J’ai enfin mis la main sur un exemplaire Sévère, de régis Jauffret. Par la même j’ai donc enfreint une de mes règles d’or en l’empruntant à mon N+2 au bureau (tu ne te feras point prêter). Tout ça parce que, et je l’ai déjà dit, on se retrouve là face au pire rapport quantité/prix en littérature depuis le dernier livre attribué à Nicolas Rey. Refusant de cautionner ça j’ai taxé l’exemplaire dédicacé qui trainait sur le bureau du patron (du coup je peux pas faire style j’ai oublié de lui rendre, vu que c’est marqué dedans que c’est le sien, fuck). Au moins Sévère à une genèse un peu étrange, d’abord soi-disant refusé chez Gallimard par peur de procès pour finalement arriver au Seuil, de toute façon amputé des noms des protagonistes. Ca sent un peu la combine dont on est pas trop au courant. Etrange. Enfin, le truc aura été lu en quelques trajets de métro, efficace.
Jauffret aura chroniqué pour Le Nouvel Obs l’affaire Stern. Souvenez vous, le banquier Suisse bourré aux as qu’on aura retrouvé dans une combinaison en latex rose sadomasochiste, assassiné d’une balle dans la tête par sa maîtresse (dans tous les sens du terme) bafouée, Cécile Brossard. De ce fait divers et grand procès, l’écrivain tire un roman. Ca aurait pu être un récit, mais en choisissant de faire vivre au présent la fuite de Brossard et d’ajouter des anecdotes plus ou moins fantasmées, Jauffret reste malgré tout dans l’ouvre de fiction, mais dont la plupart des faits sont réels, mais pas tous attention. Oui, je le conçois c’est bordélique. On a vu des récits de faits divers (genre dans lequel excelle Emmanuel Carrère) ou des romans inspirés par les journaux. Ici on nage en pleine confusion, un pied dans chaque genre.
Sur la forme c’est pas super grave, j’ai même trouvé ça fascinant, cette espèce d’expérimentation entre le réel et le faux, un puzzle qui joue avec la vérité. Sur le fond, tout ça sonne un peux creux. On suit la maîtresse en fuite, jusqu’à son revirement, son retour et ses aveux. Est-ce que ça parle de SM ? Pas vraiment. De banques ou de la vie des puissants névrosés ? Non plus. En se concentrant sur le « personnage » de Cécile Brossard ne creuse pas son sujet et préfère explorer un personnage et son intimité. L’exercice est réussi mais un fois le livre refermé je suis resté un peu sur ma faim. J’aurais voulu en savoir plus, sur d’autres angles, d’autres détails de l’affaire. L’histoire réelle est si riche qu’il est forcément un peu décevant de se retrouver avec un petit roman condensé. Néanmoins le style est magistral, à vous enchaîner des trouvailles pages après pages. A mon petit niveau c’était l’humiliation, je suis petit et Jauffret est grand.
En s’inspirant du réel, Régis livre un opus agréable et surtout facile à lire, éloigné des expérimentations complexes du passé. Plus pur peut-être, mais paradoxalement plus creux. Déjà que j’en sors frustré, si j’avais mis 17€ dedans j’aurais boudé dans un coin de mon studio deux/trois jours.



Il n’était cependant pas écrit qu’on se laisse faire de la sorte. J’ai donc pris feuille, crayon et scanner pour répliquer à ma façon.