764 – Crash Landing

Elle était venue avec un Tupperware plein de brownie maison. C’est le genre de trucs qui comptent pour un premier rencard. J’ai dévoré le gâteau, assis sur les quais, pendant qu’elle me racontait que niveau CV, elle avait réussi là où j’avais ramassé mes dents bien des années plus tôt. Un dévoilement d’affinité en entrainant un autre, on s’est retrouvé chez elle. Et c’était bien. Enfin, pas en terme de terminaisons nerveuses bassement chatouillées sous une couette. Pas seulement. C’était bien sous les doigts, sous le corps, derrière le cerveau. Un de ces rares cas où on se dit que ouais, pour le coup ouais, on aimerait voir si y’a moyen de faire durer, de profiter, de tenter le coup. Simplement. Ça aurait été passer outre la loi de Murphy, l’emmerdement maximum, le retour de karma dans les genoux deux semaines plus tard : « J’ai envie d’être égoïste un peu, de profiter, je veux pas me poser. Puis y’a pas que toi en fait.”

Croyez-moi si vous le voulez, mais c’était absolument la première fois qu’on me faisait le coup. Ever. Pourtant c’est pas faute de connaître le script par cœur. Cette pièce, je l’ai jouée je sais pas combien de fois ces derniers temps. Le moment merdique où tu réalises que si ça continue, si l’autre s’attache, ça va finir dans les larmes et le  sang. Le moment où tu sors tes antisèches, celles avec marqué « C’est pas toi, c’est moi », « Je suis sentimentalement indisponible », « Je voulais juste qu’on prenne du plaisir mais ça me déchirerais de te voir souffrir ». Bla bla bla. Au moins en ce qui me concerne je ne m’y suis pas habitué. J’arrive pas à faire ça proprement, yeux dans les yeux, parce que ces bouts de texte, j’y crois vraiment. Pas encore de bullshit, toujours un fond de palpitant qui s’agite, même mollement. Elle y croyait aussi je pense, à ce qu’elle disait. Assez pour culpabiliser pendant que je me morfondais chez moi.

Okay, c’était pas l’amour at first sight, le truc de fou furieux qui vous crucifie sur place et vous posse à écrire des lettres d’amour en anglais. Sauf que tout de même, ce premier soir, quand je suis rentré chez moi à trois heures du matin (quand je vous dis qu’elle était bien, elle m’a pas forcé à rester dormir), je me suis dit que j’avais enfin mis la main, littéralement, sur quelqu’un avec qui j’aurais aimé me poser, histoire de voir. Quelques jours plus tard, alors que je racontais mon weekend à un pote, il conclut en me jetant au visage que « Toi t’as craqué sur elle ». No kidding. Au lieu d’un bout de belle histoire, j’aurais finalement goûté à mon propre venin. Beurk. Sincèrement beurk. Comater au fond d’un fauteuil la journée à espérer des nouvelles qui ne viendront pas vu qu’elle essaie d’enterrer l’histoire. En fait, c’est pas fun. J’ai rétrospectivement présenté mes excuses à mes « exs » dans mon fort intérieur. Pas sûr que j’aie été entendu.

On pourrait croire que ça m’aura assagi, fait prendre un peu de distance. Perdu, ce fut exactement le contraire. Le mal engendre le mal comme on dit. J’en parlais avec un ami (pas le même, un autre), et à mi mot je préférais en conclure que j’étais pas encore insensible, et toujours à l’affut d’une occasion d’y croire. Quant à la fille, je la stalke un peu. J’ai toujours cru au dicton qui dit que le sexe change les amies en inconnues et les inconnues en amies. Tout se transforme, rien n’est jamais perdu.

Demain ? Aucune idée. Chaque jour suffit sa peine toussa j’écrirai un truc à la bourre et vous verrez bien.

763 – Social Barking

Je crois l’avoir déjà mentionné à plusieurs reprises, mais je fais la plupart du temps une très mauvaise première impression. Ce n’est pas la note où j’essaie d’expliquer pourquoi. On verra ça un autre jour. Si je le mentionne à nouveau c’est parce que je me souviens que pas mal de mes premiers potes du net ne pouvaient pas me blairer au départ. Prenez l’exemple de Mr Grand (oui, comme son nom l’indique). On ne se serait jamais parlé si je ne l’avais pas prodigieusement irrité à bomber le torse et faire le beau sur un forum d’arts graphiques. Il a montré les dents, genre petit con d’où tu te la pètes ? Et moi de grogner à mon tour, shut the fuck up je sais de quoi je parle et je vais te le prouver ! Echange de mails, de fichiers et de bons mots. Un an plus tard je passais ma première semaine de cours à Paris sur son canapé dans l’attente d’un appart’.

Mr Grand fut loin d’être le seul à suivre ce schéma. D’où adaptation de la maxime que je vous sortirai demain (oui, le blog à voyager dans le futur) : une engueulade ça transforme des inconnus en amis et des amis en inconnus. Les potes des Internets que j’ai pu me faire ces derniers mois avec qui j’ai fini par clasher ont complètement disparus de mon radar (et inversement). Certains d’entre eux ragent encore en mode Gollum dans les recoins obscurs des réseaux sociaux. Alors que pendant ce temps, une bonne session insultes courtoises avec un type qu’on a jamais vu mais qui ne peut pas vous sentir permet toujours de dénouer les choses. Prenez ce prétendu fils de chacal qu’est William Rejault. Lui tailler un costume trois paragraphes n’aura pas eu comme seul effet que de me détendre, mais ça aura favoriser un enterrement de hache de guerre autour d’un mojito et l’échange de textos gay-friendly à intervalles semi-reguliers.

