940 – Going Fishing

[Il est 1:51, j'ai une lessive à étendre, des mails importants en rade et une nouvelle à boucler, tout ça avant de me coucher. Des images la prochaine fois donc.]

Ayé, je suis sorti de mon rhume de bâtard. Ce qui est une bonne chose. Déjà je peux reprendre une vie normale. Ensuite je suis donc immunisé pour le reste de l’hiver. Je peux sortir dans la rue torse nu si je veux ! J’aurai froid mais je serai pas malade ! Tout ça grâce à mon système immunitaire dopé à l’expérience de l’hiver. Okay, je vous vois déjà venir, bande de rabat joies, à me dire que les microbes et les virus ça fonctionne pas comme ça. N’empêche que moi, au moins, je vais pas (trop) laisser la saison me dicter ce que je dois mettre ou pas comme fringues. Contrairement aux filles. Oui, vous qui commencez déjà à vous planquer sous tellement de couches qu’on dirait une couette. Ou que vous avez été mangées par une espèce de gros animal poilu. Vous savez comme au printemps on est content de voir fleurir décolletés et jupes. Bah là, c’est le contraire.

Le problème majeur du remplumage des jeunes filles en fleur, c’est que ça contribue à la morosité ambiante. Genre tu sors de chez toi tu fais la gueule parce que tu sais que tu vas croiser des esquimaudes entre leur gros bonnet (see what I did there ?) et leur manteau. C’est déprimant. Puis, rappelez-vous quand je parlais de visualisation mentale de filles nues. Bah sans vêtements un peu serrés pour faire travailler le cerveau, ça fonctionne nettement moins bien. Après t’as les soucis logistiques quand c’est ta copine et que tu dois passer plus de temps à déballer le cadeau qu’à en profiter. Avec en plus mes fenêtres simples vitrage si jamais j’ai quelqu’un chez moi c’est direct sous la couette, circulez y’a rien à voir. Tout ça jusqu’à Mars, à vue de nez. Autant dire que c’est pas gagné… La seule solution du coup, c’est de continuer à aller à la piscine municipale.

J’aime bien la piscine, c’est un peu un idéal républicain, tous égaux face au moule bite. Il y a quelques mois je me faisais la réflexion que les femmes voilées, elles sont punies, privées de piscine du coup. C’est le jeu, ça me ramène aux névroses enfantines où personne voulait se mettre en maillot. A présent je trouve ça pas si mal. Ca force à se confronter à ses complexes, et ça permet aussi de voir sous les jupes des filles. Cette semaine je suis allé nager et force était de constater que toutes celles emmitouflées à attendre dehors se retrouvaient en une pièce une fois à l’intérieur. Peut-être que je tiens là ma motivation à continuer à me bouger au cœur du froid. Si je fais l’effort de me déplacer, je pourrai voir des bouts de jambes, des décolletés et des dos nus. Mon petit bout d’été à rien qu’à moi.

Oui, j’ai des problématiques étranges dans ma tête. Mais ça va avec l’automne, je cogite sur des trucs débiles, j’ai besoin de calinous et tous ces trucs.

939 – Around The World

Au milieu de ma banlieue bourgeoise à Lyon, on a un vrai stade. Le genre la classe avec gymnase gigantesque, dojo, double terrains de foot, cours de tennis et tout. Mais ce que je préférais c’était les terrains de basket, surtout ceux d’en bas, au bord de la route. C’était comme dans une série US qui se passerait dans le ghetto : des murs taggués de haut en bas, un simple grillage qui sépare les voitures des sportifs, des poteaux gigantesques qui balancent des projos blafards en contrebas pendant la nuit. Quand j’avais quatorze ans on pouvait, mes potes et moi, se pointer à toute heure et aller taper des paniers. Avec un peu de chance il y aurait des « grands » qui nous laisseraient jouer avec eux des vrais matchs. Le Xbox Live, à côté de la possibilité d’aller chausser ses baskets et de faire équipe avec de parfaits inconnus, c’est de la merde.

