Je suis plein de sentiments ambivalents vis-à-vis de la série Californication. Grand huit qualitatif, la série me retient devant le poste principalement grâce à Duchovny. Aussi parce que des fois j’ai l’impression que le show est une sorte de documentaire de ma vie dans quinze ans. L’avantage avec une série sur un écrivain, c’est que tu peux sortir du produit dérivé à peu de frais. Prenez la série Castle, avec un auteur de thrillers qui aide la police tout en écrivain son manuscrit. A la fin de la saison, zou, ils sortent le dernier « Castle » dans les librairies du vrai monde, pour faire du vrai argent sur le dos des fans. SUCCESS ! Même logique pour Californication donc. L’année dernière est sorti le God Hates Us All de Hank Moody. Le petit bouquin, deux cent pages, est brandé comme étant réel, avec le nom du personnage sur la couverture, sa biographie en quatrième.

On suit les aventures d’un mec pas tout à fait sorti de l’adolescence, après sa rupture avec Daphné. Plus âgée, plus perverses, plus grisante, mais aussi plus folle, elle a récompensé le héros de son cocufiage par un coup de couteau dans les chairs, avant de finir en hôpital psychiatrique. Le garçon à peine remis se retrouve malgré lui propulsé dealer d’herbe à Manhattan. A son niveau c’est toujours mieux qu’équipier au MacDo. Ca paie plus aussi, assez pour s’offrir une chambre au Chelsea hôtel. Là bas il fait la connaissance de Nate, une star de rock, et de K, sa mannequin de petite amie. Forcément, le héros en tombe éperdument amoureux et décide de tout faire pour attirer la pourtant fidèle bombe entre ses draps. Tout ça alors que sa propre mère développe un cancer et que la date de sortie de l’asile de Daphné approche à grands pas.

God Hates Us All est en réalité écrit par Jonathan Gotenstein, un ghost writer principalement connu pour ses bouquins sur le poker. A un moment je pense que l’auteur était un des scénaristes de la série, ne serait-ce que parce que le bouquin va trop vite. Les personnages sont mal précisés, manquent d’épaisseurs et certaines bonnes scènes auraient mérité de durer un peu plus longtemps, d’être étoffées. A côté de ça, God Hates Us All se laisse lire, c’est plaisant, ça coule bien et ça reste globalement dans l’esprit de la série. Enfin le livre colle à l’idée qu’on peut se faire d’un livre de Hank Moody. Bien sûr ce n’est pas le chef d’œuvre annoncé dans la série. Simplement parce qu’on ne peut pas écrire du best seller sur commande, sinon ça se saurait. Mais le résultat est plutôt honnête, et c’est déjà pas mal.

Le marketing est sans pitié, et les fans sans cerveau. La preuve, je vous parle d’un vrai faux livre d’un personnage de fiction que j’ai payé avec du vrai argent. Sur ce je vais aller me flageller avec mes livres de cours.
Marrant, j’ai appris hier que la même chose avait été faite avec le héros de la série Castle: Heat Wave, le bouquin écrit par le perso, est sorti sous son nom et la suite, Naked Heat, commence à montrer le bout de son nez.
ça permet de sortir des bouquins avec du maximum coverage, pas con.
T’as pas bien lu le premier paragraphe, si ?
Non.
ça s’est vu?
L’habitude de lire la note quotidienne à 7h30 en me brossant les dents, ça bousille l’attention.
Et tu crois qu’ils vont faire le film, aussi ?
Californication n’aurais jamais du dépasser sa première saison. That’s all.
Serieux ? Ta vie dans 15 ans ??
Et bah t’es plutôt optimiste sur ce coup là…
Et toi tu manques un peu de second degrés non ?
Lis du Bukowski putain, si tu aimes le trip de Hank Moody faut lire “Women”. Tu peux aussi lire du John Fante: Demande à la poussière, c’est des écrivains de la Beat generation qui raconte la vie d’écrivain à travers des avatars, mais en réalité ils racontent leurs histoires, leur vécu, tout ce que l’écriture leur coûte et leur apporte. Je lis ton blog en silence depuis trois ans, je pense que tu adorerais, Bukowski c’est un peu vulgaire, mais si tu arrives à passer outre c’est de la magie.
C’est pas la première fois qu’on m’en parle. Je vais jeter un oeil oui.
Bukowski, c’est aussi un peu tout le temps pareil hélas. Les nouvelles de 20 pages sur un écrivain raté d’âge moyen, semi-clodo, pochtron, qui baise des putes, se fait tabasser, oublie sa soirée de la veille, méprise le monde mais voudrait bien être connu, etc, au bout de la 40ème, ça tourne un peu en rond, même si c’est fendard un moment et qu’on y trouve son pesant d’aphorismes qu’on aimerait avoir sortis (je parle du Journal d’un vieux dégueulasse et des contes de la folie ordinaire). Faudrait que j’essaye les romans, mais vu que c’est un peu les mêmes synopsis, je sais pas si ça s’étend bien à 200 pages (pas de très bons échos sur Pulp).