783 – Book Review 132

J’ai enfin mis la main sur un exemplaire Sévère, de régis Jauffret. Par la même j’ai donc enfreint une de mes règles d’or en l’empruntant à mon N+2 au bureau (tu ne te feras point prêter). Tout ça parce que, et je l’ai déjà dit, on se retrouve là face au pire rapport quantité/prix en littérature depuis le dernier livre attribué à Nicolas Rey. Refusant de cautionner ça j’ai taxé l’exemplaire dédicacé qui trainait sur le bureau du patron (du coup je peux pas faire style j’ai oublié de lui rendre, vu que c’est marqué dedans que c’est le sien, fuck). Au moins Sévère à une genèse un peu étrange, d’abord soi-disant refusé chez Gallimard par peur de procès pour finalement arriver au Seuil, de toute façon amputé des noms des protagonistes. Ca sent un peu la combine dont on est pas trop au courant. Etrange. Enfin, le truc aura été lu en quelques trajets de métro, efficace.

Jauffret aura chroniqué pour Le Nouvel Obs l’affaire Stern. Souvenez vous, le banquier Suisse bourré aux as qu’on aura retrouvé dans une combinaison en latex rose sadomasochiste, assassiné d’une balle dans la tête par sa maîtresse (dans tous les sens du terme) bafouée, Cécile Brossard. De ce fait divers et grand procès, l’écrivain tire un roman. Ca aurait pu être un récit, mais en choisissant de faire vivre au présent la fuite de Brossard et d’ajouter des anecdotes plus ou moins fantasmées, Jauffret reste malgré tout dans l’ouvre de fiction, mais dont la plupart des faits sont réels, mais pas tous attention. Oui, je le conçois c’est bordélique. On a vu des récits de faits divers (genre dans lequel excelle Emmanuel Carrère) ou des romans inspirés par les journaux. Ici on nage en pleine confusion, un pied dans chaque genre.

Sur la forme c’est pas super grave, j’ai même trouvé ça fascinant, cette espèce d’expérimentation entre le réel et le faux, un puzzle qui joue avec la vérité. Sur le fond, tout ça sonne un peux creux. On suit la maîtresse en fuite, jusqu’à son revirement, son retour et ses aveux. Est-ce que ça parle de SM ? Pas vraiment. De banques ou de la vie des puissants névrosés ? Non plus. En se concentrant sur le « personnage » de Cécile Brossard ne creuse pas son sujet et préfère explorer un personnage et son intimité. L’exercice est réussi mais un fois le livre refermé je suis resté un peu sur ma faim. J’aurais voulu en savoir plus, sur d’autres angles, d’autres détails de l’affaire. L’histoire réelle est si riche qu’il est forcément un peu décevant de se retrouver avec un petit roman condensé. Néanmoins le style est magistral, à vous enchaîner des trouvailles pages après pages. A mon petit niveau c’était l’humiliation, je suis petit et Jauffret est grand.

En s’inspirant du réel, Régis livre un opus agréable et surtout facile à lire, éloigné des expérimentations complexes du passé. Plus pur peut-être, mais paradoxalement plus creux. Déjà que j’en sors frustré, si j’avais mis 17€ dedans j’aurais boudé dans un coin de mon studio deux/trois jours.

782 – Hi, My Name Is (What ?) (Who ?)

L’autre soir une fille m’appelait au milieu de la nuit, complètement éthylée. Et c’était plutôt drôle. D’autant plus que je l’ai jamais vue de ma vie, que j’ignore même jusqu’à son visage. Voilà qui m’apprendra à passer mon numéro à n’importe qui sur Twitter. Le truc drôle avec les gens de Twitter, c’est que pour la plupart ils ne me lisent pas ici, sur le blog. Ils m’ajoutent à la faveur d’un retweet ou je ne sais quelle recommandation. S’ils fonctionnent comme moi ils checkent vite fait le lien vers le blog et n’y repassent jamais. Tout ça pour en arriver au fait que cette fille m’invectivait en gueulant « Benjamiiiin ! ». Car oui, plein de gens sur Twitter pensent que je m’appelle vraiment Benjamin, que c’est mon prénom. Et à chaque fois c’est pareil, il me faut deux ou trois secondes pour faire le lien dans ma petite tête et répondre « Ouiiiii !!! ».

Remarquez, j’ai un ami de la vraie vie qui m’a pendant plusieurs années appelé « Ben ». A un moment j’ai cessé de le contredire et j’ai laissé filé, me retrouvant parfois à planter quelques instants avant de lui répondre à lui aussi. Parce qu’autant j’aime bien le concept du pseudo, d’avoir un alias sur le net, autant le même dans la vraie vie me stresse toujours un peu. On m’a déjà appelé BenReilly, Le Reilly, Ben ou Benjamin. Je m’y fais pas. On me retorquera que je peux toujours lâcher cette histoire de pseudo, garder juste ce bon vieux Matthias Jambon-Puillet. Après tout, c’est ce qu’il y aura de marqué sur la couverture si un jour je sors un bouquin. Ce ne serait que du recentrage d’image de marque, ça limiterait pas mal de confusions. Sauf que je l’aime bien mon petit pseudo, je le traine depuis tellement longtemps, j’aime l’écrire, jouer avec. Mon mien. C’est sentimental. Puis bon, mon vrai prénom marche moyen aussi.

Enfin, ce que je veux dire c’est que si vous m’appelez par mon prénom ça va immédiatement me stresser. Entendre « Matthias » me fait crisser les oreilles. Je fonctionne par surnoms affectueux ou feintes. Avec Pollux on est « Mec » ou « Dude » mais pas Pollux et Matthias. Avec mes copines je suis… des trucs honteux, mais des trucs. Les seules personnes qui utilisent mon vrai prénom sont les gens qui me connaissent encore peu, l’administration, les personnes qui veulent m’engueuler et mettent une distance ou celles qui tentent de me prendre de haut. C’est simple, si vous dégainez mon prénom, vous me mettez directement mal à l’aise, peut-être plus qu’en utilisant un de mes pseudos. Comme quoi, c’est étrange la force des choses, de se retrouver dépossédé de son prénom comme ça.

Dans le même ordre d’idée j’utilise très rarement les prénoms de mes interlocuteurs, je suis physiquement incapable de prononcer le prénom de ma partenaire sous une couette, c’est une névrose à deux sens. Je maintiens ma théorie sur le fait qu’on m’appelle Matthias (quasi) uniquement pour m’engueuler ou me prendre de haut et que c’est de là tout vient. Y’a sûrement moyen de trouver une autre explication de comptoir, mais ça c’est votre boulot.

Demain, roman presque SM mais en fait non (à part sur le prix).

781 Bis – Guy’s DVD Night

Hier soir j’invitais l’ami Thibaut Octave à venir mater The Big Lebowski en HD-DVD (ce qui, je vous l’accorde, n’apporte pas grand chose au film). Ça s’est vu, sur Twitter, et la coalition des fourbes en aura tiré un dessin de Mlle Jones.Il n’était cependant pas écrit qu’on se laisse faire de la sorte. J’ai donc pris feuille, crayon et scanner pour répliquer à ma façon.

Au final, c’était plutôt une bonne soirée. Et j’ai enfin tout compris au film, ce qui est plutôt cool, rapport au fait que j’arrêterai de passer pour un gland.