Elle était venue avec un Tupperware plein de brownie maison. C’est le genre de trucs qui comptent pour un premier rencard. J’ai dévoré le gâteau, assis sur les quais, pendant qu’elle me racontait que niveau CV, elle avait réussi là où j’avais ramassé mes dents bien des années plus tôt. Un dévoilement d’affinité en entrainant un autre, on s’est retrouvé chez elle. Et c’était bien. Enfin, pas en terme de terminaisons nerveuses bassement chatouillées sous une couette. Pas seulement. C’était bien sous les doigts, sous le corps, derrière le cerveau. Un de ces rares cas où on se dit que ouais, pour le coup ouais, on aimerait voir si y’a moyen de faire durer, de profiter, de tenter le coup. Simplement. Ça aurait été passer outre la loi de Murphy, l’emmerdement maximum, le retour de karma dans les genoux deux semaines plus tard : « J’ai envie d’être égoïste un peu, de profiter, je veux pas me poser. Puis y’a pas que toi en fait.”

Croyez-moi si vous le voulez, mais c’était absolument la première fois qu’on me faisait le coup. Ever. Pourtant c’est pas faute de connaître le script par cœur. Cette pièce, je l’ai jouée je sais pas combien de fois ces derniers temps. Le moment merdique où tu réalises que si ça continue, si l’autre s’attache, ça va finir dans les larmes et le sang. Le moment où tu sors tes antisèches, celles avec marqué « C’est pas toi, c’est moi », « Je suis sentimentalement indisponible », « Je voulais juste qu’on prenne du plaisir mais ça me déchirerais de te voir souffrir ». Bla bla bla. Au moins en ce qui me concerne je ne m’y suis pas habitué. J’arrive pas à faire ça proprement, yeux dans les yeux, parce que ces bouts de texte, j’y crois vraiment. Pas encore de bullshit, toujours un fond de palpitant qui s’agite, même mollement. Elle y croyait aussi je pense, à ce qu’elle disait. Assez pour culpabiliser pendant que je me morfondais chez moi.

Okay, c’était pas l’amour at first sight, le truc de fou furieux qui vous crucifie sur place et vous posse à écrire des lettres d’amour en anglais. Sauf que tout de même, ce premier soir, quand je suis rentré chez moi à trois heures du matin (quand je vous dis qu’elle était bien, elle m’a pas forcé à rester dormir), je me suis dit que j’avais enfin mis la main, littéralement, sur quelqu’un avec qui j’aurais aimé me poser, histoire de voir. Quelques jours plus tard, alors que je racontais mon weekend à un pote, il conclut en me jetant au visage que « Toi t’as craqué sur elle ». No kidding. Au lieu d’un bout de belle histoire, j’aurais finalement goûté à mon propre venin. Beurk. Sincèrement beurk. Comater au fond d’un fauteuil la journée à espérer des nouvelles qui ne viendront pas vu qu’elle essaie d’enterrer l’histoire. En fait, c’est pas fun. J’ai rétrospectivement présenté mes excuses à mes « exs » dans mon fort intérieur. Pas sûr que j’aie été entendu.

On pourrait croire que ça m’aura assagi, fait prendre un peu de distance. Perdu, ce fut exactement le contraire. Le mal engendre le mal comme on dit. J’en parlais avec un ami (pas le même, un autre), et à mi mot je préférais en conclure que j’étais pas encore insensible, et toujours à l’affut d’une occasion d’y croire. Quant à la fille, je la stalke un peu. J’ai toujours cru au dicton qui dit que le sexe change les amies en inconnues et les inconnues en amies. Tout se transforme, rien n’est jamais perdu.
Demain ? Aucune idée. Chaque jour suffit sa peine toussa j’écrirai un truc à la bourre et vous verrez bien.





