755 – Book Review 126

J’avais promis à Ice Queen de lire Northern Lights, le premier volume de la trilogie culte de Philip Pullman (« A la croisée des mondes »). Le bouquin repose sur ma wishlist Amazon en attendant un sursaut de motivation, mais j’ai retenu le nom de l’auteur. Aussi quand le mec sort un nouveau roman blasphématoire où Jesus et Christ sont deux frangins, ça me fait rêver. En plus, fourberie marketing, le livre possède deux couvertures au hasard, une blanche et une noire (Get It ?). Pas de bol, j’ai eu celle que je voulais pas. Encore moins de bol, mon bâtard de facteur un peu trop feignasse a tellement tassé le colis pour l’enfourner dans ma boîte qu’il a réussi à plier la couverture cartonnée. Juste le truc complètement pas possible. Autant dire que c’était pas méga bien parti. Au moins c’est écrit gros et y’a un marque page intégré.

Le pitch du livre est assez simple. Lorsque Marie est mise en cloque par un ange, elle donne naissance à deux frères jumeaux, Jésus et Christ. Jésus est passionné, bon orateur et physiquement en grande forme tandis que Christ est plus calculateur, chétif et intellectuel. Tous deux sont persuadé que le Royaume de Dieu arrive, et veulent répandre la bonne parole. C’est finalement Jésus qui s’en va parcourir le pays pour prêcher la bonne parole, étant bien plus charismatique que son frère. Christ ne reste pas inactif pour autant puisqu’un étrange personnage l’aura convaincu de prendre en note la vie de Jésus, pour l’histoire, pour que survive la vérité. Mais alors que Jésus prend de plus en plus de risques par manque de mesure dans ses propos, de calcul dans ses actes, Christ est tiraillé par l’envie de réécrire son récit, pour le rendre meilleur, plus inspirant, plus historique, plus apte à créer une Eglise.

Chez nos amis anglo-saxons, The Good Man Jesus And The Scoundrel Christ aura fait couler beaucoup d’encre, les grenouilles de bénitier hurlant au scandale. Pas vraiment de quoi fouetter un cureton tant le texte va dans le sens de la morale chrétienne, passant la moitié du bouquin à définir le bien et le mal à coup d’extraits remixés de textes sacrés. Si Pullman tape sur quelqu’un, c’est sur l’église en tant que concept, sa propension à manipuler les faits, créer des mythes pour s’approprier le pouvoir. Bon, à titre personnel, je trouve que ça fait un peu « Captain Obvious contre les portes ouvertes ». La vraie idée du livre c’est de trouver un moyen d’expliquer la résurrection sans « miracle ». Je vous donne un indice, Jésus et Christ sont frères jumeaux. Ca, c’était cool. Et si je vous spoile c’est parce qu’en dehors de ça, on a vite fait le tour de la question.

Un petit mot sur le style avant de remballer. Les chapitres sont courts, entre trois et six pages et l’écriture est simple. Un comme on raconterait une histoire à un enfant. C’est donc un peu vieillot, proche de ce qu’on attend d’un texte religieux, mais clair à la fois. La lecture est au moins plaisante, même si l’expérience générale m’aura laissé sur ma faim.

Demain, on causera bunker et bonnet de bain.

754 – Napkins : Serious Business

En ce moment, je mange des légumes. Attention je les achète pas et je les cuisine encore moins. Non, rien d’aussi dramatique. C’est juste qu’au stage, on a un Restaurant Interentreprises. Et y’a des haricots verts. Entre autres joyeusetés. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi c’est la première fois que je refous les pieds dans une putain de cantine à la bien depuis Lyon. Non parce qu’au Celsa, à Neuilly, on a à peine la place de foutre un distributeur de sandwichs dans le coin d’une pièce sans fenêtres qui pue l’odeur de bouffe réchauffée au micro-onde. Donc ouais, je prends un pied monstrueux à me trimballer avec mon plateau en quête d’un truc pas trop moche à manger. Puis au RIE de Lagardère Active, y’a un mec super étrange, une sorte d’anomalie, un type qui me fascine au plus haut point. Mais qui fait un peu peur aussi.

Déjà visuellement il n’appartient pas aux lieux. Là où tous ses collègues sont en tablier blanc, lui est en mode ultra propret : costume trois pièces, cravate, chaussures bien lustrées, petites lunettes et cheveux toujours impeccablement coiffés. Plus étonnant, il est très jeune, propre sur lui. T’as l’impression qu’il sort à peine de grande école de management. Sauf que non. Il s’occupe de la caisse. Il te bipe ton badge d’employé. Voilà. Sauf que même ça, il peut pas le faire en mode casual. Non non. Par exemple, tu peux crever la gueule ouverte si tu n’as pas pris une serviette sur ton plateau. Je déconne pas. Je suis resté bloqué au checkpoint pendant trois minutes le temps de comprendre ce qu’il voulait, à savoir que je me saisisse d’une serviette en papier. Du coup, quand à force de mindfuck mon boss s’est mis à prendre le réflexe. Serious business man lui a lâché : « C’est bien, je vous aurais au moins inculqué ça ! »

