Je ne me rappelle pas du tout de quand ça date. Mais un été quand j’étais jeune ado, en vacances en famille, on squattait un angle de rivière au fond d’une vallée. Ca formait une sorte de micro lac, et tous les vacanciers du coin venaient se baigner jusqu’à ce qu’ombre de la montagne sur l’eau s’en suive. Un de ces jours là, j’ai vu émerger une fille que je n’avais pas repérée avant. Elle s’est dressée à la surface dans un mouvement vertical. Ses cheveux lui tombaient jusqu’aux deux fossettes du bas du dos. Trempés, ils étaient collés contre sa cambrure, bien droit, comme aimanté à son dos. Et je me souviens avec une précision infinie de ce cliché là de mémoire. Si ma mâchoire était détachable, elle aurait finie au fond de l’eau. J’avais trouvé mon nouveau plus beau jour de ma vie, et le point de référence de mon regard pour le reste de la journée.

J’ai toujours aimé la flotte. C’était à une époque limite une malédiction. Si au détour d’une promenade on passait à côté d’un ruisseau, d’une rivière, de n’importe quoi, j’allais me péter la gueule dedans. C’était invariable. Magnétique. Logique que la natation devienne un des rares sports dans lequel je ne suis pas trop mauvais (au grand étonnement de mes profs d’EPS, qui n’avaient jamais vu un type déplacer autant de flotte pour avancer). J’étais un peu le Percy Jackson du lycée St Ex. Conséquemment je me suis inscrit à la piscine à la fac avec Pollux, où on allait faire les andouilles une fois par semaine avant d’abandonner pour des raisons logistiques (le bassin était dans une autre fac). Depuis, je ne crois pas avoir taquiné la flotte des masses. La faute en revient principalement aux collabos de la bien-pensance qui gèrent les piscines publiques, ceux qui ont instaurés cette loi liberticide et fasciste qu’est le port obligatoire du bonnet de bain.

Les cheveux font intégralement partie du plaisir de la nage. Je pense bien sûr à la sirène de mon enfance, celle qui s’est carbonisée à jamais derrière ma rétine. Mais je kiffe aussi à mon propre niveau. Je ne peste pas quand j’ai les mèches qui viennent se coller devant les yeux, je trouve ça fun. Tout comme j’aime replonger, la tête en arrière, sous l’eau pour ressurgir le visage dégagé. Sans parler des mèches trempées qui me ravissent toujours autant à chaque passage devant le miroir des douches. Le bonnet de bain, c’est un peu la capote de la piscine, ce bout de plastique qui fait que malgré le plaisir, tu sens qu’il te manque un truc, que l’expérience n’est pas complète. Sauf que s’en dispenser n’est pas mortel. A mon petit niveau, ça me bloque. Je ne peux pas refoutre les pieds à la piscine avec un putain de bonnet.

Ce weekend on m’expliquait par Twitter interposés que les cheveux, c’est sale. Ah. Okay. Ca bouche les filtres d’évacuation d’eau et ça propage les poux. Perso un connard qui est assez fou pour aller se baigner avec des poux mérite une balle dans la nuque. Tout comme ceux qui ne se lavent jamais les cheveux. A cause de ces fils de chien les mecs à la cool dont la force réside dans leur flamboyante crinière sont esthétiquement et sensoriellement castrés. Le bonnet de bain, c’est le DRM de la piscine publique, tout le monde trinque pour une poignée de gros dégueulasses. Me donnerait presque envie de pisser dans l’eau par esprit de contradiction. Sauf que chaque fois que je passe devant la piscine publique Parmentier à côté de chez moi, je me souviens pourquoi j’y fous jamais les pieds.
Oui, j’ai des véritables graves problèmes dans ma vie. Mais 1984 ça a commencé comme ça. J’en suis certain. Sans déconner. Et je ne collaborerai pas.
Demain, critique d’un classique français.


