937 – The Chinese Feast

Le restaurant indien en bas de chez moi n’aura pas survécu. Toujours vide, la cuisine douteuse, il a dû fermer ses portes. Une bande de jeunes asiatiques ont repris les lieux après des semaines de travaux. Un truc japonais a donc ouvert juste à côté de mon hall d’entrée. L’établissement était très classe, refait à neuf, avec du mobilier impeccable. Impressionnant. J’y suis allé pour voir, je n’ai pas passé le reste de la soirée à vomir mes tripes. Niveau appréciation d’un jap, c’est bon signe. Puis, revenus étudiants oblige, je suis retourné au DoMac en cas d’urgence nutritionnelle. Je croisais le gérant du jap dans les couloirs de mon immeuble et je le saluais bien bas, vu qu’il était plus sympathique que le grand père facho qui hante habituellement les couloirs. Au bout de quelques mois d’activité cependant, sous prétexte d’un anniversaire que je suppose imaginaire de la franchise, le restaurant proposait tous les menus à moitié prix. Uh oh…

Bien sûr j’en ai profité autant que possible. Mais ce qui devait arriver arriva. Le restaurant ferma ses portes pour l’été et ne les rouvrit jamais. Je me suis demandé ce qu’allais devenir l’endroit quand ont finis par débarquer des ouvriers. Ils ont foutu le truc sans dessus dessous. Pendant une bonne partie du mois de septembre j’ai vécu des journées pénibles au rythme des coups de marteau, scie et autres perceuses. Joie. Le jap aura fini par accoucher d’un chinois. Ironie, quand tu nous tiens. Je suis désormais le voisin d’un tout nouveau restaurant de fondue Schischuan. Le plus drôle dans tout ça, c’est que les gérants ne semblent pas avoir changés. Ce sont toujours les mêmes qu’avant. Alors bien entendu je me suis posé des questions. Comment un resto en faillite a pu trouver les fonds pour tout repartir de zéro ? N’est-ce pas suicidaire d’ouvrir un truc encore plus exotique qu’avant dans une rue vraisemblablement pourrie ?

Puis je pense avoir compris. Tout ceci n’est qu’une façade. Ce restaurant sert à blanchir l’argent des Triades, la mafia chinoise, à Paris. Voyant les jeunes entrepreneurs dans le besoin, les gangsters leur ont proposé un deal. En échange des fonds nécessaires à un nouvel établissement, le patron doit accepter la présence de mafieux à sa table, des sous-fifres qui iront dépenser de la drogue, des extorsions, du sexe et des meurtres en échange d’une délicieuse fondue. Ceci explique ce qui m’aura posé le plus de questions : l’absence totale de menu et de prix en façade de la boutique. Tout est inscrit en chinois et j’imagine que le moindre plat coute plusieurs centaines d’euros. Un repas complet permettant de blanchir jusqu’à plusieurs milliers d’euros à la fois. Les dettes auront transformé les jeunes entrepreneurs en rouages des Triades. Typique.

Lorsque je rentre des cours, que je passe devant les fenêtres teintées du restaurant, je suis parcouru d’un frisson. Et si d’aventure je recroise le patron au détour du local à poubelle, j’aurais pour lui mon sourire le plus compatissant. De mon côté, j’aiguise mon sabre et je maintiens mon automatique chargé, pour quand les guerres de gangs viendront frapper à mon immeuble.

936 – Meanwhile, At XO

Hé ! Vous vous rappelez de My Major Company Books ? Mais si ! Le rejeton pas tout à fait fini du site My Major Company qui permet de financer des artistes et de l’éditeur XO qui finance les Porsches de Guillaume Musso en échange de bouquins annuels. A l’époque, en mai, j’avais tapé autant que possible sur le concept. Accepter des bouquins chez l’éditeur et demander à Internet de payer les frais en faisant comme si c’était une grande démocratie participative. C’est tellement honteux comme business plan que les mecs de chez XO qui s’en occupent mangent tous seuls à la cantine le midi. J’ai peut-être pas d’éditeur, mais j’ai des ragots. En tout cas, malgré l’indifférence quasi-totale des vrais gens (même pas la moitié des auteurs financés), My Major Company Books s’apprête à sortir le 9 novembre son premier roman. La chute de la blague c’est que je possède un exemplaire dédicacé du livre.

Sur mon profil sur le site j’ai mis en description « paladin du lol ». Une philosophie de vie qui m’a poussé à investir dans le bouquin de Elena Klein, la fille canon des candidats présélectionnés par XO. Car on apprendra au cours de l’aventure qu’elle a simplement envoyé son livre à l’éditeur, qui l’a ensuite collé sur le site. Déjà validé, autant aller gratter la thune ailleurs. Dans mon porte-monnaie par exemple. Car j’ai pris pour 20€ de Cendrillon à Hollywood. Oui, c’est le vrai titre. Sérieusement. L’histoire d’une française wannabe à Los Angeles qui se rend compte que la vie, c’est plein de difficultés. Entre le pitch, le titre et la tête de gondo… de l’auteur, j’ai été obligé de participer. Best case scénario je me fais une peu de thune en tant que producteur. Dans le pire des cas je me serais bien marré.