Forcément, l’homme est une sorte de légende dans l’immeuble. Je ne suis pas là depuis assez longtemps pour comprendre quel est le pourquoi du comment. Néanmoins chaque midi je l’observe du coin de l’œil. J’ai par exemple remarqué qu’il déjeunait toujours seul, en dernier, paladin du restaurant interentreprises. J’essaie d’imaginer comment à son âge il s’est retrouvé là, qu’est-ce qui le rend psychorigide de la cantine. Peut-être que c’est genre une vraie vocation. Un matin à la cantine de l’école primaire, alors que ses camarades chahutaient, il s’est senti investi d’une mission divine. C’est en partie à cause de mecs comme ça que l’entreprise, ça me fait peur. On a toujours des espèces de types super étranges, dans tous les services, dans toutes les boites. Comme la psycho de l’année dernière qui marchait toujours le menton vers le haut et qui n’aura pas adressé la parole à aucun stagiaire en trois mois.

J’imagine l’homme de la cantine rentrer chez lui le soir, auprès de sa femme, et se congratuler à voix haute de tous les employés qu’il a convertis à la grande cause de la serviette obligatoire. Sa douce sera fière, prête à s’offrir toute à son amant, qui rend le monde meilleur, un plateau repas complété à la fois.

Demain on parlera d’un livre avec Jésus dedans. Et, spoiler alert, à la fin il meurt.

753 – Not Getting It

Quelques mois plus tôt sortait un nouveau comic chez Vertigo : The Unwritten. Le pitch était plutôt cool, l’histoire d’un mec qui dédicace les livres de son père disparu dont il est un héros magicien (très Harry Potter dans l’idée). Et l’idée du truc c’est que Tom, le mec donc, n’existerait pas vraiment, se serait échappé des pages des romans de son « père ». Les autres personnages de l’histoire essayant de le tuer alors qu’il tente de découvrir s’il est fictionnel ou réel. C’est écrit par Mike Carey, un scénariste à qui on l’a fait pas. Vertigo y croyait vraiment, au point de sortir le premier numéro au tarif promo d’un tout petit dollar. Ce qui m’a motivé à bouger mon cul et d’aller en acheter un pour essayer. Problème, j’ai trouvé ça prodigieusement ennuyeux, au même moment où les critiques comics de tous les internets s’extasiaient devant The Unwritten, meilleure nouvelle série de l’année à leurs yeux.

A titre personnel, je considère que le boulot d’un critique va bien plus loin que de simplement donner son avis. Un critique doit avoir une certaine prise sur le médium en question. Il doit avoir un background culturel conséquent, un esprit d’analyse et savoir identifier les éléments objectifs constitutifs des œuvres, comme la structure narrative, le cadre d’un film, les caméras, ces trucs. Sans cette base d’analyse, ce n’est pas une critique, c’est un avis amateur. Tout comme un critique doit être aussi capable de se mettre dans la peau d’un autre, superposer une couche d’objectivité en plus de son ressenti. Savoir dire pourquoi un film lui parle alors qu’il est fondamentalement mauvais. Ou alors comprendre pourquoi les gens aiment Twilight. En gros, sans cette capacité à avoir un double niveau d’appréciation, il manque quelque chose au travail de critique à mon sens. Si je vous dit ça, c’est que si je sais très bien pourquoi je n’ai pas aimé le premier numéro de The Unwritten, je n’arrive pas à comprendre pourquoi d’autres on aimé. Je n’y arrive simplement pas.

Comme j’aime bien creuser quand quelque chose me résiste, j’ai acheté (avec du vrai argent, sans déconner !) le premier recueil de la série, avec les cinq premiers numéros dedans. J’ai tout lu, consciencieusement. Et rebelotte. Je trouve ça mou, très confus, sans grand intérêt. Au bout de presque cent pages le héros en est encore à découvrir le pitch, et je me gratte le crâne. Non parce que je lis les critiques faites sur les sites spécialisés. Je lis les arguments, ce qui plaît. Mais je ne comprends simplement pas. Ca me passe au dessus de la tête. Je n’arrive pas à me mettre dans la peau de quelqu’un qui aime, à voir ce qui peut plaire à un autre que moi. C’est quelque chose de suffisamment rare pour me planter directement sur place. Et sincèrement je n’oserais pas écrire en toute bonne foi une critique un minimum objective de The Unwritten. J’ai l’impression qu’il me manque quelque chose, ce serait parcellaire, une dimension manquante.

Le pire dans tout ça, c’est que je suis tellement frustré de pas piger, que je pense que je vais acheter le Tome 2. Je me dis que c’est obligé, dans le Tome 2 je vais trouver le truc qui tue qui fait kiffer les gens. C’est juste que j’ai pas assez lu la série. Un numéro c’était pas suffisant. Un recueil c’est trop peu. Bordel je veux comprendre !

Sinon, je sais pas de quoi on parlera demain. Du tout.

FREE STUFF STAGE !!!

Si vous êtes curieux, le premier numéro de The Unwritten est dispo en PDF et en anglais sur le site de Vertigo.