de mon Gtalk ou d’un déjeuner au restau. En attendant, pas le choix, je reste sur Ain’t It Cool.