Mercredi soir, vingt trois heures cinquante cinq, place de la République avec Eric. On rentrait chez nos chez nous respectifs après un plan blogueurs à trois dans un restau qui va bien. J’ai besoin de faire un crochet par la pharmacie ouverte vingt quatre sur vingt quatre. Le mec derrière le comptoir est plutôt jeune, début de calvitie mais brun aux yeux bleus. Avec une belle veste et dix kilos de moins ça le ferait grave. Je ne sais plus pourquoi mais on parle de Paris, et le type finit par lâcher :
- Vous savez, moi je suis Lyonnais donc bon.
- La famille !!!
Je brandis les bras en l’air, donne un coup dans la lampe qui pendait du plafond. Je tente de la stabiliser mais je me brûle et couine de douleur au milieu de la pharmacie. Eric commence à prendre son expression faciale favorite quand il traine avec moi, celle où y’a marqué What The Fuck sur son front.

- Nan mais je suis Lyonnais aussi. Vous êtes d’où vous ?
- Je viens des pentes de la croix-rousse.
- LA FAMIIILLE !!! Je suis de Caluire ! J’étais à St Ex au lycée !
- Vous avez quel âge ?
Notez que pendant ce temps là, ma commande de médocs n’avance pas des masses. Mais trop content de trouver un compatriote, je lui balançais ma date de naissance.
- J’ai vingt trois ans. Enfin vingt-quatre dans trois mois.
- Hum… est-ce que tu connais la famille P. ?
- Genre avec une fille qui s’appellerait Ségolène ?
- Ouais carrément !
- J’ai un pote qui se l’est faite.
- Ah ouais ? Elle est facile ?
- Pas trop si je me souviens bien. Je crois que c’est une connasse un peu.
- Perso je me suis tapé sa grande sœur.
- Cool. Beau gosse.

Tout le long je voyais Eric se décomposer, comme s’il venait de foutre les pieds dans la quatrième dimension, sorte de remake lyonnais de Bienvenue chez les Chtis. Il a protesté qu’il ne comprenait rien à ce qu’on racontait et à gueulé a tue tête sur le reste du chemin :
- Nan mais la famille P. ! Et la Ségo quoi !
Bon, c’est vrai que la Croix-Rousse, sur Lyon, c’est un peu quartier bobo consanguin. Le coin où on petit déjeune en terrasse avec l’infinie certitude d’être les mecs les plus cools de toute la France. Parce que c’est la vérité. Après, effectivement, tout le monde connaît tout le monde et tout le monde finit par coucher avec tout le monde. Un jour j’écrirai mon article gore avec un organigramme sur qui a baisé qui. Mais pas tout de suite, j’ai encore des potes là bas. Enfin sauf Ségolène P., que j’ai jamais vraiment pu blairer.

Tout ceci tendant à prouver que mine de rien, les Lyonnais sur Paris, ça raconte un peu des trucs surréalistes qui font peur aux gens. Mais c’est pour ça qu’on s’aime.


