819 – Dear Quick,

J’ai beaucoup dit du mal de toi au fil du temps. Faut dire qu’on sait vraiment pas par où commencer ? La déco est quand même super kikoo lol, tout ce rose, cette disharmonie dans les couleurs, c’est la nausée oculaire. Tes équipiers ont l’air encore plus dépressifs que chez DoMac, à préparer les burgers mille ans à l’avance pour avoir le temps de s’ouvrir les veines. Burger qui sont donc froids, tout le temps, même en plein centre ville en heure de rush. Forcément en combo avec l’absence de sauce et un pain friable car assez sec pour éponger la fuite de BP, tes burgers, ils sont eux aussi en dépression. Ton giant, c’est petit joueur pour être le flagship de ta carte. Le seul qui se tient un peu, c’est le suprême cheese. Un jour, quelqu’un à fait un putch en cuisine et on a eu l’intense bacon, un des trois meilleurs burgers français de tous les temps (classement à revoir avec le temps). La rumeur à même courue qu’il passe permanent. Mais non. Le cuistot renégat a été exécuté, tête dans le four, et vous vous êtes dépêchés de ressortir les Bigoos.

Sans déconner, le concept même du Bigoo c’est du suicide ! Oh tiens, si on mettait deux goûts différents dans le même sandwich, histoire de multiplier par deux la potentialité que le client ne supporte pas un des deux goûts. Chez Quick, on aime vivre dangereusement, on fait des burgers AUDACIEUX ! D’ailleurs on est aussi AUDACIEUX dans nos campagnes marketings ! On va prendre des jeunes avec une « tête de jeune telle qu’on l’imagine au service marketing et qui fait peur aux vrais jeunes de la vraie vie » qui vont pleurer face caméra qu’ils ont fait avant de lancer la punchline la plus naze de tous les temps « Quick, tu peux faire quelque chose pour moi ? ». Bac philo, qu’est-ce que le courage. Réponse, les campagnes de pub de Quick. En vrai, la meilleure publicité TV de Quick de tous les temps, c’était celle où un mec se rappelait les meilleurs moments de sa vie, et entre deux filles y’avait… l’Intense Bacon. COINCIDENCE ?!!

En vrai Quick, je t’écris parce que pour la première fois depuis deux ans, tu m’as vendu du rêve la semaine dernière. En rentrant du cinéma avec mon meilleur ami, on est passé à Bellecour, à Lyon, dans le Quick rénové. Premier bon point la déco grise/argent au lieu du rose. J’ai demandé un Giant Max Country, parce que je teste TOUS tes putain de temporaires. Réalisé sur commande, le burger était encore fumant, parfaitement bien assemblé, le fromage qui déborde des quatre coins. Les steaks avaient un vrai goût de grillé, les oignons croquaient alors que le vrai pain achevait de rendre l’ensemble consistant. Dieu que c’était bon, dieu que le truc avait une taille décente. Tu sais quoi ? Ce Giant Max Country, je l’ai retesté dans des conditions normales (salade fatiguée, moitié chaud et mal foutu) deux jours plus tard. Je l’ai revalidé. Pour la première fois depuis deux ans, tu m’as vendu un burger au bon goût d’awesome. Et j’en ai redemandé.

Bien sûr, comme tu es Quick, tu as quand même fait une campagne de pub merdique avec Anelka et tu nous as sorti une version épicée pour faire genre y’en a deux c’est pas le même t’as vu. Le courage, l’audace, toutes ces conneries. Fuck it. Ton devoir, à toi, Quick, c’est de faire passer ce Giant Max Country en permanent. Comme le M, le 280 et le CBO sont permanent chez DoMac, parce qu’ils sont premium. Je te fais absolument confiance pour tout gâcher et faire disparaître ton bijou aussi vite qu’il est arrivé. Mais, dans le fond de mon moi-même intérieur, je me dis que tu peux faire preuve de bon sens de réelle audace pour la première fois de ta vie. Alors bordel de merde je t’interdis de faire partir de ta carte le Giant Max Country !

Ou alors pour remettre l’Intense Bacon à la place…

Bien cordialement,
Ton meilleur ennemi.

818 – Book Review 137

Je suis un mouton. Enfin non, je suis un mec plein de personnalité qui s’est retrouvé face à une absence totale d’idées pour commander ma dernière cargaison de bouquins. Du coup j’ai érré dans les Amazons du monde entier. Partout je tombais sur ce bouquin : Les Imperfectionnistes. Meilleur roman d’avril 2010 d’après Amazon.com (qui s’est pour l’occasion fendu d’un podcast avec l’auteur sur la page produit), une tuerie, plus de cent commentaires en un mois pour une moyenne de 4/5. C’était court, et même si ça sentait le recueil de nouvelles j’aime bien faire partie du troupeau. Histoire d’avoir un avis au cas où on me le demande. Puis le roman est déjà vendu dans dix pays alors qu’il sort à peine. Beau tour de force pour son auteur, Tom Rachman, à peine trentenaire et des cacahuètes. The Imperfectionists est son premier livre.

Couverture US

Les imperfectionistes sont la galerie de personnages qui peuplent la rédaction et l’entourage d’un quotidien international en langue anglaise basé à Rome. Le livre est composé d’une dizaine de nouvelles qui adoptent chacune le point de vue d’un unique protagoniste : le correspondant parisien qui pour la première fois invente un article, la rédactrice en chef névrosée qui découvre la liaison de son mari, la lectrice psychorigide qui tient à lire chaque nouvelle édition de A à Z quitte à avoir des années de retard sur l’actualité etc… Il est à la fois question de l’état de la presse dans le monde, du devenir du quotidien mais aussi des petits tracas de l’existence puisqu’on y parle sexe, mortalité, adultère, névroses ou par exemple encore solitude. Entre chaque nouvelle quelques pages racontent l’histoire du journal, de sa création jusqu’au présent. Le tout s’acheminant vers une conclusion relativement logique qui lie le tout.

