844 – Tropeic Thunder

La semaine dernière j’ai écrit un bout de truc pour un petit projet dans mon coin. Non, pas mon mémoire, un autre truc. Ce qui était drôle, c’est qu’après l’avoir fait lire, force était de constater que j’avais pondu un truc bourré de clichés, de la révélation du milieu jusqu’au twist de fin. Sauf que c’était fait exprès. Pas dans le sens « tiens je vais écrire un texte avec plein de clichés », mais dans le sens « fuck j’ai vraiment envie d’écrire ça ! ». Au final, le résultat, j’en suis content. Je me suis vraiment marré à l’écrire et comme pièce de puzzle de petit projet dans mon coin, c’est pas dégueulasse. Avis corroboré par mon relecteur anonyme. Ce qui tendrait à prouver que le cliché n’est pas forcément l’ennemi du bien. Après tout, si un cliché devient un cliché, c’est souvent parce qu’il est assez cool pour qu’on s’en serve tout le temps (jusqu’à overdose).

Ceci me ramène à un chouette article du toujours chouette Io9. Il y est question des tropes dans les séries TV. Un trope à la base c’est une figure de style littéraire, mais le sens a dérivé pour définir « un thème ou un outil utilisé de manière commune, parfois trop ». Donc un cliché quoi, plus ou moins. Sauf que si vous dites un trope vous avez l’air cool en société. Le post d’Io9 se demandait si tout faire pour éviter les tropes n’était pas forcément la meilleure idée pour pondre des histoires novatrices. Le fait est qu’une bonne majorité des gens a intégrée les codes d’un genre, les clichés qui lui sont associés (de l’ombre qui passe devant la caméra dans un truc d’horreur au fils caché dans un soap). Parfois, quand on se joue des tropes, le récit devient méta-textuel : en évitant le cliché le spectateur sort du show et se dit « Rha ils sont forts ces scénaristes ! » au lieu d’être à fond dedans et de se dire « Putain l’épisode est bien ! ».

Okay, la frontière est mince. J’en conviens. Ce que j’essaie de dire c’est qu’il faut parfois mieux embrasser les clichés plutôt que de se briser une vertèbre à tenter de les esquiver. En tentant d’éviter un travers on peut mettre les deux pieds dans un autre, dans ce cas le gimmick (inverser des clichés par exemple). A l’époque où je tentais des exercices de BD j’avais essayé de faire une histoire avec le plus de clichés possibles. Fun fact, c’est pas si facile en fait. Puis j’ai un amour certain pour les jumeaux maléfiques, les femmes fatales fragiles à l’intérieur et autres pistolets super magiques qui tuent tout et sont galères à trouver. Un bon cliché, c’est comme un vieux pote, ça fait toujours plaisir de le retrouver. Peut-être que le principal ce n’est pas tant de multiplier les pirouettes dans une quête forcenée de l’innovation que de jouer avec les clichés et de se les réapproprier.

Avec le recul je crois que c’est ce que j’ai fait. J’ai pris une poignée de tropes dans ma boîte à Legos et je les ai greffés sur mon univers et mes personnages pour quelques pages de plaisir même pas coupable. Une bonne histoire ne se résume pas à ses clichés, ses esquives ou ses gimmicks, c’est un mélange de plein de trucs. Et avec une base solide, on peut se permettre quelques gourmandises, genre un salaud de jumeau maléfique venu d’un futur alternatif d’une autre dimension.

Grou.

843 – Cine Club 101

De temps en temps je me rappelle que de l’autre côté de la manche y’a un tas de rosbeefs qui font des films qui ne sortent jamais chez nous. Prenez Exam par exemple. J’en ai entendu parler par le toujours indispensable Io9 qui nous annonçait sa sortie sur le circuit des festivals US. La bande annonce était bien sexy, à mi chemin entre Cube, Saw et un film social. Sympa. Puis je suis toujours intrigué par les auteurs complets (scénario / réalisation / production), à fortiori sur un premier film. Même si le Stuart Hazeldine a quand même écrit le discutable Knowing. Exam a tout de même décroché une nomination aux BAFTA (British acamedy of film and television arts, un truc cool) dans la catégorie meilleur premier film (en gros). Pas de date de sortie chez nous. Alors que les ricains attendent de pouvoir y jeter un œil, le blu-ray du film est déjà disponible. Ni une ni deux, zou dans ma besace.

Huit candidats à un poste à haute responsabilité sont réunis dans une salle sans fenêtres pour l’examen final qui pourra les départager. L’examinateur leur expose les règles. Il leur est interdit de communiquer avec le garde, ils n’ont pas le droit de « souiller » leur papier, et ils ne doivent pas sortir de la pièce. Toute infraction sera punie par une disqualification immédiate. Ils ont quatre vingt minutes pour répondre à une seule question par une seule réponse. Pas de questions ? Go. Problème : le papier portant leur numéro est vierge. Pas de consignes, rien. Alors que le compte à rebours s’égrène, les candidats décident de faire équipe pour déterminer ce qu’ils doivent faire. Au fil de leurs discussions et essais, ils apprennent peu à peu pour quelle gigantesque entreprise ils postulent, et quelle est leur raison d’être ici. Mais arriveront t’ils à ne pas craquer face à la pression.

