La semaine dernière j’ai écrit un bout de truc pour un petit projet dans mon coin. Non, pas mon mémoire, un autre truc. Ce qui était drôle, c’est qu’après l’avoir fait lire, force était de constater que j’avais pondu un truc bourré de clichés, de la révélation du milieu jusqu’au twist de fin. Sauf que c’était fait exprès. Pas dans le sens « tiens je vais écrire un texte avec plein de clichés », mais dans le sens « fuck j’ai vraiment envie d’écrire ça ! ». Au final, le résultat, j’en suis content. Je me suis vraiment marré à l’écrire et comme pièce de puzzle de petit projet dans mon coin, c’est pas dégueulasse. Avis corroboré par mon relecteur anonyme. Ce qui tendrait à prouver que le cliché n’est pas forcément l’ennemi du bien. Après tout, si un cliché devient un cliché, c’est souvent parce qu’il est assez cool pour qu’on s’en serve tout le temps (jusqu’à overdose).

Ceci me ramène à un chouette article du toujours chouette Io9. Il y est question des tropes dans les séries TV. Un trope à la base c’est une figure de style littéraire, mais le sens a dérivé pour définir « un thème ou un outil utilisé de manière commune, parfois trop ». Donc un cliché quoi, plus ou moins. Sauf que si vous dites un trope vous avez l’air cool en société. Le post d’Io9 se demandait si tout faire pour éviter les tropes n’était pas forcément la meilleure idée pour pondre des histoires novatrices. Le fait est qu’une bonne majorité des gens a intégrée les codes d’un genre, les clichés qui lui sont associés (de l’ombre qui passe devant la caméra dans un truc d’horreur au fils caché dans un soap). Parfois, quand on se joue des tropes, le récit devient méta-textuel : en évitant le cliché le spectateur sort du show et se dit « Rha ils sont forts ces scénaristes ! » au lieu d’être à fond dedans et de se dire « Putain l’épisode est bien ! ».

Okay, la frontière est mince. J’en conviens. Ce que j’essaie de dire c’est qu’il faut parfois mieux embrasser les clichés plutôt que de se briser une vertèbre à tenter de les esquiver. En tentant d’éviter un travers on peut mettre les deux pieds dans un autre, dans ce cas le gimmick (inverser des clichés par exemple). A l’époque où je tentais des exercices de BD j’avais essayé de faire une histoire avec le plus de clichés possibles. Fun fact, c’est pas si facile en fait. Puis j’ai un amour certain pour les jumeaux maléfiques, les femmes fatales fragiles à l’intérieur et autres pistolets super magiques qui tuent tout et sont galères à trouver. Un bon cliché, c’est comme un vieux pote, ça fait toujours plaisir de le retrouver. Peut-être que le principal ce n’est pas tant de multiplier les pirouettes dans une quête forcenée de l’innovation que de jouer avec les clichés et de se les réapproprier.

Avec le recul je crois que c’est ce que j’ai fait. J’ai pris une poignée de tropes dans ma boîte à Legos et je les ai greffés sur mon univers et mes personnages pour quelques pages de plaisir même pas coupable. Une bonne histoire ne se résume pas à ses clichés, ses esquives ou ses gimmicks, c’est un mélange de plein de trucs. Et avec une base solide, on peut se permettre quelques gourmandises, genre un salaud de jumeau maléfique venu d’un futur alternatif d’une autre dimension.
Grou.





