Chaque fois que je redescends sur Lyon, c’est un peu Nowel. La faute à mon connard de facteur et mes malhonnêtes de voisins. L’un abîmant et faisant dépasser les colis qui arrivent tandis que les autres se servent au passage. D’où le fait que mon salon Lyonnais abrite une succursale de ma boîte aux lettres. Vous connaissez mes penchants pour les achats compulsifs. Alors imaginez le résultat de cinq semaines passées à Paris. Ce fut un véritable anniversaire avant l’heure qui m’attendait ce week-end : un tee, deux énormes recueils de comics, un roman japonais, un roman US, un Blu-Ray et un jeu PS3. Je vous dis pas le poids de la valise retour après tout ça. Mais cette fois, dans le lot, un objet étrange était venu se glisser. Ce livre était plastifié, avec une cote imprimée et collée sur la tranche. La marque du tampon encreur sur les pages ne laissait aucun doute quant à sa provenance. Je suis le propriétaire d’un livre de bibliothèque volé !

Lorsque j’ai voulu acheter Kockroach, j’ai eu le choix entre une édition brochée à un peu plus de dix euros, ou une édition reliée bling bling épuisée donc dispo en occasion pour, accrochez vous : 1,40 euros. Mon budget étudiant n’a fait qu’un tour et j’ai réalisé une belle entorse à mon vœu d’acheter les livres neufs autant que possible. Me voilà bien puni comme on dit. Le roman appartient à la bibliothèque publique du compté de Gwinnett. J’ai fait une recherche, c’est en Georgie. Ils ont même un site web et un compte Twitter. Quelque part c’est étrange, parce que pour une fois je sais d’où vient l’objet d’occasion. Le code barre indique 2007. Ca veut dire que dans les deux dernières années, un mec l’a piqué et revendu à une grosse boutique sévissant sur Amazon. J’arrive à me figurer le bouquin sur les étagères, emprunté par des mecs et tout. C’est étrange comme ressenti.

Au final je suis un peu tiraillé. D’un côté j’ai l’impression d’être complice d’un truc assez infâme. Ca ne me viendrait tellement pas à l’idée de voler dans une bibliothèque. Le lieu à quelque chose de sacré pour moi, tout comme les livres ont une aura particulière. D’où la sensation d’être un peu sali par association. D’un autre côté ce bouquin a déjà une belle vie, lu, relu et rerelu. C’est un petit bout d’héritage, une sorte d’exemplaire unique marqué au fer bleu d’une institution culturelle. J’ai une responsabilité supplémentaire à la lecture et un exemplaire unique. J’aurais pu enlever le plastique, gratter les étiquettes du bout des ongles. Je n’en ai rien fait. Je conserve mon exemplaire de Kockroach dans l’état dans lequel je l’ai reçu. Pas d’hypocrisie pour le voleur que je suis, mais ce léger sentiment d’avoir un exemplaire unique. Plus qu’à le lire du coup, en tant qu’ultime emprunteur.

N’empêche, le truc m’a été vendu moins d’un euro et demi. C’est peu cher payé pour le voleur de bibliothèque. Se salir le karma pour si peu, c’est un peu triste. D’ici une semaine ou deux je ferais la critique du bouquin. On verra si ça valait le coup de devenir complice.
Demain ce sera roman français très cool.
LOOT STAGE !!!
Sinon, le butin Lyonnais ressemblait à ça cette fois.






