792 – Lost Boys

Cette semaine j’ai eu des nouvelles d’un pote, le mec genre complètement extatique. Mec, qu’il me dit, tu vas trop pas le croire mais l’autre soir j’étais avec tu sais qui, et devine quoi ?! Heu… quoi ? ON N’A PAS COUCHE ENSEMBLE !!! Okay. Donc là c’est le moment où je dois aller forger une médaille en platine pour le pote, puisque c’est ce qu’il veut. Ceci étant dit, techniquement, il ne l’aurait pas volé. Faut dire que monsieur s’est trouvé une fille bien, une avec qui il serait éventuellement prêt à voir si y’a moyen de faire durer un peu. Pour lui c’est pas super facile à assumer ce genre de choses. C’est ça le problème quand on est émotionnellement fracturé et qu’on a une propension à attirer les jouvencelles en pleine éruption hormonale. Je vais essayer mec, qu’il a conclu. Cette fois je fais un choix je suis mature !

Pendant ce temps là, à New York, Sharkboy est en plein désarroi (oui, mon blog est international). Deux semaines plus tôt il s’inquiétait de craquer pour une jolie fille plus âgée. Il avait surtout peur de s’attacher, rapport au fait qu’il est Sharkboy et que les femmes sont faites pour êtes mastiquées jusqu’à disparition totale de la saveur, puis nœud à la capote, poubelle et suivante. Mec, je suis accro et j’aime pas ça qu’il me maile. Damn. A mon petit niveau j’allume une cigarette en chocolat sur mon balcon imaginaire et je me souviens de décembre. A l’époque il avait rencontré une fille juste adorable et magnifique. Un soir de beuverie au coca, il me confiait que celle là, ouais celle là il pensait rester avec un moment, parce qu’elle vaut le coup. Non c’est sûr, y’a moyen qu’il se range. En fait, décembre pour Sharkboy, c’était so 2009.

Quelque part je suis content d’avoir Pollux comme meilleur ami. Pas seulement parce qu’il a la puissance nécessaire pour balayer mes ennemis d’un revers du petit doigt. En vérité Pollux est peut-être le dernier ami proche qui soit en couple, depuis longtemps, et heureux. Pas de crasses à base d’amants dans le placard, pas de coups de pute ou de périodes sans. Pollux et Polluxette sont ensemble, et bien ensemble. Je me demande si depuis un moment je ne choisis pas de me rapprocher des mecs instables sentimentalement de manière inconsciente, par mimétisme avec ma propre situation. J’arpente les routes du pays où tout le monde est célibataire et où tout le monde se jure à intervalles réguliers que celle là, c’est la bonne. Dans le doute, parfois, ça se tape ses exs. A force j’en arriverais presque à croire que tous les mecs de mon âge en sont là. Alors j’appelle Pollux, et ça va mieux.

En attendant de retrouver ma fougue et de briser le cercle vicieux du néant, je vais continuer à manger des pizzas et échanger des mails avec les optimistes aux résolutions aussi fragiles que sincères. A force, ils finiront bien par se surprendre, et moi avec.

791 – Autistic Fight

La semaine dernière la chaîne CBS a annoncé sa programmation pour la saison prochaine. Un des gros changements est le déplacement de The Big Bang Théory face à Community de NBC. Car pourquoi jouer la carte de la contre-programmation quand on peut coller deux séries comiques l’une contre l’autre par pur esprit de contradiction de fils de pute ? Le destin a un curieux sens de l’humour. Venir coller la pire série comique face à la meilleure, c’est un peu la blague. Surtout quand on y regarde de plus près, puisque les deux shows sont les deux les plus références, qui font le plus grand usage de la pop-culture, à l’heure actuelle à la télévision. Sauf que, bien évidemment, il y en a une qui le fait avec un mépris gerbant et l’autre avec une intelligence fine et un amour et respect infini. Je vous laisse deviner qui est qui.

A ma gauche, Sheldon, le geek de The Big Bang Theory. On a un semi-autiste uniforme, qui au fil des saisons devient de plus en plus un attardé avec des répliques de gamin de cinq ans. C’est un peu le problème quand on est dans le refus total, absolu et monolithique de faire évoluer du moindre iota de pouce de bébé ses personnages. Sheldon fait loler parce qu’il ne comprend rien à rien et aime des trucs de geeks. Les références de TBBT sont connues : les comics, la science, les jeux-vidéos. Tout le monde connait star wars, sait qu’un truc super abscond s’appelle la physique quantique et que Superman est un super héros qui met son slip sur son pantalon. C’est facile de rire aux références de Sheldon et ses potes. Mais c’est surtout mesquin. Ah ah quelle bande de geeks avec leurs manies et occupations pathétiques. On connait parce qu’on méprise, on rit parce qu’on méprise. Tu rigoles devant The Big Bang Théory : tu es quelqu’un de mauvais.

