Suite de la note 666.
- Ditfrid était impuissant face au saccage de son petit village du nord de la Scandinavie. La tempête de neige qui faisait rage ces derniers jours avait sonné le glas de ses habitants. Impossible pour la population d’entreprendre la fuite qui leur aurait permis d’échapper à l’attaque des Trolls des montagnes. Les géants de muscles balayaient d’un revers les maisons qui n’étaient pour eux que des jouets d’enfant. La garde avait tenté de faire front, mais leur sang maculait à présent la neige tandis que leurs femmes et enfants tentaient de fuir ou de se terrer dans quelque recoin. Ditfrid avait lui-même une épaule brisée, l’articulation broyée, son bras gauche encore relié par la seule chair. La douleur l’empêchait de s’évanouir sur la paille de la grange dans laquelle il s’était réfugié, à la recherche d’un court répit avant la mort. Il serrait le manche de sa lame de plus belle. Avec un peu de chance, en se plaçant sous le ventre d’une des bêtes, il pourrait empaler un Troll sur son épée avant de succomber. Le guerrier prenait appui sur ses jambes en grognant pour se redresser lorsque le toit de la grange s’envola. Au dessus de lui, le plus grand des Trolls, le chef, avait décapsulé la bâtisse et se pourléchait déjà les babines de sa langue rapeuse.
La main du monstre ne put ne se saisir que d’une poignée de paille. Ditfrid avait roulé de côté, s’écrasant contre son épaule invalide dans la manœuvre. Il poussa un cri de douleur si déchirant que le Troll en eu un mouvement de recul. L’animal était en colère. Il commença à avancer contre le mur de la grange, à marteler le sol de coups de poings, cherchant à écraser l’insecte qui avait osé lui faire peur. Le viking bondissait, roulait, lâcha son épée qui glissa sous un meuble. Impuissant, l’homme se laissa aller à pleurer à la pensée du carnage en cours, de sa propre mort, de l’injustice de l’horreur de cette fin. Il hurla vers les cieux, priant Odin de lui venir en aide, une seule fois. Or il n’était pas dit que la dernière requête d’un noble combattant tombe dans l’oreille d’un sourd. Au Valhalla, royaume des dieux, le puissant Odin leva le petit doigt. Au dessus du petit village la tempête se transforma en cyclone, les bourrasques de neige tournant en cercles concentriques, fouettant le visage des assaillants. Depuis les nuages chuta un marteau qui vint transpercer les tripes du Troll menaçant Ditfrid avant d’aller s’écraser à quelques centimètres des doigts du guerrier.
Une ébauche oubliée du puissant Mjolnir de Thor, ce marteau bien moins puissant était tout de même capable de repousser une armée de Trolls, de les bannir de la terre des hommes. A lui seul Ditfrid sauva son village, assénant coup après coup galvanisé par l’aura du métal divin, brisant les os, concassant les faces de monstre jusqu’à ce que la victoire s’en suive. Son combat gagné, le guerrier chuta en arrière, épuisé. Les villageois qui lui portèrent secours ne retrouvèrent pas le marteau. L’arme n’était plus d’aucune utilité en ces lieux. Les légendes rapportent qu’à chaque attaque de Trolls depuis lors, un vaillant combattant se retrouvait armé d’un marteau à la force peu commune. C’est ainsi que bataille après bataille, les Trolls se sont éteints de la surface du globe à tout jamais, grâce à l’action combinée des dieux et des hommes. Une fois la menace définitivement chassée, on n’a dès lors plus jamais entendu parler du marteau.
Pas si mal non ?
- Je suppose. Mais, quel intérêt, pourquoi me raconter ça ?
L’antiquaire réajuste ses fines lunettes derrière son bureau. Contrebandier de reliques en col blanc. On est loin du papy chinois sympa de Gremlins. Tout ici pue le fric, à commencer la suite royale au dernière étage du building occupée par cette “échoppe”. L’homme daigne me répondre après avoir fait grincer le cuir de son fauteuil.
