[Prénom de la secrétaire de rédaction de Flammarion], nous ne pouvons plus nous mailer ainsi,
J’ai bien conscience que cette attente interminable n’est qu’un prétexte pour faire durer notre relation épistolaire.
Mais je n’en puis plus, il me faut plus.
J’ai besoin d’une réponse.
Voyons-nous enfin !Avec mes plus beaux sentiments.
M.
Donc, si vous voulez une réponse à votre manuscrit au bout de six mois d’attente, faut envoyer ça à la secrétaire de rédaction. Seriously. Ca marche. Testé et validé. Bon faut dire que depuis avril, à raison d’une relance par mois environ, elle et moi on commençait à devenir un peu proches. Même si je pense qu’à la réception du dernier mail mercredi elle a cru à la folie douce, et a du hurler sur l’éditeur au téléphone pour qu’il me réponde, des fois que le mois prochain je passe avec une hache à incendie dans les bureaux. Banco donc, puisque dans le quart d’heure qui a suivi j’avais un email du directeur littéraire dans ma boite.

Avant de l’ouvrir, bien qu’imaginant aisément le contenu, je me suis souvenu des débuts. Je me suis souvenu, courant avril, du coup de téléphone au bout de trois semaines après l’envoi de la demoiselle. Ne t’inquiète pas Matthias, qu’elle m’a dit, j’aime beaucoup le manuscrit, le comité de lecture a donné un avis très favorable. Le livre est entre les mains de Guillaume Robert (Le directeur littéraire fiction française), dès qu’il l’a finit il ou je t’appelle. Imaginez les tremblements du jeune qui n’en veut, qui stage au minimum légal niveau thunes et qui attend ça depuis des années. Good times. Puis l’attente interminable, le suivi en photo des vacances du dit Robert sur Facebook (oui, tes photos de plage pendant deux mois, je les ai toutes subies), les relances. Tout ça sans frapper qui que ce soit ni insulter qui que ce soit (en public en tout cas). Jusqu’à mercredi dernier donc. Six mois après. THE réponse négative.

Pas de bol, le mail commence par une grosse faute sur mon prénom, un seul T à Matthias. Chaud. Puis des excuses pour le retard. Plein. Et ça c’est cool même si ça rachète pas six mois de torture mentale (mes proches peuvent témoigner). Puis vient la raison : y’a pas eu de coup de cœur. Il a pas kiffé, ça lui disait rien, c’est comme le plat à la cantine qui est sûrement bien fait mais que t’as pas envie de manger. J’imagine qu’il a du galérer pour se souvenir de la trentaine de pages qu’il a lues au printemps pour se faire son avis, alors pour « m’encourager et me conseiller », il m’a copié collé la fiche de lecture du comité. Le plus drôle, c’est qu’elle dit exactement ce que je savais déjà. Mon bouquin a du sens et du style, malgré quelques lourdeurs, des personnages secondaires qui s’effacent un peu trop et des passages qui manquent de cohésion/structure. Mais au final, avec un peu d’éditing guidé, c’est good, c’est bankable, ça se signe. Bon, sauf si t’as pas le cœur qui bat.

