En 2005 sortait le film Trouble, avec Benoit Magimel. A priori non seulement vous ne l’avez pas vu, mais en plus vous ne savez pas de quoi ça parle. En gros Magimel joue un super père de famille à la vie rangée qui découvre l’existence d’un frère jumeau chez le notaire lors de la mort de sa mère. Du coup c’est les retrouvailles un peu étranges mais pleines de bonheur. Sauf que le jumeau, bah il est maléfique. C’était un peu couru. Du coup il commence à faire des trucs d’enculé genre se faire passer pour le héros et se prendre en photo avec des putes pour briser le petit couple sans histoire. Parce qu’au fond, je jumeau, il veut la vie parfaite de l’autre ! Il veut le tuer, gagner la confiance de sa femme, prendre sa putain de place ! Sauf que personne ne croit le héros, et ouais, c’est ça de lutter contre son jumeau maléfique. Tout ça se terminant à coup de briques sur le coin dans la gueule dans un final volontairement ambigüe qui aura permis au couple de demeurés assis à côté de moi de ne pas comprendre la chute. Le problème, c’est que dans le film, Magimel, il s’appelle Matyas.

Donc j’étais allé voir le film tout seul et plus ça avançait, plus je me ratatinais dans mon fauteuil. Chaque fois qu’on criait sur Matyas, qu’on le menaçait, qu’on le torturait, en utilisant son prénom, je me chopais des putains d’angoisses. Car figurez-vous que j’ai la phobie des jumeaux maléfiques. Enfin non, c’est plus précis. J’ai la phobie du « mais bordel c’est pas moi le méchant on vous manipule pourquoi vous ne me croyez pas ?!! ». Je trouve ça absolument horrible comme situation, savoir qu’on a raison, qu’on est dans notre bon droit, qu’il y a une menace, la pointer du doigt, être certain, mais que tous votre entourage qui est censé vous aimer et vous croire inconditionnellement vous lâche et vous prends minimum pour un fou, voire un psycho. On n’a pas forcément besoin d’un jumeau maléfique pour exploiter ce genre de pistes narratives, mais ça fonctionne encore mieux avec un evil twin, parce que le visage du mal, c’est le vôtre (et qu’il peut vous voler votre vie/se faire passer pour vous).

A un niveau moins affectif j’aime pas les jumeaux maléfiques parce que c’est un bouton reset facile. Je m’explique. Dans les séries TV ou les comics, quand on veut remuer le status quo ou défaire ce qui pose problème dans la continuité, hop on appelle le jumeau maléfique. Dans Spiderman par exemple un ennemi existe UNIQUEMENT pour ça : le caméléon. Le gars est métamorphe et passe son temps à voler la vie des gens. Pour briser un couple quand on a pas d’idée c’est pas dur, il suffit d’invoquer le caméléon qui vient prendre la place de Peter Parker par exemple et le faire se comporter comme un gros connard. Si la personne tierce n’est jamais au courant du switch hop on bouscule le scénario à peu de frais. Ou alors tu peux feinter « je savais que c’était pas toi mais quand je te vois je repense à ce que tu… il m’a fait, j’ai besoin de prendre mes distances ». Non seulement le jumeau maléfique m’angoisse profondément, mais c’est une astuce narrative super cheap pour se sortir d’une situation dans laquelle un scénariste s’est coincé.

Donc là je vis super mal l’histoire d’Ultimate Spiderman depuis quelques mois. J’attends que ça passe. Tout comme ça m’arrive de ne pas regarder un film ou de ne pas lire un bouquin si je sens que ça risque d’appuyer un peu trop fort sur ma névrose.
Comme quoi, les phobies, des fois ça vient de n’importe quoi.