- D’un part parce que votre commande est en préparation et qu’il faut bien que je fasse la conversation. Ensuite parce que vous êtes blogueur, si j’en crois mes informations.
- Je ne vois pas trop le rapport.
- Un blogueur, ça a des trolls. Et les trolls, sur internet, ça se bannit. D’où l’expression « sortir le Banhammer » quand on fait le ménage sur un forum ou dans des commentaires. Ça provient de cette légende.
- Jamais entendu parler.
- Du Banhammer ?
- Non, de votre histoire de Vikings.
- C’est comme tous les mythes, que veux-tu. Plus personne ne donne de sens aux choses. Tellement dommage. Enfin, ça pour le coup ce serait une arme que tu pourrais utiliser pour… ton problème. Avec lui.
Nous sommes interrompus par l’acolyte de l’antiquaire, un type étrange, lui aussi trop bien habillé, si mince que je l’imagine sans peine s’infiltrer n’importe où, pour voler une relique ou collecter le rein d’un mauvais payeur. Sans un mot il pose une petite boîte en bois sur le bureau, ouvre le verrou et m’en présente le contenu que son patron prend la peine de commenter.
- Un charme pour révéler le vrai visage du mal. C’est bien ce que vous désiriez, à défaut d’une arme que vous puissiez manier.
- Avec ça je pourrai le fixer ? Je veux dire le forcer à rester au même endroit, me le montrer tel qu’il est ?
- Lorsque ce sceau est brisé, le réel vous est dévoilé, l’univers est mis à nu pendant un court instant. Personne n’a jamais essayé sur lui. Je suppose que personne n’a envie de voir à quoi il ressemble vraiment, encore moins de se retrouver face à une version réelle et fixée de lui. Mais si ce charme ne fonctionne pas, alors rien ne fonctionnera.
L’assistant ferme brusquement la boîte. Plus moyen de faire marche arrière.
- Je le prends.
- Vous êtes certain d’avoir les moyens ?
Comme si j’avais le choix. Ma simple présence ici, dans cette boutique que j’ai mis des semaines à trouver et des mois à accéder, scellais déjà le marché. On ne ressort pas d’ici sans rien acheter.
- Au point où j’en suis. Je ne suis pas à une dette près…
Mer il et fou!
Dis donc, t’as pas honte de parler de paganisme le jour de l’ascension ? :-p
En réalité, thebestplace, c’est un Lost littéraire. Il se passe des trucs de aouf inexplicables, dont la révélation ne se fera qu’à la fin, lors de la note 999. Ce diable étant la personnification du lac noir des tes névroses, te poussant à lutter contre cette pulsion de mort en créant, en écrivant, en partageant des choses. En te dévoilant petit à petit au travers de chacun de tes posts quotidiens, que ce soit de manière consciente ou pas, tu laisses partir un peu de cette noirceur, ou tu l’atténues un peu du moins. Et lors de la note finale, Benjamin dit LeReilly se transformera en Matthias Jambon-Puillet, prêt à affronter la vie.
Omagod, y’avait quoi dans ma blanquette de volaille ce soir ? *_*
C’est plus fort que moi, chaque fois que je regarde le titre, je commence par lire “The Mighty Banana”, et mon cerveau se met à me sortir des trucs invraisemblables pour justifier ça.
Très bon texte, sinon. Dommage qu’il faille probablement attendre la note 888 pour avoir la suite.
Ça ferait un chouette cris de guerre ça.
” MIGHTY BANHAMMMEERRR §§ ”
Je voie bien le Reilly gueuler ça,sa criniere au vent,fendant les rangs de trolls,diables,éditeurs et ninja UMP mêlés.
J’aurais quelque chose a raconté a mes ptit enfants.
J’adore. Vraiment. Bien joué
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