Bon. J’aime bien l’idée de l’unité de temps et de lieu. Le film se passe à peu près en temps réel, dans une seule pièce et avec dix acteurs. Boum. Le film ne se cache pas non plus d’être un jeu, une devinette géante. Comme dans un Saw le spectateur sait qu’on lui donne des indices et qu’il y aura quelques twists à la fin. Si le film est bien écrit, alors les twists seront logiques et juste ce qu’il faut pour passer inaperçu pendant les quatre-vingt dix premières minutes. Pari à moitié gagné dans Exam, avec une révélation très logique, évidente et bien fichue, une qui triche un peu car imprévisible et une dernier qu’on voit venir gros comme une maison depuis une heure. Premier petit écueil pour Exam. Le second est le fait que les personnages agissent de manière assez stéréotypée (le noir est violent, le blanc est un connard, la blonde est froide, l’arabe a un passé de tortionnaire) et manquent du coup un peu d’épaisseur.

Alors effectivement, vu la solution du truc, on se dit un peu que le film mouline un tas de péripéties ultra compliquées qui ne se justifient qu’à moitié, genre si quelqu’un avait deviné tout de suite (même par accident, vous verrez). Mais j’ai un petit faible pour le background, tout ce qui se passe hors de la pièce. Car l’univers est, là encore paradoxalement, très riche et bien foutu, même si pas très exploré du coup.

Un moment sympa sur un film qui à la classe avec un tout petit budget. Finalement ça vaut le coup de passer l’Exam.

TRAILER STAGE !!!

842 – Comic Review 03

Je suis parti acheter les deux premiers tomes du manga Bakuman à la Fnac sur les conseils de Twitter. C’est de la bombe, qu’on m’a affirmé. En même temps, avec aux commandes les deux auteurs du cultissime Death Note, j’y allais pas à l’aveugle non plus. Le sujet aussi est bandant, un manga sur les mangas, qui raconte l’histoire de deux camarades de classe au collège qui décident de se lancer dans la grande aventure de la bande dessinée. A eux les rêves de gloires et la possible publication dans le prestigieux hebdomadaire Jump ! Galvanisé, j’ai pris d’un seul coup les deux volumes disponibles (qui étaient de toute façon bien en évidence sur LEUR présentoir avec LEUR sticker « par les auteurs de Death Note »). Le problème après une petite aprem’ de lecture, c’est que le premier numéro est peut-être un des pires premiers numéros que j’aie jamais lu de toute ma vie. Genre j’ai failli le jeter par la fenêtre sauf qu’elle était fermée et que j’avais la flemme de l’ouvrir.

Le problème est scénaristique, avec une intrigue complètement artificielle qui avance péniblement sur la route de tous les clichés et poncifs possibles du manga. On a un héros timide bourré de talents mais qui n’ose pas à cause d’un vieux traumatisme et son nouveau copain exubérant et calculateur qui arrive à le motiver. Banco aussi pour la sub plot amoureuse : le héros craque pour une fille elle aussi ultra timide qui veut devenir doubleuse d’anime. D’où la vocation « Je vais écrire un manga tellement bon qu’on en fera un anime pour ma chérie d’amour ! » et l’enjeu minable « Si j’y arrive est-ce que tu m’épouseras ? », « Oui ! ». Holy shit. Bien sûr toutes les meufs sont bonnes et surchauffées mais les héros n’ont pas d’hormones. Jamais. Alors il restait les dessins du génialissime Obata qui gère comme personne et propose un trait élégant et détaillant, jamais vulgaire et toujours maîtrisé. Mais quelle tome un de merde mes aïeux.

Le lendemain j’ai attrapé le second volume, et les choses s’améliorent. Une fois les rails posés (certes sur des clichés pathétiques) l’histoire avance et les héros commencent à bosser sur leurs mangas. Le scénario devient éducatif, une véritable mine d’informations sur le vocabulaire, la technique et le matériel de création de BD au Japon. Très vite on découvre la rédaction du magazine Jump ! avec un jeune éditeur super sympa qui croit en nos héros et explique les coulisses du business. Bakuman devient dès lors passionnant, riche en informations même si toujours plombé par sa romance à deux balles et la perspective potentiellement maladroite d’un « méchant ». Mais ce qui me plait au fond, c’est le sous texte sur la culture japonaise, la pression de réussite des étudiants et la poursuite des rêves. On n’est plus dans un monde fantastique où dans des terrains balisés comme le sport. Les héros sont prêt à sacrifier leur avenir professionnel pour de l’art. Et quelque part, ça me parle.

Au fond Bakuman me ramène à l’époque où je faisais de la BD, les rares fois où j’ai trouvé un dessinateur de talent ET de confiance, nos engueulades et nos rêves à nous. Pour ça, c’est plutôt bien fait. Même si le premier tome est minable, même si la série traine quelques boulets dès le début, je suis rentré dedans, dans le second volume. Best seller au Japon, avec une adaptation en anime pour l’automne, Bakuman n’a pas trop de souci à se faire chez nous.

En tout cas je sais que je choperai le troisième tome.