Hier matin je me suis levé tôt. Genre à 8h du matin dans la montagne, réveil et tout. Biatch j’ai marmonné à personne en particulier en rampant hors du lit. La veille on s’était mis d’accord : randonnée de ouf dans les bois toute la matinée. Même qu’il fallait mettre le réveil. Au final j’étais le seul debout. Mon frangin pionçait peinard, tout comme mon grand-père qui avait décidé sur le coup des six heures du matin que finalement, non, il faisait froid, ça valait pas le coup. Bien content d’avoir été prévenu. Je suis donc allé mâchonner mes tartines de confiture de mûre trempées dans le Nesquick, sans conviction. Le fu. Je voulais aller dans la montagne moi, je voulais luter contre les cailloux, déchirer mon jean de branleur et prendre des photos de petites fleurs en mode macro. Le plus drôle, c’est que j’ai passé 20 ans de ma vie à détester les promenades.

C’est un truc de gosse ça. Quand j’étais môme les balades en forêt, en champ, en montagne, c’était genre la plaie cosmique. Quoi ? Me sortir de devant la TV ? Mais vous êtes des grands malades ! Pour une fois que je peux jouer à la Playstation toute la journée vous voulez me faire voir le soleil ? Personne pense à mes petits yeux délicats de geek bordel ! Donc je faisais la gueule, je donnais des coups de pied dans des bouts de bois et je gueulais sur les vaches qui me regardaient de travers. En gros, c’était un petit con, et une plaie pour la famille. Ce qui me consolait c’est que j’étais pas le seul. Mon bro parle moins mes ses yeux en disaient long. Son regard variait entre le mode « colère parce que j’étais en pleine partie » et « je suis pas là je suis dans mon univers intérieur la réalité n’est plus là ». Sauf que maintenant, j’ai changé d’avis.

A chaque fois que je réalise que ouais, je suis un peu plus mature et différent qu’avant, je déprime un peu. Parce qu’à l’époque, j’étais persuadé d’être un génie, d’avoir raison et tout compris à la vie. Fuck you les vieux qui disaient que ça viendra avec l’âge. Vous avez raison et je vous déteste pour ça. Je sais tout bordel ! Ou pas des fois. A Lyon on est parti dîner chez des amis qui, à une époque, nous forçaient toujours à crapahuter dans la forêt. Je détestais. Maintenant que j’aimerais bien glander dans les bois de banlieue, marcher un peu dans la verdure, les adultes préfèrent se vautrer et se bourrer la gueule pour oublier qu’ils ont cinquante balais passés. Puisque je vous dis que je suis grand, mature et profond à présent ! Je veux aller marcher et réfléchir au sens de la vie à l’ombre des chênes ! Vous faites chier tiens.

Tout ceci pour dire que mine de rien, je grandis encore dans ma tête et dans ce qui me plait de la vie en général. Ca prouve aussi que j’étais un connard avant, et que je le suis un peu moins maintenant. Ce qui est bon à savoir que j’aurai des gosses, qui seront casse couilles. Même si, à part ces histoires de rando, soyons honnêtes, j’ai tout compris à la vie depuis que j’ai douze ans, minimum. Hé hé hé…