Un peu de théorie de comptoir. Dans les Internets nous n’existons pas vraiment. Ce n’est pas un scoop qu’être bien peinard derrière un écran désinhibe. Au point souvent de nous faire agir de manière plus primaire que dans la real life, voire de blesser le pauvre type de l’autre côté de la série de tubes. Montrer les dents, grogner et taper du poing sur le blog permet de ramener son interlocuteur à une certaine forme de réalité. J’existe, je suis là. A partir du moment où une interaction « violente » se produit, c’est le miroir aux alouettes qui se brise et l’univers reprend ses droits : nous ne sommes que deux connards avec un clavier sur les genoux et pas de avatars indestructibles. D’où prise de recul et relativité propices à réévaluer son jugement. A un niveau plus reptilien c’est aussi une façon de dire qu’on a de la répartie, de la force et des couilles si besoin est. Entre mecs, ça se décante au final sous forme de respect mutuel et viril (ou d’escalade jusqu’au coup de couteau entre les cotes à la sortie du bureau, mais c’est plus rare).

Ou alors on a toujours la solution d’aller parler calmement avec la personne d’en face. Mais bon, c’est nettement moins marrant. Sinon il reste la vraie vie, l’endroit où les gens ont moins le temps de vous stalker et de se faire des tonnes d’idées préconçues avant de vous aborder. Pareil, nettement moins marrant. Putain par contre qu’est-ce que ça détend.

Demain on parlera du retour de bâton quand on à l’audace d’y croire un ti peu.

762 –Book Review 128

Je flique les sorties du petit éditeur Stéphane Million depuis un moment. Grand bonhomme aux cheveux étranges toujours dans les bonnes soirées littéraires, il a le mérite de sortir des bouquins un peu modernes. Parmi eux, Pagaille monstre, à la couverture très classe et troisième roman de son auteur Jérôme Attal chez Millon. Ce qui m’a fait débourser mes 18€ au bout de plusieurs semaines d’hésitation et de rationalisation budgétaire, c’est le concept. Attal s’est penché sur les livres dont vous êtes le héros de mon enfance pour en produire un héritier parisien bobo. Vous savez, ces trucs où suivant votre décision vous continuez votre lecture à tel ou tel numéro. Sauf qu’ici adieu les barbares, les araignées géantes et ce bon vieux Loup Solitaire. Bonjour les pétasses de Paris, les emmerdes sentimentales et artistiques. Trop attiré par une idée que j’aurais adoré avoir eue, j’ai fini par craquer.

Vous êtes un jeune scénariste pour le cinéma, enfin aspirant scénariste. Si ce soir vous débarquez à cette soirée huppée où vous ne connaissez personne, c’est parce que votre ami Teddy vous y a incrusté. Tout ça parce que l’une des deux sœurs maitresses de maison connaît du monde dans le milieu de cinéma et serait susceptible de vous aider à signer votre road movie initiatique de zombies. Les frangines sont tout aussi jolies que différentes, l’une froide et sérieuse, l’autre chaleur et insouciance. A moins que vous ne jetiez votre dévolu sur Stéphanie, une invitée. Sans oublier votre camarade de classe, Maï, qui semble se rapprocher de vous de plus en plus. Puis il y a et il y aura toujours Clémence, l’amie d’enfance, l’amour de jeunesse, qui choisit ce soir entre tous les soirs pour reprendre contact à coup de textos non sollicités. Il ne reste plus qu’à faire le bon choix.

Bon. J’aurais tenté de retourner le bouquin dans tous les sens, je ne suis parvenu qu’à des fins assez tristes, thématiquement. Au point que je me demande s’il est possible de « gagner » Pagaille Monstre. Je pourrais demander à l’auteur, son mail étant à la fin du texte, mais ça serait tricher un peu. En tout cas j’en garde l’impression d’un truc assez pessimiste, où la fille avec laquelle on finit n’est pas la bonne, vous abandonne ou, mieux, vous fait tuer. Car à l’instar des vrais livres dont vous êtes le héros, quelques mauvais choix peuvent vous pousser sous un métro. Littéralement. Alors on feinte comme on peut, on multiplie les marque pages, on recommence du début en survolant les numéros déjà lus. Le bouquin est super ludique, fun, et se serait merveilleusement prêté à une version numérique pour Kindle ou iSheep avec des fonctions de liens hypertextes.

Pagaille Monstre n’est pas pour autant exempt de défauts. Autant j’étais content d’être dans la peau d’un étudiant en cinéma, autant il a vraiment des goûts de branleur prétentieux et ne pas être un minimum calé sur le sujet risque d’être un handicap à la lecture. Plus grave, seules deux des filles de l’histoire me plaisaient vraiment, possédant une véritable épaisseur. J’aurais aimé tomber réellement amoureux des personnages féminins, et essayer encore et encore de les séduire. Enfin stylistiquement c’est un peu le bordel. Certains bons mots passent mieux que d’autres et lorsque le livre change de registre, dérivant vers l’absurde ou le fantastique, j’en sortais un peu. Des défauts qui feraient d’un roman classique un objet très moyen. Emporté dans le délire et l’exercice d’écriture, je suis passé outre, prenant au final pas mal de plaisir, et un peu de frustration.

Comme souvent, je sais pas de quoi demain sera bloggué. On verra bien.