Ce qui au final nous ramène à ça. T’as beau passer tous les barrages que tu veux, de la stagiaire qui fait la pré-selection dans une cave jusqu’au comité de lecture et sa sentence à la troisième personne (assez ouf à lire en fait une critique froide et détachée comme ça, à la limite de l’autopsie), ça ne dépend que du bon vouloir et de l’affinité artistique que d’un seul type tout en haut. Une pensée pour Erik Larsen et cette note prophétique qui date de plus d’un an (à relire). Tout ça pour dire que cette rentrée littéraire, Flammarion n’aura publié aucun premier roman, et que si l’année prochaine ils retrouvent l’audace, l’ambition et le goût du risque, ce ne sera pas avec moi. A raison ou à tort, chacun pense ce qu’il veut. J’ai fait suivre le mail et la fiche à des amis proches, j’ai rangé mes affaires et je suis parti voir ailleurs si j’y suis. Sans haine ni violence.
Après tout, je suis assez certain de pouvoir trouver au moins un Top 3 des bonnes nouvelles suite au refus à rallonge de Flammarion. Huuuuum…
Monsieur,
Nous avons bien pris connaissance de votre manuscrit, “Retour de flamme à Riom”. Nous en avons beaucoup aimé le début – cet usage du mail et des nouvelles technologies, et cet humour élégant dans les situations extrêmes ; pourriez-vous néanmoins en changer la fin ? Nos lecteurs sont friands de happy end.
Avec tous nos encouragements,
X.
T’as de l’espoir chez une autre crèmerie?
Sinon met le en ligne ici qu’on en profite!
As tu pensé au kindle store ?
Pas mal la petite phrase sur le trentenaire dans la note sur Erik Larsen. C’est assez exactement ça (et ça marche aussi pour le cinéma)…
Tu pensais à Foenkinos particulièrement?
Foenkinos, l’homme pour qui aller à Toulon représente l’aventure ultime du 21ème siècle (c’est loin du périph’, c’est pauvre, pas joli, les rugbymen jouent pas en rose et les cafés peuplés de plébéiens sont loin de valoir le Flore).
C’est trop décourageant ! Ton manuscrit a beau passé les étapes vers la publication, si le mec (malgré son professionnalisme, je me doute/j’espère que ça ne tient pas juste aux goûts et aux couleurs…) ne veut pas de ton livre, ben tu l’as dans l’os !
Renvoie-le chaque année, ça finira par passer… Suffit que ton sujet soit en passe de rejoindre une quelconque hype et hop !
Et tu as pensé à l’éditer toi même? Au moins sous format numérique comme l’a signalé Ahuri33, ce qui permettrait de n’avoir aucun soucis de logistique. A défaut de te faire gagner d’un coup les milliards d’euros escomptés (film, b.o., produits dérivés, le tintouin classique quoi), ça pourrait te faire découvrir à un plus grand nombre que ton entourage/les lecteurs du blog. Ces derniers étant mis à contribution : s’ils aiment le livre, ils en parleront à leur entourage/aux lecteurs de leurs blogs, qui également en parleront à leur entourage/aux lecteurs de leurs blogs, permettant ainsi de créer un effet boule de neige permettant sans aucun doute de réussir à faire lire ton bouquin à toute l’internetosphère. Et ça, c’est pas mal.
Bon après faut avoir les couilles/l’envie de lancer son bébé comme ça dans le grand internet.
AUTOEDITION = NON
Désolé j’en ai marre j’ai l’impression d’être un disque rayé j’ai expliqué au moins dix fois pourquoi, réfléchissez ou faites vos recherches.
J’apprécie le soutiens, mais non.
En plus c’est UN refus, sur des DIZAINES d’éditeurs. Si votre premier réflexe au PREMIER refus c’est de penser autoédition, vous avez un problème.
Sincèrement.
Arrêtez avec ça.
Ahem je me rappelle la fois où j’ai mentionné l’autoédition t’étais déjà au bord de l’apoplexie à force de dire que c’était niet !
L’humour te sauvera jeune padawan (la lettre à la secrétaire est excellente). D’ailleurs ce serait peut être une bonne idée de roman épistolaire. L’autofiction nombriliste sur les écrivains incompris ça a l’air de marcher fort en ce moment (Frédo, Michel H et cie….), tu pourrais nous sortir un truc pas dégueu et vendre ton âme au moins pour la première publication… Ou alors faire un truc au 3ème degré qu’ils ne comprendraient même pas mais nous tous on sauraient que tu te fous de leur gueule en dedans.
J’arrête les divagations, bon courage pour la suite. Un jour ils travailleront tous pour toi et tu riras bien derrière ton bol de chocapics.
Désolé pour toi mec
Ça doit vraiment être rageant. Être si proche du but, et se faire chiquenauder à cause d’un détail d’appréciation de la part d’une seule personne.
Accroche toi ! On ne peux pas plaire à tout le monde, mais on plait forcément à quelqu’un. Reste à trouver un éditeur dont ton manuscrit sera le coup de cœur. Car ils l’ont dit là, c’est banquable, y’a clairement quelque chose. Reste à voir si tu as le courage de remanier le tout suite aux remarques du conseil. Une version manuscrit_F.doc (F comme Flammarion ^^ )
Et bien, c’est pas ta semaine…
L’idéal, da
(oups)
Je disais donc: l’idéal, dans ton cas, Le Reilly, c’est l’auto-édition, je sais pas si tu y as déjà pensé: l’AUTOEDITION, mon vieux, de préférence sur internet, hop des milliards de lecteurs, la reconnaissance instantanée. Des gens pourront sûrement t’aider pour le buzz, je pense à quelqu’un de cool et pertinent comme William Réjaut. Mais c’est vrai qu’il faut des couilles, des putains de sacrées grosses couilles pour s’auto-éditer sur internet, es-tu assez couillu pour ça, c’est la question.
Nan, j’déconne, hein. Je pense tout comme toi, bien sûr.
Le pire, c’est que si tu renvoyais le même manuscrit dans deux ans à Flammarion, il serait peut-être publié, avec spécial coup de coeur de Guillaume Robert (qui, rappelons-le, n’a toujours pas lu ton manuscrit à l’heure actuelle). Condoléances, meilleurs voeux, etc.
Sale moment, mais l’happy-end n’en sera que plus happy. (et ça t’évitera de dire comme certains primo-illico publiés: “être édité? bah non ça n’est pas compliqué, fô du talent et un peu de culot, c’est tout, hi hihi” _ rien que pour ça, on va dire que c’est une expérience intéressante).
Pour sa défense, je sais de sources sûres qu’il a au moins lu le début.
Ah, au temps pour moi.
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