857 – Comic Review 05

A cause de vous je suis pauvre. Comme je me suis mis en tête de vous parler de BD cools bah j’en achète. Et j’ai passé la semaine entière à me déplacer à pied et manger des pates. Je ne déconne pas. J’ai même du emprunter un euro pour me payer du lait pour mettre dans mes chocapics. Notez l’effort. Tout ça pour (entre autre) acheter le premier volum de Chew. Ca sort chez Image Comics, le plus gros éditeur indépendant des Us of A qui a l’avantage de proposer tout et n’importe quoi et le défaut de proposer… bah tout et n’importe quoi. Pas de gammes, pas de ligne éditoriale, c’est le foutoir. De temps à autre un titre vient s’élever au dessus de la masse à force de critiques spectaculaires et de bonnes ventes. C’est le cas de Chew, qui vient de gagner l’Eisner Award de la meilleure nouvelle série, en plus d’avoir été optionné pour une adaptation TV et confirmé en tee chez Threadless à la fin de l’été.

Le détective Chu est l’un des trois seuls cibopathes au monde. Cela signifie qu’il est capable de sentir l’historique de ce qu’il mange. Dans le cas d’un fruit il sait où il a poussé et à quels pesticides il a été exposé. Dans le cas d’un steak ça va jusqu’aux souvenirs de l’abattoir. Forcément Chu ne mange plus que des radis, seul aliment qui n’active pas son pouvoir. A cause de son don particulier, Chu est transféré dans un département spécial de la répression des fraudes qui s’occupe du trafic de poulets. La grippe aviaire ayant fait des millions de victimes à travers les Etats-Unis, la viande de poulet est strictement prohibée. Chu et son nouveau coéquipier doivent donc faire face aux trafiquants Yakuza et à la petite criminalité dans leur quête de justice, même si cela implique parfois d’aller mâchonner un bout de cadavre pour découvrir la vérité. Bien qu’il semble que toute cette affaire les dépasse et que la fameuse grippe aviaire n’est pas ce que les autorités veulent faire croire.

J’ai une admiration sans bornes pour les concepts barrés. Chew c’est quand même une BD sur flic qui bouffe des gens pour trouver des indices. Et ça fonctionne, car écrit sur le mode de la blague. Tout l’univers de Chew est barré et peuplé de personnages complètement fous. On a le coéquipier obèse qui se bat avec des shurikens, la critique gastronomique avec des supers pouvoirs et toute cette histoire de mafia du poulet. J’ai souvent ri à la lecture du premier volume, qui enchaine les aventures en vingt pages tout en développant tout doucement un fil rouge et une plus large conspiration. Seul le scénariste a un peu de bouteille sur des titres (plus ou moins) mineurs de chez Marvel tandis que le dessinateur signe là sa première série chez un gros éditeur. Le trait n’est pas toujours bien assuré mais le style cartoon camoufle sans peine les quelques défauts de jeunesse. J’ai dévoré (pun intended) le premier volume de Chew en une soirée et je me tâte déjà pour en reprendre (pun intended).

Le premier numéro du comic avait été réimprimé quatre fois avant de finir gratos en bonus dans un numéro de Walking Dead, ce qui en fait un vrai succès surprise de chez Image. Entre les récompenses et les producteurs de Walking Dead (la série TV) derrière, je suis certain que je (et par extension vous) n’avez pas fini d’entendre parler de Chew.

Volume 1 et Volume 2 disponibles en VO, recueil grand format pour la fin aout. Traduction française dans pas trop longtemps à priori.

856 – Abre Los Oros

Okay, je vous le dit à vous mais vous êtes pas des baltringues alors vous répétez pas. Mais si y’a un bien un truc qui l’exaspère prodigieusement chez ma meilleure amie, c’est sa capacité incroyable à s’endormir devant un film, que ce soit au cinéma ou à la TV. Je déconne pas, c’est le genre de personne qui sombre au meilleur moment de Toy Story 3 et à qui il faut raconter des bouts à la fin de la séance. Même tarif quand je tente de l’initier à The Last Airbender, le dessin animé. Parfois incapable de tenir vingt minutes d’affilée, elle était obligée de regarder les épisodes en kit. Tout ça c’est la faute de son stage, qui l’épuise, et de son petit corps fragile de meuf persuadée d’être obèse alors qu’elle est mince. A moins que ce ne soit à cause de sa manie de regarder des séries depuis le fond de son lit pour se coucher.

En vrai j’ai failli m’endormir deux fois au cinéma. La première c’était pour Les triplettes de Belleville. Le dessin animé le plus chiant à en crever du monde. Je suis désolé mais le style m’accrochait pas, le truc en silencieux en combo avec une journée marathon et la clim à fond, c’était l’enfer. Vous savez, ces moments où on se mord l’intérieur de la joue pour ne pas sombrer. Puis pour ne pas niquer mon record : ne JAMAIS s’endormir dans une salle de cinéma. La seconde fois c’était pour Kirikou II, aka la fausse bonne idée. Hé les mecs si on faisait une suite à base de petits courts métrages sans prétention réalisés sans budget et donc tout saccadé. Fuck. Quand je pense que j’étais seul dans la salle avec Martha, une fille avec des gros seins mais des cheveux frisés. Et les cheveux frisés, c’est plus fort que l’envie de coucher dans une salle de ciné vide. Baillements.