Mon pote Charles habitait à côté du terrain et les soirées d’été, quand on voulait jouer et que son beau père glauque était à l’appart, on sortait faire des tours du monde. La plus belle invention du monde ça. Pour ceux qui l’ignorent, c’est un jeu qui consiste à avancer au fil des marquages au sol le long de la raquette qui entoure le panier de basket. A chaque marque, on tente un lancer franc Si on réussit le panier on avance d’un cran et on recommence. La balle part dans le décor, c’est au tour du joueur suivant. En plus de nous faire bosser nos lancers, le tour du monde est parfait pour discuter en même temps. On va à notre rythme, on parle, on laisse le temps filer alors qu’on refait le monde et qu’on dit du mal des filles. Puis on a grandit, on a moins de temps, nos potes aussi. Suite à une mésaventure mon ballon a crevé et je suis parti.

Tout ça m’est remonté la semaine dernière alors que j’attendais le métro. Depuis quelques jours des pubs en 4×3 pour NBA 2K11 fleurissent sur les quais toutes les lignes. J’ai déjà tenté la simulation de basket sur Xbox, mais je suis mauvais. C’est trop compliqué pour moi. Sincèrement. Mais là, de voir ce montages de photos de Michael Jordan, star ressuscitée du dernier opus, ça a fait ressurgir des souvenirs. Comme le fait que sur la dizaine de sports que j’ai pu pratiquer de manière un peu sérieuse, le basket est celui que je préférais, et aussi celui dans lequel j’étais le moins mauvais. J’ai repensé à Space Jam et au fait qu’à l’époque c’était pour moi le meilleur film de l’univers, au point que je refuse de le revoir avec mes yeux de gros connard. Une pensée émue pour ma première paire d’Air Jordan, dont je peux jurer qu’elles me faisaient sauter plus haut.

Face à la pub de NBA 2K11 je bouillonne. J’ai envie d’acheter le jeu déjà, même si je sais que je suis mauvais et que je le lacherai au bout de quelques heures. Même si j’ai pas d’argent. J’ai aussi envie d’aller me payer un ballon et de trouver un terrain à l’air libre sur Paris et de jouer jusqu’à avoir assez chaud pour suer torse nu au milieu de la nuit avec une équipe à usage unique.
Quand il se passe tant de trucs dans mon petit cœur juste face à un affiche, je me dis que Le Reilly du passé est bel et bien vivant au-dedans. Et une fois rentré chez moi, je suis reparti à la recherche de mon exemplaire de NBA 2K07 et je me suis fait humilier en mode facile.

En attendant le nouveau NBA Jam.

938 – Book Review 155

Donc. J’ai finalement lu La carte et le territoire, le nouveau Houellebecq. ON SE DEMANDE BIEN COMMENT !!! Anyway, le bouquin s’est avéré beaucoup plus court que prévu, feintes de pagination oblige, et je l’ai lu assez rapidement. C’est déjà pas mal, pour avoir discuté avec des connaissances qui s’étaient arrêtées à mi chemin, dépitées par le truc. A titre personnel ,j’attaquais ce roman avec l’unique connaissance des deux premiers livres de l’auteur, ses meilleurs, de ce que j’ai cru comprendre. Je n’ai pas subi la supposée purge qu’est La possibilité d’une île. Et en vrai, j’avais plutôt envie de lire La carte et le territoire. Ce malgré les vagues accusations de plagiat, Houellebecq ayant pompé à la ligne près des morceaux de wikipédia. Y’a pas mort d’homme mais c’est quand même un peu la honte si t’as pas la motivation de paraphraser un minimum tes sources. Sinon, la première surprise pour moi fut de constater que le résumé du bouquin est mensonger.

On m’a vendu (lol) La carte et le territoire comme l’histoire de Jed Martin, un type qui photographie des cartes Michelin et devient une star de l’art contemporain français. Sauf que ça, c’est juste le pitch de la première partie. Car le roman est découpé en trois morceaux bien distincts. Le premier est effectivement la carte et le territoire, où l’on suit les études de Jed, sa passion soudaine pour les cartes Michelin et son premier succès en tant qu’artiste. Mais le milieu du livre parle de Peinture, l’artiste ayant décidé de faire une série de portraits représentants les différents métiers que l’on peut exercer en France. Il termine sa série par un portait de Michel Houellebecq, écrivain, avec lequel il semble se lier d’amitié. Enfin le troisième tiers de l’histoire est une courte enquête policière, où l’on cherche à élucider le meurtre brutal de Michel Houellebecq, Jed apportant le mobile du tueur en toute fin de partie avant d’aller mourir dans la campagne (ah tiens si y’a un peu de territoire vite fait).

