761 –Pirates Of The Biblioteca

Chaque fois que je redescends sur Lyon, c’est un peu Nowel. La faute à mon connard de facteur et mes malhonnêtes de voisins. L’un abîmant et faisant dépasser les colis qui arrivent tandis que les autres se servent au passage. D’où le fait que mon salon Lyonnais abrite une succursale de ma boîte aux lettres. Vous connaissez mes penchants pour les achats compulsifs. Alors imaginez le résultat de cinq semaines passées à Paris. Ce fut un véritable anniversaire avant l’heure qui m’attendait ce week-end : un tee, deux énormes recueils de comics, un roman japonais, un roman US, un Blu-Ray et un jeu PS3. Je vous dis pas le poids de la valise retour après tout ça. Mais cette fois, dans le lot, un objet étrange était venu se glisser. Ce livre était plastifié, avec une cote imprimée et collée sur la tranche. La marque du tampon encreur sur les pages ne laissait aucun doute quant à sa provenance. Je suis le propriétaire d’un livre de bibliothèque volé !

Lorsque j’ai voulu acheter Kockroach, j’ai eu le choix entre une édition brochée à un peu plus de dix euros, ou une édition reliée bling bling épuisée donc dispo en occasion pour, accrochez vous : 1,40 euros. Mon budget étudiant n’a fait qu’un tour et j’ai réalisé une belle entorse à mon vœu d’acheter les livres neufs autant que possible. Me voilà bien puni comme on dit. Le roman appartient à la bibliothèque publique du compté de Gwinnett. J’ai fait une recherche, c’est en Georgie. Ils ont même un site web et un compte Twitter. Quelque part c’est étrange, parce que pour une fois je sais d’où vient l’objet d’occasion. Le code barre indique 2007. Ca veut dire que dans les deux dernières années, un mec l’a piqué et revendu à une grosse boutique sévissant sur Amazon. J’arrive à me figurer le bouquin sur les étagères, emprunté par des mecs et tout. C’est étrange comme ressenti.

Au final je suis un peu tiraillé. D’un côté j’ai l’impression d’être complice d’un truc assez infâme. Ca ne me viendrait tellement pas à l’idée de voler dans une bibliothèque. Le lieu à quelque chose de sacré pour moi, tout comme les livres ont une aura particulière. D’où la sensation d’être un peu sali par association. D’un autre côté ce bouquin a déjà une belle vie, lu, relu et rerelu. C’est un petit bout d’héritage, une sorte d’exemplaire unique marqué au fer bleu d’une institution culturelle. J’ai une responsabilité supplémentaire à la lecture et un exemplaire unique. J’aurais pu enlever le plastique, gratter les étiquettes du bout des ongles. Je n’en ai rien fait. Je conserve mon exemplaire de Kockroach dans l’état dans lequel je l’ai reçu. Pas d’hypocrisie pour le voleur que je suis, mais ce léger sentiment d’avoir un exemplaire unique. Plus qu’à le lire du coup, en tant qu’ultime emprunteur.

N’empêche, le truc m’a été vendu moins d’un euro et demi. C’est peu cher payé pour le voleur de bibliothèque. Se salir le karma pour si peu, c’est un peu triste. D’ici une semaine ou deux je ferais la critique du bouquin. On verra si ça valait le coup de devenir complice.

Demain ce sera roman français très cool.

LOOT STAGE !!!

Sinon, le butin Lyonnais ressemblait à ça cette fois.

760 – The L Team

La semaine dernière je buvais un coup avec des potes qui bossent dans la BD. C’était l’occasion de prendre des nouvelles des gens, de leurs projets, signatures ou chiffres de vente. A mon petit niveau j’étais surtout content de traîner avec un bout de la bande. Car si j’ai lâché le scénario pour profiter de l’autonomie de la prose, du travail seul, avoir une bande de potes me manque. L’éternel paradoxe en fait. On peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. La BD est un petit milieu. Tout le monde voit plus ou moins qui est qui, qui fait quoi, et des groupes et allégeances se forment. En un peu plus de quatre ans j’avais la panoplie complète : ma team de jeunes de qui n’en veulent, la team d’amis pros qui me traitaient comme un égal, les teams qui ne pouvaient pas me blairer pour diverses raisons et bien entendu j’avais un pire ennemi ainsi qu’un rival. De l’importance de trouver sa place.

L’esprit de corps entre artistes, y’a rien de mieux. Donner un avis à quatre heures du matin sur le storyboard d’un ami reste un plaisir inimitable. J’ai lu une quantité incroyable de scripts tout en refourguant les miens aux bons critiques, à ceux qui sauraient me rebooster. Y’a deux ans sortait une BD dans laquelle je figurais au milieu des remerciements. L’année prochaine en sort une autre dont une réplique est de moi (le scénariste l’ignore d’ailleurs, pensant que la proposition de réécriture vient du dessinateur). Les guéguerres d’égo étaient moins pénibles avec deux trois potes pour se battre à vos côtés. C’était le bon temps comme on dit quand on est un vieux con. Parce qu’en prose, jusqu’ici c’est un peu la mort niveau team. Okay, j’ai une ou deux potes auteures avec qui je peux à peu près échanger et puiser de l’énergie, mais ça ne va pas vraiment plus loin. J’ai même pas de rival attitré, ou de pire ennemi. Et ça me manque.