Dernièrement je me rappelle cette pure soirée à regarder Les deux tours en version longue au rétroprojecteur en fin de soirée jusqu’à l’aube. J’étais le seul à rester réveillé. En fait je ne crois pas être capable de m’endormir devant un film, un série. Si je suis trop crevée, je ne lance rien. Je fais autre chose. Je ne suis pas comme ma meilleure amie à me dire que si, je vais genre trop arriver à rester éveillé ! Si je vous raconte tout ça c’est parce qu’en vrai je crois que c’est à la limite du rédhibitoire pour moi une fille qui s’endort devant un DVD. Je pourrais trouver ça mignon et lui caresser les cheveux pendant qu’elle ronronfle la tête sur mes cuisses. Mais non. Quand je regarde un truc à plusieurs, c’est que j’ai envie, c’est que j’ai besoin de le partager. De guetter du coin de l’œil les réactions de l’autre, de pouvoir en parler après.

Le cinéma, les séries, les dessins animés sont une grande partie de ma vie. Une copine qui ne survit pas à une scène d’action de plus de trois minutes sans piquer du nez, ou qui préfère me mentir sur sa capacité à rester debout ce soir au lieu d’aller se pieuter, je suis pas certain que ça m’aille. Puis, soyons réalistes, ça me fait penser à mes grands parents qui piquent du nez tous les soirs devant le poste. Eux je les aime par contre. Rien à voir.

Au départ je voulais aussi bifurquer sur le sexe et la drague en combo avec le ciné et la TV mais ce sera pour une autre fois. Le sujet est VASTE.

N’empêche. Ma meilleure amie, dans un film de Freddy, elle crèverait en premier.

855 – Photographic Memory

J’ai longtemps pensé que l’écriture était l’activité artistique la plus propice aux fumistes. On a juste besoin d’un traitement de texte, ou du combo papier/stylo pour produire de l’écrit (scénario/script /poème/prose etc). La barrière à l’entrée est inexistante et ton interlocuteur doit faire l’effort de lecture pour séparer le bon grain de l’ivraie. Passion de fumiste parfaite : trop facile à pratique, long et difficile à départager. Puis j’ai réalisé qu’en fait non. Y’a mieux. La photo. Okay la barrière à l’entrée est un peu plus couteuse, tu dois acheter un peu de matos (ou un téléphone portable de merde). Mais la réalisation concrète est la plus simple de l’univers : tu appuies sur un bouton. Là où l’écrivaillon doit comment vomir du texte par tartines entières, dépasser la flemme de commencer et trouver le courage d’achever. Le photographe amateur prend son matos et appuie sur un bouton. Basta. Affaire classée.

En fait depuis son achat il y a une bonne dizaine de jours, je me suis à peine servi de mon NEX 5 double kit de bâtard de 750€. Une série un peu ratée à un apéro twitter et un petit shoot avec ma meilleure amie histoire de rattraper les photos perdues. C’est tout. J’ai bien fait quelques tests pour maîtriser le bestiau, mais je n’ai rien conservé. Je suis le premier étonné de ne pas avoir de véléités de photographe. Je veux dire, tout le monde le fait plus ou moins. Etant un connard prétentieux, je devrais prétendre à la branlette moi aussi. Puis j’ai des trucs qui me font kiffer en photo. J’ai remarqué avec le temps j’adorais collectionner des superpositions de toits : des pans de haut d’immeubles qui forment des plans détachés, un espèce de paysage de fenêtre de greniers. J’adore ça. Tout comme cadrer la plus part de mes sujets dans un, heu, cadre, reliquats de mon passé de dessinateur de BD. A mettre les gens dans des petits carrés. Sauf que je ne pousse pas l’idée plus loin que ça.

Je suis incapable de trouver le courage de prendre mon appareil et d’aller faire un tour, ou d’organiser un petit quelque chose. Le beau ne m’intéresse pas, la photo en général ne m’intéresse que très peu en fait. Ce qui compte c’est les souvenirs, figer un moment. Parce que j’ai des problèmes de mémoire, que ça bouillonne tellement dans mon crâne que j’oublie un tas de trucs, tout le temps. Au point que ça devienne une phobie. Si je veux un appareil puissant, c’est pour conserver plus de choses au mégapixel carré. Je ne triture par les couleurs ou l’exposition pour avoir mon « style », je ne fous pas mes clichés sur Facebook, je n’ouvre pas de Tumblr pour mettre mes préférées et je ne vais pas me prétendre photographe. Je ne suis qu’un phobique de l’oubli qui joue avec de gros objectifs. Rien de plus. Et c’est très bien comme ça.

En fait je crois que je fais une réaction de rejet épidermique, parce que j’arrive à l’âge où la plupart des gens se paient un gros réflex de bâtards, aveuglés par l’illusion du bouton magique, persuadés qu’ils vont rattraper leur retard artistique, se trouver la passion qui leur manquait. Parfois ça marche, souvent ça se résume à un filtre sépia un peu dégueux et un compte flickr pro, sans parler de la poussière, qui vient se déposer sur le gros bousin de ceux qui renoncent. Enfumés.

En fait je m’en fiche, je crois que j’attends la prochaine occasion de sortir mon appareil et de prendre des photos pour moi. Vivement l’été. Oh… wait.