Le restaurant indien en bas de chez moi n’aura pas survécu. Toujours vide, la cuisine douteuse, il a dû fermer ses portes. Une bande de jeunes asiatiques ont repris les lieux après des semaines de travaux. Un truc japonais a donc ouvert juste à côté de mon hall d’entrée. L’établissement était très classe, refait à neuf, avec du mobilier impeccable. Impressionnant. J’y suis allé pour voir, je n’ai pas passé le reste de la soirée à vomir mes tripes. Niveau appréciation d’un jap, c’est bon signe. Puis, revenus étudiants oblige, je suis retourné au DoMac en cas d’urgence nutritionnelle. Je croisais le gérant du jap dans les couloirs de mon immeuble et je le saluais bien bas, vu qu’il était plus sympathique que le grand père facho qui hante habituellement les couloirs. Au bout de quelques mois d’activité cependant, sous prétexte d’un anniversaire que je suppose imaginaire de la franchise, le restaurant proposait tous les menus à moitié prix. Uh oh…
Bien sûr j’en ai profité autant que possible. Mais ce qui devait arriver arriva. Le restaurant ferma ses portes pour l’été et ne les rouvrit jamais. Je me suis demandé ce qu’allais devenir l’endroit quand ont finis par débarquer des ouvriers. Ils ont foutu le truc sans dessus dessous. Pendant une bonne partie du mois de septembre j’ai vécu des journées pénibles au rythme des coups de marteau, scie et autres perceuses. Joie. Le jap aura fini par accoucher d’un chinois. Ironie, quand tu nous tiens. Je suis désormais le voisin d’un tout nouveau restaurant de fondue Schischuan. Le plus drôle dans tout ça, c’est que les gérants ne semblent pas avoir changés. Ce sont toujours les mêmes qu’avant. Alors bien entendu je me suis posé des questions. Comment un resto en faillite a pu trouver les fonds pour tout repartir de zéro ? N’est-ce pas suicidaire d’ouvrir un truc encore plus exotique qu’avant dans une rue vraisemblablement pourrie ?
Puis je pense avoir compris. Tout ceci n’est qu’une façade. Ce restaurant sert à blanchir l’argent des Triades, la mafia chinoise, à Paris. Voyant les jeunes entrepreneurs dans le besoin, les gangsters leur ont proposé un deal. En échange des fonds nécessaires à un nouvel établissement, le patron doit accepter la présence de mafieux à sa table, des sous-fifres qui iront dépenser de la drogue, des extorsions, du sexe et des meurtres en échange d’une délicieuse fondue. Ceci explique ce qui m’aura posé le plus de questions : l’absence totale de menu et de prix en façade de la boutique. Tout est inscrit en chinois et j’imagine que le moindre plat coute plusieurs centaines d’euros. Un repas complet permettant de blanchir jusqu’à plusieurs milliers d’euros à la fois. Les dettes auront transformé les jeunes entrepreneurs en rouages des Triades. Typique.
Lorsque je rentre des cours, que je passe devant les fenêtres teintées du restaurant, je suis parcouru d’un frisson. Et si d’aventure je recroise le patron au détour du local à poubelle, j’aurais pour lui mon sourire le plus compatissant. De mon côté, j’aiguise mon sabre et je maintiens mon automatique chargé, pour quand les guerres de gangs viendront frapper à mon immeuble.
Sur mon profil sur le site j’ai mis en description « paladin du lol ». Une philosophie de vie qui m’a poussé à investir dans le bouquin de Elena Klein, la fille canon des candidats présélectionnés par XO. Car on apprendra au cours de l’aventure qu’elle a simplement envoyé son livre à l’éditeur, qui l’a ensuite collé sur le site. Déjà validé, autant aller gratter la thune ailleurs. Dans mon porte-monnaie par exemple. Car j’ai pris pour 20€ de Cendrillon à Hollywood. Oui, c’est le vrai titre. Sérieusement. L’histoire d’une française wannabe à Los Angeles qui se rend compte que la vie, c’est plein de difficultés. Entre le pitch, le titre et la tête de gondo… de l’auteur, j’ai été obligé de participer. Best case scénario je me fais une peu de thune en tant que producteur. Dans le pire des cas je me serais bien marré.
Dans les faits l’interaction promise avec l’auteur aura été plutôt minime. Un ou deux messages courts sur le forum pour fêter la publication et basta. Le reste aura été organisé par la community manager (étonnamment super mignonne) du site qui aura proposé de choisir entre trois idées de couvertures (sera retenu une femme assise dans un talon aiguille géant, sans déconner une fois de plus) ou aura organisé un concours d’accroche (avec en grand gagnant « Prenez votre billet pour l’enfer en strass. La Cité des Anges comme vous ne l’avez encore jamais lue », Success !). Si le processus aura prouvé que l’auteur était loin, très loin, j’aurai surtout vu de très près les vrais gens. Ceux qui aiment ce genre de trucs, avec leur logique marketing, leurs goûts et affinités. Je me suis bien gardé d’intervenir sur le forum ou les blogs du bouquin, pour ne pas devenir fou principalement.
Cendrillon à Hollywood sort le 8 novembre en librairie. Premier bouquin « partici-lol-atif », il devrait pouvoir profiter de quelque presse, nouveauté oblige. En tant que producteur du livre, j’ai reçu un exemplaire dédicacé des épreuves (version non corrigée, derrière étape avant l’impression finale). J’ai lu une vingtaine de pages, pour voir. Non parce qu’en bonne canaille, j’avais investi sur délit de bonne gueule, sans lire une ligne. J’ai préféré m’arrêter là tellement j’ai trouvé ça prodigieusement mal écrit et mal raconté. Je ne vais d’ailleurs pas faire une critique dessus. Je ne vois pas l’intérêt de me forcer à me trimballer un pavé et m’enquiller 400 pages pour un truc que je sais que je vais détester. Tout comme ça ne servirait à rien de jouer mon Captain Obvious dans une note de blog assassine. Ce n’est ni mon rôle ni mon envie. Même si je pense que vous savez à quoi vous en tenir.