Le problème provient peut-être de la nature même du médium littéraire. On écrit dans son coin au lieu de collaborer sur plusieurs projets, avec plusieurs personnes. Force est aussi de reconnaître aussi qu’il est plus facile de regarder rapidement une planche de BD que de lire des tonnes de pages pour rendre service. Quand je réfléchis au paysage des auteurs français, je vois bien quelques affinités (autour des revues littéraires), quelques débuts d’équipe (la bande du Flore), mais j’ai l’impression que ça reste discret, un peu auto centré. J’ai sûrement une vision parcellaire du truc, ce n’est pas impossible, après tout, la littérature est un milieu d’allégeances comme un autre et je ne connais qu’une infime partie de ses composantes. A mon petit niveau je peine à accrocher avec d’autres qui n’en veulent. Parce que ceux que je croise manquent de technique, ne sont pas assez proches de ma personnalité, de mes ambitions, de ma vision des choses, de mon univers. Enfin la littérature c’est pas comme la BD où il faut habituellement être trois pour signer (scénariste/dessinateur/coloriste). En prose tu travailles seul. Quand tu gagnes, tu gagnes seul.

Forcément, ça joue sur la faiblesse des amitiés et la difficulté d’être un vrai groupe. Alors que j’ai le souvenir de l’année dernière, quand une auteure m’a dit « putain j’aimerais trop écrire un truc avec toi ». Bond au cœur. Enfin c’était avant qu’elle me lise vraiment et s’enfuie en courant. Si j’étais aigri, je lancerai une revue littéraire web de plus, un truc sans aucun autre intérêt que de me faire des coupains de Word pour aller boire des coups et dire qu’on va trop changer le monde. Mais j’ai un mémoire à écrire. Sans déconner. Puis j’ai toujours mes vrais potes de BD et les soirées aux Furieux Bastille qui vont avec.

759 – Ciné Club 96

Hier soir je suis allé voir Kick-Ass. Finalement. Et c’était bien. Pas méga ouf mais tout de même vraiment bien. Et puis c’était aussi l’occasion de découvrir un peu plus de peau de la sublime Lindsy « Je suis beaucoup trop bonne pour être la fille de Ted » Fonseca. A un moment durant le film passe un morceau de BO extraordinaire. Pollux, qui était avec moi (et dont c’est l’anniv’ aujourd’hui, je dis ça je dis rien) reconnaît presque immédiatement la bande son de Sunshine, l’avant dernier film de Danny Boyle. Le réal que tout le monde connaît au moins pour Slumdog Millionnaire, si ce n’est pour 28 jours plus tard, Transpotting ou, si vous avez des goûts douteux, La Plage. Troisième collaboration avec l’écrivain et scénariste Alex Garland, Sunshine reste peut-être un des derniers films de SF un tant soit peu artistique et intelligent.

Dans un futur proche, le soleil se meurt et l’humanité est condamnée alors que la Terre se refroidit de plus en plus. L’expédition Icarus I devait aller déposer un prototype de bombe gigantesque au cœur de l’étoile dans l’espoir de relancer la fission. Le vaisseau ayant simplement disparu sans explication, une seconde expédition, Icarus II, est lancée sept ans après. Pour l’équipe d’astronautes qui la compose le voyage est long, et leur principal problème est de s’entendre sur plusieurs mois. Néanmoins plusieurs pannes mécaniques s’avèrent beaucoup plus dangereuses que prévu, et lorsque l’Icarus II reçoit un signal de détresse provenant de son prédécesseur, l’équipage doit prendre la décision d’aller enquêter et récupérer des ressources ou de passer leur chemin, au risque de compromettre leur mission et de mettre l’humanité toute entière en danger.

Sunshine est principalement un film psychologique, avec des personnages confrontés à eux-mêmes, au vide, au Soleil qui est traité à la manière d’un Dieu, avec pouvoir de vie autant que de mort. C’est dans ces moments que le casting brille. Le personnage principal est joué par le troublant Cyllian Murphy, qui fixe le vide de ses yeux bleus. On retrouve aussi l’excellent Chris Evans, qui avant de jouer Captain America dans deux ans, nous prouve ici qu’il est capable d’une grande palette d’émotions dans son jeu. Mention spéciale à la toujours adorable Michelle Yeoh qui se voit rarement proposer des films de qualité en dehors de l’Asie. Sinon en méchant y’a Mark Strong, qui joue aussi dans Kick-Ass (oui tout est lié !). Malheureusement si Sunshine est un poil bancal c’est en grande partie la faute de son personnage. Alors que pendant les deux tiers du film on observe quelque chose d’un peu flottant, psychologique et un poil métaphysique, le dernier tiers flirte un peu trop avec le film de monstre (sans pour autant trahir les thématiques du scénario).

A l’époque ça ne m’avait pas gêné outre mesure, j’étais trop subjugué et emballé pour faire marche arrière. D’autres ont été complètement traumatisé par cette irruption de l’action dans ce qui était jusque là un film psychologique. Qu’on minimise ses défauts ou pas, Sunshine reste une jolie expérience sensorielle et presque métaphysique, servie par un cast d’acteurs impeccables et une réalisation ambitieuse. Oh puis la bande originale est assez classe pour qu’on s’en souvienne encore trois ans après.

Demain, on parlera d’avoir des amis.

TRAILER STAGE !!!