Couverture UK (ma mienne à mouah)

Ce qui me vient à l’esprit ce soir où je viens de boucler in extremis le roman pour vous en parler, c’est l’impression d’avoir lu un truc super populaire, mais écrit avec intelligence. Le style est propre et soigné, sans fioritures, et le livre parle de banalités de la vie. Un peu comme du Gavalda, sauf que ça ne serait pas nivelé vers le bas. Les sentiments sont justes et par ci par là Rachman s’amuse à disserter en sous texte sur le métier de journaliste ou bien resitue des détails de l’histoire de la seconde moitié du siècle. Le bonhomme étant, forcément, journaliste et correspondant à l’étranger dans la vraie vie. On sent la véracité des anecdotes et une passion pour le métier au travers de chaque nouvelles. A ce propos, les personnages se croisent tellement d’une nouvelle à l’autre et l’ensemble étant lié par le fil rouge de l’histoire du journal, il est presque plus logique de parler de roman. Un roman chorale quoi.

Couverture Australienne

The Imperfectionists est comme un film français chiant avec plein de personnages, mais sur papier, qui se passerait dans un quotidien à rome au lieu d’une cuisine parisienne, et en intéressant. Tout ça pour dire que ouais, c’était vraiment bien. Bonne surprise. Le troupeau avait raison. Je lui colle (pour cette fois) le « Le Reilly’s Seal Of Trop La Classe ».

Demain, une lettre ouverte.

817 – An Injury To All

Quand j’étais en cinquième, dans la cour du collège, j’ai été pris à parti par Raphaël. Plus grand. Plus con aussi. Il s’esclaffait sur ma classe, à cracher qu’on était débiles, moches et autres joyeusetés. C’était bas de plafond, en mode « nananananère vous êtes tous des nuls ». Je lui ai dit de se taire. Plusieurs fois. Il continuait, je bouillonnais de rage face au grand con. De nulle part je lui ai collé mon poing dans la gueule. De zéro à sa face en moins d’une seconde. Il a chuté en arrière, s’écrasant sur son cul. Le temps qu’il comprenne ce qui s’était passé, j’avais disparu (LIKE A MOTHERFUCKING NINJA !). Pendant deux semaines, dès qu’il me croisait dans un couloir, il mimait une carotide tranchée. Chaque soir il m’attendait à la sortie des cours. Mais il ne m’a jamais eu. Parce que jusqu’à ce qu’il lâche l’affaire, je n’étais jamais seul. Mon crew est resté à mes côtés.

J’ai l’impression qu’à mesure que j’avance dans la vie, parmis la horde de trucs qui disparaissent et les désillusions qui leur sont associées, on perd beaucoup en loyauté. Pas juste la loyauté « okay je dirai pas à ta meuf que tu la trompes ». Non, la loyauté où tu te jettes dans un combat qui n’est pas le tiens, où tu es près à prendre pour ton pote. Je veux dire, dans Final Fantasy VII, y’a une materia (pouvoir magique, sale noob) rien que pour ça : Couvrir. Si c’est une materia de Final Fantasy, c’est que c’est IMPORTANT ! Avec la montée de l’individualisme, c’est un autre dicton qui prend de l’importance : « ça ne me regarde pas ». J’ai l’impression que les gens ont beaucoup plus facilement tendance à dire qu’un conflit ne les regarde pas plutôt que de prendre parti. En même temps, c’est pratique, tu te mouilles pas, mais tu comprends, c’est noble.

Y’a pas longtemps on voyait les gros animateurs de la matinale se désolidariser de Didier Porte et aller se vanter de leur lâcheté individuelle au grand journal. Bel élan. C’est ça le monde du travail. Tout le monde crève de trouille. Le pire c’est qu’on a le même mécanisme sur Internet. La e-réputation est une pseudo ressource qui vaut de l’or. Trop risqué d’aller prendre parti sur Twitter pour défendre un/e autre. Imaginez la perte de followers si le conflit s’éternise ! Imaginez les lecteurs degs d’un blog qui s’en iront parce qu’ils sont dans l’autre camp. Voilà comment je me suis parfois retrouvé acculé, avec des potes qui refusaient de tendre la main. Ça ne me regarde pas, l’autre ne m’a rien fait. Tu peux mourir on comptera les points après. Seulement, parfois, entre real niggas, on se serre les coudes, et un pote peut envoyer un mail de menaces de représailles physiques à un mec dont tu n’entendras plus jamais parler.

Du coup, ça m’est arrivé dernièrement de me mêler de ce qui ne me regardait pas pour défendre ce que j’estime être mon crew. Parce que l’union fait la force, ou simplement parce que parfois, avoir quelqu’un d’autre pour dire « Tu es un connard », « Tu as tort » ou « Ferme ta gueule », ça suffit à vous faire tenir. Au pire, il reste le tag team battle au fond d’une ruelle sombre.

Parce que l’ennemi de mon ami peut facilement devenir mon ennemi, j’emmerde ceux qui se lavent un peu trop facilement les mains. On dit qu’il faut savoir choisir ses combats, ça signifie que parfois, oui, il faut choisir un combat.

A demain le crew.