Le résumé (ainsi que le titre) sont donc totalement mythomanes. La carte et le territoire est en fait « Moi Michel Houellebecq ». Je veux dire, come on, l’écrivain est là les deux tiers du livre, il est l’œuvre ultime de l’artiste Jed et le centre d’une enquête policière. Sans parler du fait que Jed fait copain copain avec Beigbeder (dans une scène qui m’a mis mal à l’aise devant tant de complaisance aveugle pour Frédo) et est lui-même totalement transparent en tant que personnage. A part les rares moments où il décide d’entamer un nouveau projet artistique, il ne fait que subir et attendre que ça se passe. Nous avons un héros apathique qui se laisse glisser et se garde bien de produire des idées ou des réflexions un minimum poussées. Les rares fois où Houellebecq se risque au commentaire social ou à la réflexion artistique, c’est en résumant (parfois sur plusieurs pages) les pensées d’auteurs connus pour conclure « je pense pareil » ou « il a tort ». C’est un peu le reader digest de la philo du coup.

En fait, à mon petit niveau, ce qui m’a le plus emmerdé, c’est de ne pas voir ce que le reste des journalistes ont vu dans le bouquin. On a beaucoup parlé d’une critique de l’art et de la célébrité. C’est une satire en fait. Sauf que je ne l’ai pas vue, il n’y a rien de mordant, ça ne rentre pas dans le lard. Si Jed avait produit un truc vraiment sans intérêt, pourquoi pas, ou s’il s’était exposé aux médias ou aux célébrités dans des séquences qui mettent mal à l’aise, mais non. Une des idées du bouquin c’est d’imaginer Jean-Pierre Pernaut en grande folle post coming out. J’ai trouvé ça complètement débile, sans fondement et du coup grotesque, mais apparemment c’est subversif. Pour un critique littéraire qui sort pas du sixième éventuellement. Moi j’étais surtout consterné. Éventuellement je veux bien reconnaître l’espèce d’éloge timide de la province et de la campagne, le « territoire », mais bon c’est pas de l’enchantement à la Pagnol non plus faut pas déconner.

Au moins tout le monde est d’accord pour dire que la partie policière est complètement foirée. Choisir aux deux tiers du livre de changer de personnage, de thème et de tout reprendre à zéro, c’est aussi couillu que casse gueule. Sauf que là ça marche pas. Passer une centaine de pages sur un flic fatigué qui cherche à comprendre pourquoi on a tué Houellebecq pour découvrir au final que c’était pour lui voler un tableau. COME ON ! Au moins le flic a un chien et l’aime beaucoup. OMG MAIS C’EST COMME L’AUTEUR ! Michel est partout, derrière le clavier d’ordinateur, dans le livre, dans les autres personnages du livre. C’est le seul début d’analyse qu’on peut faire sur La carte du territoire : c’est un livre par Michel sur Michel. Ce n’est pas une satire de l’art, ce n’est pas un bon polar, ce n’est pas une éloge de la campagne.

Surtout, ce n’est pas un bon livre.

Certes, le style est parfois flamboyant et on trouve de bonnes phases, des petites pépites de ci de là. Mais ça ne suffit pas à habiter le néant. Si le récit était mieux tenu, pourquoi pas, si Houellebecq proposait des réflexions qui lui sont propres ou un peu engagées, pourquoi pas, où si le fait de se mettre en scène nous apprenait quelque chose qu’on ne sache pas déjà, pourquoi pas.

En l’état je n’ai juste absolument rien ressenti. La carte et le territoire est suffisamment court et bien écrit pour que je sois arrivé au bout. Mais à aucun moment je n’ai vraiment été pris aux tripes par quoi que ce soit. Tant et si bien qu’une fois arrivé à la dernière page, je me suis demandé très fort ce que l’écrivain a voulu dire, quelles étaient ses intentions.

Dix jours plus tard, j’en sais toujours rien.