A ma droite, Abed, le geek de Community. On a un semi-autiste aux facettes multiples, qui sous l’impulsion des autres personnages tente de changer, de s’adapter à la vie en société tout en replongeant parfois dans ses propres délires. Abed est aussi le commentateur de sa propre série, conscient des clichés du sitcom ou des scénarios qui se jouent au fil de chaque épisode. Il est à la fois dans et devant la TV, avec nous. Abed fait loler parce qu’il adore les trucs de geeks, le cinéma, les séries, toute une culture qu’il aime et à travers laquelle il tente de fonctionner en communauté. Lorsqu’il fait une référence à Terminator il ne va pas traiter un autre personnage de Terminator. Non, il va sortir une réplique du film qui fait sens dans le contexte de la scène. Tu ne la comprends pas tu continues l’épisode, mais si l’Abed dans le dedans de toi a reconnu la référence, un sentiment d’amour t’envahit. Le clin d’œil te va droit au cœur et tu ris, non pas aux dépends du personnage, mais avec lui.

Community célèbre la culture geek, ses codes et ses références cultes là où The Big Bang Théory va chercher le rire au dépend d’une pop-culture de bas étage, méprisée et moquée une fois de plus en prime time. Je pourrais parler de la forme des shows. Big Bang et sa structure répétitive, caméra fixe sans grosse storyline face à des extérieurs, caméra dynamique et effets de réalisations dans Community. Mention spéciale aux rires enregistrés. Community fait de son côté des effets et compte sur la qualité de son script pour faire rire au lieu d’un mécanisme de répétition pavlovien pour trépané en manque de personnalité. Regarder Big Bang devrait être considéré comme quelque chose de honteux, le truc dont on ne devrait pas oser se vanter de peur de se faire socialement gifler. Alors que chaque épisode de Community devrait être regardé, commenté et re-regardé pour en savourer tout le jus d’awesome qu’il renferme.

La programmation de CBS me met hors de moi, car Community va se faire écraser par le mastodonte Sheldon. L’idiocratie est en marche. Community va perdre une chance de prouver aux fans de Big Bang à quel point elle est une bonne série, vu qu’ils seront occupés à regarder CBS. Heureusement les vrais savent, heureusement ils étaient assez nombreux pour assurer une seconde saison de ce qui aura été la meilleure nouvelle série de cette année, sans aucun comparaison. Goliath est une vieille pute boursouflée à la peau râpeuse. Amusez vous bien, mes amis et moi on a réservé nos soirées avec David.

ALTERNATE POST STAGE !!!

Sinon j’aurais pu faire un article pour comparer les filles des deux séries. Mais, comment dire…

790 – Book Review 133

J’ai entendu parler de Kockroach en trainant sur le site de Chuck Palahniuk. La communauté est assez active et propose des critiques de bouquins dont on ne parle pas forcément ailleurs. Le pitch était super sexy : « Bon les mecs, on va faire de l’anti Kafka, c’est l’histoire d’un cafard qui devient un humain ! ». Passage à la case Amazon où j’ai faiblement hésité entre le broché à dix euros et le relié d’occasion à trois fois rien. Où comment je me suis retrouvé avec un exemplaire de bibliothèque. Insérer culpabilité. Heureusement vous m’avez rassuré y’a quelques notes en m’expliquant que des fois, les biblios, ça refourgue des bouquins qui traînent sur les étagères, par simple soucis de place. D’où l’impression de posséder un espèce de collector, qui a le mérite d’être zoliement recouvert d’une jaquette en plastique et de présenter une cote avec code barre sur la tranche.

Un cafard se réveille dans la peau d’un homme d’une trentaine d’année. Passé le traumatisme de base, le déni et l’acceptation, il s’aventure dans le New York des années 50. Les premiers jours de sa nouvelle existence sont mis à profit pour apprendre, par observation et imitation, le concept des vêtements, de l’argent, du langage qu’il ne maîtrise pas. Il aurait pu rester SDF a survivre de ce qu’il trouve dans les poubelles. Mais un brigand de bas étage, Mickey dit « Mite » pour cause de petite taille, le prend sous son aile, sentant un potentiel sous cette carapace d’homme qui n’a peur de rien et qui est prêt à tout pour apprendre. Le désormais baptisé Jerry Blatta découvre la société sous l’angle des gangs et de la mafia, un milieu dans lequel ses instincts de cafard lui permettent d’exceller. Et ce n’est que le début.

J’accroche rarement aux polars, aux thrillers, et pourtant, ici, j’étais complètement pris par le bouquin, que j’ai littéralement dévoré. Le concept du cafard qui devient un homme n’est jamais vraiment expliqué. Tyler Knox (auteur sous pseudo, qui habituellement écrit du polar et voulait plus de liberté, confère mon article de lundi dernier) est avant tout intéressé par un point de vue inédit sur la nature humaine. Kokroach ne ressent pas toutes les émotions et contradictions des hommes, il met du temps à assimiler des rituels sociaux qui lui semblent absurdes. Pendant la moitié du livre il ne comprend pas le langage et se contente de reproduire des sons qu’il pense reconnaître pour obtenir des réactions qu’il a déjà observées. L’écriture est assez bonne pour que les personnages secondaires soient presque plus fascinants que le cafard et on se laisse emporter sans peine pendant les dix ans que dure le récit.

Bon, du coup je culpabiliserais presque de pas l’avoir topé neuf. Mais comme je l’ai en collector… Enfin ça valait le coup, j’avais peur que le concept s’épuise où que le côté années 50 du truc me gave. Finalement non. Un bon polar noir bien cynique avec des personnages complexes et un angle fantastique, ça se mange bien.

Demain, séries ! (mais pas Lost)