Dans les faits l’interaction promise avec l’auteur aura été plutôt minime. Un ou deux messages courts sur le forum pour fêter la publication et basta. Le reste aura été organisé par la community manager (étonnamment super mignonne) du site qui aura proposé de choisir entre trois idées de couvertures (sera retenu une femme assise dans un talon aiguille géant, sans déconner une fois de plus) ou aura organisé un concours d’accroche (avec en grand gagnant « Prenez votre billet pour l’enfer en strass. La Cité des Anges comme vous ne l’avez encore jamais lue », Success !). Si le processus aura prouvé que l’auteur était loin, très loin, j’aurai surtout vu de très près les vrais gens. Ceux qui aiment ce genre de trucs, avec leur logique marketing, leurs goûts et affinités. Je me suis bien gardé d’intervenir sur le forum ou les blogs du bouquin, pour ne pas devenir fou principalement.

Cendrillon à Hollywood sort le 8 novembre en librairie. Premier bouquin « partici-lol-atif », il devrait pouvoir profiter de quelque presse, nouveauté oblige. En tant que producteur du livre, j’ai reçu un exemplaire dédicacé des épreuves (version non corrigée, derrière étape avant l’impression finale). J’ai lu une vingtaine de pages, pour voir. Non parce qu’en bonne canaille, j’avais investi sur délit de bonne gueule, sans lire une ligne. J’ai préféré m’arrêter là tellement j’ai trouvé ça prodigieusement mal écrit et mal raconté. Je ne vais d’ailleurs pas faire une critique dessus. Je ne vois pas l’intérêt de me forcer à me trimballer un pavé et m’enquiller 400 pages pour un truc que je sais que je vais détester. Tout comme ça ne servirait à rien de jouer mon Captain Obvious dans une note de blog assassine. Ce n’est ni mon rôle ni mon envie. Même si je pense que vous savez à quoi vous en tenir.

Reste plus qu’à attendre un moment (combien de temps ?) pour voir combien de cash je vais récupérer sur mes vingt euros du départ. Une fois encore si jamais je ne touche quasi rien, c’est la preuve que le système méprisable s’est planté. Gagnant gagnant donc.

935 – There’s A Bit More

Vendredi j’ai reçu dans ma boîte aux lettres un exemplaire du double blu-ray collector de Funny People. J’étais heureux d’une parce que j’aime beaucoup ce film, de deux parce qu’à cause de ses piètres résultats au box office ce film n’est jamais sorti en haute définition chez nous et que je suis donc désormais en possession d’un objet rare. Retour de karma oblige, je suis sans connexion internet correcte depuis vendredi soir. J’ai donc profité du sursaut de temps libre pour regarder Funny People avec ma meilleure amie. On n’est pas allé au bout, la faute à mon frangin qui a débarqué pour jouer à Sonic 4. Ma coupine s’est exclamée que c’était pas bien grave, que le film était de toute façon quasiment fini. J’ai du rétorquer que non, en fait, non seulement le film n’était pas fini, mais nous n’en étions qu’à la moitié.

C’est, à mon sens la raison principale qui fait que Funny People rebute : il y a le 1 et le 2 d’affilée. Dans le premier film, Georges Simmons est une star de la comédie qui est devenu un connard et aprend à devenir un mec bien à cause d’une leucémie qui le force à réévaluer sa vie. Dans le second film Georges est guéri miraculeusement du cancer et redevient un connard. Du coup il doit avoir une véritable épiphanie, sans la pression de la mort, pour devenir un VRAI mec bien. Je trouve ça très bon comme scénario perso, mais c’est en deux parties. Des personnages jusqu’aux lieux, tout donne l’impression de voir deux films d’affilée, sur 2h20. Sauf que c’est nécessaire : les deux parties ne sont pas assez bonnes pour être séparées. Nous sommes dans un cas un peu étrange de « y’en a un peu plus, je vous le mets quand même ». Ce qui arrive quand on ne respecte pas une structure narrative en trois parties.

La théorie est simple. Tu as la mise en place du conflit, les péripéties et la résolution du conflit. C’est ce qui fonctionne, c’est ce qui est le mieux assimilé par un public. C’est la norme. Bien sûr, comme toute règle elle peut être violée. C’est le cas avec Funny People qui est par conséquent à la fois intéressant et bancal. C’est aussi le cas avec Bad Boys II, avec plus de bonheur. Will et Martin découvrent le mode opératoire du méchant, ont assez pour le coffrer et lancent un assaut frontal sur son QG. C’est un bouquet final, ça explose de partout, le réseau de trafic de drogue est démantelé. Basta, le film est fini, ça fait 1h50, on remballe. Sauf que non, le méchant s’est enfui, a kidnappé la copine de Will et s’est réfugié à Cuba. Nouveau conflit, nouveau lieu, nouveaux enjeux. Si vous voulez mon avis, Bad Boys III existe déjà, c’est la dernière demi-heure de Bad Boys II, un quatrième acte complètement gratuit, une suite express.

Je développerai un jour. Avant la note 1000 c’est certain. Toujours est-il que j’éprouve une admiration mêlée de curiosité pour les films qui osent briser le moule, qui tentent des choses qu’on ne devrait pas essayer. Avec plus ou moins de bonheur.
Bon, par contre j’ai beaucoup plus de mal avec les films auxquels il manque un troisième acte. I’M LOOKING AT YOU PREDATORS !!!